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Poèmes (Poems) de Edgar Allan Poe

Edgar Allan Poe
  Poèmes (Poems)
  Eurêka
  Les Aventures d'Arthur Gordon Pym

Edgar Allan Poe est un écrivain américain né à Boston en 1809 et décédé brutalement (cause indéterminée) en 1849.

La cause de sa mort a inspiré un roman à Matthew Pearl.

Poèmes (Poems) - Edgar Allan Poe

Le Poète
Note :

   Poe, c’est mon écrivain fétiche depuis des années. Je lisais ses contes avec de délicieux frissons quand j’étais petite et ses poèmes me faisaient entrer dans des périodes de transe extatiques inquiétantes. depuis l’âge de quinze ans. Dit comme ça, ça fait très fan de Mylène Farmer, ou gothique en pleine puberté, mais j’assume.
   Voilà mon poème coup de foudre.
   Annabel Lee.
   IT was many and many a year ago,
    In a kingdom by the sea,
   That a maiden there lived whom you may know
    By the name of ANNABEL LEE;
   And this maiden she lived with no other thought
    Than to love and be loved by me.
   
   I was a child and she was a child,
    In this kingdom by the sea:
   But we loved with a love that was more than love —
    I and my ANNABEL LEE ;
   With a love that the winged seraphs of heaven
    Coveted her and me.
   
   And this was the reason that, long ago,
    In this kingdom by the sea,
   A wind blew out of a cloud, chilling
    My beautiful ANNABEL LEE;
   So that her highborn kinsman came
    And bore her away from me,
   To shut her up in a sepulchre
    In this kingdom by the sea.
   
   The angels, not half so happy in heaven,
    Went envying her and me —
   Yes ! — that was the reason (as all men know,
    In this kingdom by the sea)
   That the wind came out of the cloud by night,
    Chilling and killing my ANNABEL LEE.
   
   But our love it was stronger by far than the love
    Of those who were older than we —
    Of many far wiser than we —
   And neither the angels in heaven above,
    Nor the demons down under the sea,
   Can ever dissever my soul from the soul
    Of the beautiful ANNABEL LEE:
   
   For the moon never beams, without bringing me dreams
    Of the beautiful ANNABEL LEE;
   And the stars never rise, but I feel the bright eyes
    Of the beautiful ANNABEL LEE;
   And so, all the night-tide, I lie down by the side
   Of my darling — my darling — my life and my bride,
    In her sepulchre there by the sea,
    In her tomb by the sounding sea.

   Voilà ce que ça donne dans la traduction de Mallarmé
   Il y a maintes et maintes années, dans un royaume près de la mer, vivait une jeune fille, que vous pouvez connaître par son nom d'ANNABEL LEE : et cette jeune fille ne vivait avec aucune autre pensée que d'aimer et d'être aimée de moi.
   
   J'étais un enfant, et elle était un enfant dans ce royaume près de la mer ; mais nous nous aimions d'un amour qui était plus que l'amour, - moi et mon ANNABEL LEE ; d'un amour que les séraphins ailés des cieux convoitaient, à elle et à moi.
   
   Et ce fut la raison que, il y a longtemps, - un vent souffla d'un nuage, glaçant ma belle ANNABEL LEE ; de sorte que ses proches de haute lignée vinrent, et me l'enlevèrent, pour l'enfermer dans un sépulcre, en ce royaume près de la mer.
   
   Les anges, pas à moitié si heureux aux cieux, vinrent, nous enviant, elle et moi - Oui ! ce fut la raison (comme tous les hommes le savent dans ce royaume près de la mer) pourquoi le vent sortit du nuage la nuit, glaçant et tuant mon ANNABEL LEE.
   
   Car la lune jamais ne rayonne sans m'apporter des songes de la belle ANNABEL LEE ; et les étoiles jamais ne se lèvent que je ne sente les brillants yeux de la belle ANNABEL LEE ; et ainsi, toute l'heure de la nuit, je repose à côté de ma chérie, - de ma chérie, - ma vie et mon épousée, dans ce sépulcre près de la mer, dans sa tombe près de la bruyante mer.
   
