Lecture / Ecriture
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La panthère des neiges de Sylvain Tesson

Sylvain Tesson
  Petit traité sur l'immensité du monde
  Dans les forêts de Sibérie
  L'axe du loup
  S’abandonner à vivre
  Une vie à coucher dehors
  Berezina
  Géographie de l'instant
  Sur les chemins noirs
  Nouvelles de l’Est
  Éloge de l'énergie vagabonde
  La panthère des neiges

Sylvain Tesson est un écrivain-voyageur français né en 1972.

La panthère des neiges - Sylvain Tesson

Un plaidoyer écologiste
Note :

   Rentrée littéraire 2019
   Prix Renaudot 2019
   
   Vincent Munier est le plus grand photographe animalier de son temps, les scientifiques le regardent de haut, car il considère la nature en artiste. Sylvain Tesson l’accompagne au Tibet sur les traces de la panthère des neiges. S’ils veulent avoir une chance de l’apercevoir, il faut la chercher en plein hiver à cinq mille mètres d’altitude. Il reste 5000 panthères dans le monde, statistiquement on compte plus d’êtres humains vêtus de manteaux faits avec leur fourrure.
   
   C’est donc le récit de cette aventure que nous compte Sylvain Tesson. L’auteur n’épargne personne ni les autorités chinoises accusées d’avoir défiguré le Tibet
   " le gouvernement chinois avait réalisé son vieux projet de contrôle du Tibet. Pékin ne s’occupait plus de pourchasser les moines. Pour tenir un espace, il existe un principe plus efficace que la coercition : le développement humanitaire et l’aménagement du territoire. L’État central apporte le confort, la rébellion s’éteint. "
   

   Ni les scientifiques responsables selon lui des méfaits de l’évolution et du développement de notre société.
   " Le monde était un coffre de bijoux. Les joyaux demeuraient rares, l’homme ayant fait main basse sur le trésor. "
   

   Mais ce livre ne se limite pas à un plaidoyer écologiste, c’est une formidable rencontre avec la nature dans ce qu’elle a de plus beau et de plus sauvage. Les loups qui chantent, les yacks sauvages qui ont appris à regarder passer les trains à 4000 mètres d’altitude. Et puis la rencontre tant attendue:" A cinq cents mètres, elle levait la tête et humait l’air, c’était le plus beau jour de ma vie depuis que j’étais mort. "
   

   Sylvain Tesson nous fait partager le quotidien du chasseur d’images, l’attente, savoir disparaître, se tenir aux aguets, mépriser la douleur, ignorer le temps et la fatigue, ne jamais douter. Il nous dresse le portrait d’un homme qui se confond avec la nature.
   " Munier, au lieu d’offrir un manteau de fourrure à sa femme, il l’emmène voir directement la bête qui la porte. "
   

   Mais surtout, l’auteur met en avant cette qualité rare : la patience,
   " j’ai appris que la patience était une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre le transformer. Elle invitait à s’asseoir devant la scène, à jouir du spectacle, fût-il un frémissement de feuille. La patience était la révérence de l’homme à ce qui était donné."
   

   Ce n’est pas un roman, c’est une invitation au voyage, au respect et à contemplation de la nature. Si l’écriture est belle, les mots choisis et les phrases percutantes, parfois les envolées de l’auteur sont un peu trop lyriques et ses attaques incessantes, contre les scientifiques, la modernité et les progrès néfastes qu’ils apportent à l’humanité, sont un peu pesantes.
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critique par Y. Montmartin




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L'écrivain à l'affût !
Note :

   Invité par son ami, le photographe animalier V. Munier, à découvrir au Tibet les dernières panthères des neiges, S.Tesson accepta car, comme il l’a déclaré, c’était l’occasion de "retrouver la part animale de soi" et surtout de tenter une expérience nouvelle pour lui, l’agité permanent : celle de l’affût, cette patiente attente dans le silence et l’immobilité. Après des semaines sur les plateaux tibétains, après avoir vu la panthère des neiges, S.Tesson revient transformé. Cet essai marque peut-être un tournant dans son évolution personnelle. Car même dans sa cabane au bord du lac Baïkal il "refusait de se livrer à l’amour de la nature" et multipliait les randonnées. Il poursuit d’autant plus son habituel dénigrement de la modernité et du progrès qu’il a trouvé, grâce à cette once, nom scientifique de la panthère, "une raison d’être". Dans cette ode à la nature, S.Tesson, "nouveau converti", se fait le chantre de l’écologie. Il ne nous épargne pas, hélas, les discours moralisateurs et son style y perd de sa brillance.
   
   Pendant des semaines, de camp en grotte, à plus de quatre mille mètres et par – 25°C, "la bande des quatre" — Munier, sa fiancée, le jeune Léo et l’auteur — a guetté la panthère en pratiquant l’affût. Ce dernier est "aux antipodes de son rythme de voyageur" car S.Tesson a toujours tenu "l’immobilité pour une répétition générale de la mort".
   
   Pourtant contraint au silence il apprend à voir ce qu’il regarde : yacks, chèvres bleues, loups et charognards. Il découvre les vertus de la patience. "L’affût était une prière, une foi modeste", l’occasion de se ressourcer dans l’unicité originelle, avant que l’évolution des espèces n’engendre la séparation dont souffre l’auteur. Et la panthère parut : véritable "arme de destruction massive" aux "yeux brûlants et glacials", elle symbolisait "la puissance et la grâce" : "c’était le plus beau jour de ma vie, note-t-il, depuis que j’étais mort" , depuis son accident en 2014. Il eut comme une vision de l’animal en "totem des êtres disparus. Ma mère emportée, la fille en allée : chaque apparition me les avait ramenées". S.Tesson n’était plus seul, "la panthère fut ma pauvre mère". Le bouddhisme, qui croit à la circulation des âmes sous diverses formes lui apparut alors comme un "élixir de consolation", puisque "mourir c’est passer" sans jamais disparaître.
   
   En opposition à cette communion avec la nature sauvage, S.Tesson poursuit le procès de l’homme moderne, destructeur qui "défriche, bâtit et se répand". L’Empire du Milieu a réalisé "l’emprise du milieu" tibétain (ouaf !) et y multiplie les chantiers de construction. L’homme tue pour dominer, les bêtes sauvages pour survivre ; elles ont conservé "la liberté et l’autonomie : ce à quoi nous avons renoncé" ; elles incarnent "la beauté pure", comme si une étincelle de l’énergie primitive les habitait encore...
   
   Tel Achab et la baleine, S.Tesson et la panthère... Il a découvert que "nous ne sommes pas seuls" dans la nature, d’où sourd toute énergie. La protéger, la sauver et "se contenter du monde" sans vouloir coloniser l’univers, c’est le message de cet aventurier "nostalgique" comme il se définit lui-même. "Antidote à l’épilepsie de l’époque", " l’affût est anti-moderne". L’auteur nous le propose comme une "ligne de conduite".
   Savoir écouter, regarder la nature où que l’on soit, dans la solitude et le silence.
   "l’air froid craquait",
   "le ciel était bleu comme une enclume"
   Sylvain Tesson va-t-il cesser de s’agiter ? ou n’est-ce qu’une posture dans l’air du temps ?

critique par Kate




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