   Mais, pour notre amour, il était plus fort de tout un monde que l'amour de ceux plus âgés que nous ; - de plusieurs de tout un monde plus sages que nous, - et ni les anges là-haut dans les cieux, - ni les démons sous la mer ne peuvent jamais disjoindre mon âme de l'âme de la très-belle ANNABEL LEE.

   
   J’ai été d’emblée extrêmement séduite par ce poème, pour les mêmes raisons qui m’ont poussée à lire le reste des poèmes et à en faire un sujet d’étude (car malgré le non-dit persistant, il s’agit de mon mémoire de M1).
   
   C’est en posant un regard critique sur cette oeuvre que j’ai réussi à formuler ce qui m’attirait chez Poe: la BEAUTE ETRANGE de sa poésie.
   Forcément, on fait le lien avec Baudelaire: “le Beau est toujours bizarre”, et ce n’est pas un hasard. Baudelaire était en effet un immense admirateur de Poe qu’il a introduit en France via la traduction des contes – c’est Mallarmé qui s’est occupé des poèmes, Baudelaire n’ayant pas eu le temps de le faire. Bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés, Baudelaire a toujours déclaré ressentir des affinités très fortes avec son “frère américain”, qu’il appelait aussi “le Poète”. La fascination de Baudelaire pour Poe était telle qu’il semble qu’un regard distancié était impossible, vu la pauvreté de l’analyse critique qu’il a produite. En revanche, les contes sont magnifiquement bien traduits, au point que certaines éditions complètes de Baudelaire les incluent dans son oeuvre et au point que certains affirment que la traduction est plus belle que l’oeuvre originale. Moi je dis: ce n’est pas la fête non plus. Baudelaire a également traduit quelques poèmes (ceux des contes et “le Corbeau”), et je trouve qu’il s’en sort bien mieux que Mallarmé, qui fait du Mallarmé, c’est à dire de l’hermétique et de l’alambiqué.
   
   Si je vous parle de Baudelaire, c’est parce que c’est grâce à lui que Poe est reconnu aujourd’hui. Dans le monde anglophone, il était (et est toujours) considéré comme un poète de pacotille, un romantique du dimanche. Il ne faut pas avoir le coeur sensible quand on lit ce que Whitman, T.S Eliot, A.Huxley pensent de lui. Ne parlons même pas des critiques. Poète maudit, on peut le dire, sa vie ferait un bon film.
   Voilà ce qui a séduit les français (dont votre très humble servante) et horripilé le monde anglophone.
   - La musique de Poe a une qualité hypnotique, incantatoire. Il use beaucoup de refrains, les mêmes sons étranges reviennent de façon très séduisante. L’on se perd, littéralement sous le charme de cette harmonie sonore.
   En revanche les anglophones trouvent cela trop facile et artificiel.
   - Les thèmes évoqués sont inquiétants: le même schéma revient souvent, c’est-à-dire le deuil à la première personne d’un homme ayant perdu sa jeune aimée et en rêvant de façon obsessionnelle. On ne peut que penser à la douleur de Poe à la mort précoce de sa femme-enfant, Virginia, qu’il a épousée alors qu’elle n’avait que treize ans. On navigue donc souvent dans le paysage mental de cet homme, qui ressemble à un Turner de cauchemar. La Mort allégorisée y est très présente, ainsi que des créatures surnaturelles empruntées à l’univers chrétien mais perverties. Et l’on entrevoit parfois le corps pétrifié dans sa beauté de l’aimée. Et tous ces êtres n’évoluent jamais sous la lumière naturelle du soleil, mais sous la lueur froide de la Lune. Rien n’évoque le monde humain qui est au contraire rejeté en faveur du monde crée par l’Imagination, cette “Reine des facultés”.
   
   Mais pour les anglophones, ce monde est juste bon pour faire peur aux enfants.
   - Le plus inquiétant et donc fascinant est pour moi l’artificialité et l’altérité absolues de cet univers, y compris des sentiments de celui qui dit “je”. Celui-ci n’est en rien humain car en réalité se délectant de sa propre douleur Sa souffrance n’est pas sincère mais sert à déployer la beauté du sentiment mélancolique qui semble être le sien. L’univers de Poe apparaît donc comme purement esthétique.
   Là encore, reproche de l’artificialité.
   C’est cette beauté étrange qui a été le point de départ de mon travail sur Poe, car c’est ce qui m’a fascinée en lui dès le début.
   Je pourrais vous communiquer la suite de mes recherches et mes conclusions, comme quoi cette artificialité dans son harmonie fait de la poésie de Poe l’oeuvre d’art absolue et que cette création poétique vaut comme dévoilement de la création divine, révélant ainsi le poète comme prophète.
   Je pourrais vous dire comment, en suscitant le sentiment du Sublime chez le lecteur, le poète parvient à lui faire parvenir une idée de ce qui est plus grand que lui car tel est le but de l’art.
   Je pourrais vous dire pourquoi Baudelaire avait raison d’appeler Poe, “le Poète”.
   Je pourrais continuer à utiliser plein de mots abstraits et fumeux qui parlent si peu dans ce contexte pour ceux qui ne sont pas moi, ni ma directrice, ou simplement qui n’ont pas lu mon travail.
   En parlant de mots abstraits, je pourrais vous parler de mon calvaire en lisant “Eureka”, conception de l’univers selon Poe en des termes scientifico-poétiques et en trop de pages. “Eureka” certes, car cet ouvrage a sauvé mon mémoire, mais ô combien ennuyeux.
   Je pourrais vous dire plein de choses encore.
   Mais je ne le ferai pas, car ce serait vraiment trop chiant, comme tout travail de recherche qui se respecte, et le but est quand même que vous alliez lire du Poe (et que vous reveniez me lire, soyons honnêtes).
   Si vous revenez en aimant Poe, mon coeur de Renarde sera illuminé de joie.
   Je laisse le mot de la fin à Mallarmé (que pourtant j’ai souvent envie de balancer) qui a écrit ce très beau poème en hommage à Poe.
   Le tombeau d'Edgar Poe
   Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change,
   Le Poète suscite avec un glaive nu
   Son siècle épouvanté de n'avoir pas connu
   Que la mort triomphait dans cette voix étrange !
   
   Eux, comme un vil sursaut d'hydre oyant jadis l'ange
   Donner un sens plus pur aux mots de la tribu,
   Proclamèrent très haut le sortilège bu
   Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.
   
   Du sol et de la nue hostiles, ô grief !
   Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief
   Dont la tombe de Poe éblouissante s'orne
   
   Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur
   Que ce granit du moins montre à jamais sa borne
   Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur.

   
   ps : je vous indique mes poèmes préférés, puisque je trouve qu’ils ne sont pas tous de beauté égale:
   Annabel Lee,
   The Bells (Les cloches),
   Bridal Ballad (Ballade de noce),
   The City in the Sea (La Cité en la mer),
   The Coliseum (Le Colisée),
   The Conqueror Worm (Le vers vainqueur),
   A Dream within a Dream (Un rêve dans un rêve),
   Dream-Land (Terre de songe),
   Eldorado,
   Eulalie,
   Fairy-Land (Féerie),
   For Annie (Pour Annie),
   The Happiest Day (Stances : « La journée la plus heureuse... »),
   The Haunted Palace (Le Palais hanté),
   Lenore,
   A Paean,
   The Raven (Le Corbeau),
   The Sleeper (La Dormeuse),
   To Helen 1 (Stances à Hélène),
   To Helen 2 (A Hélène),
   To one in Paradise (A quelqu’un au Paradis),
   Ulalume,
   The Valley of Unrest, (La Vallée de l’inquiétude)

critique par La Renarde




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