Lecture / Ecriture
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Mon ancêtre Poisson de Christine Montalbetti

Christine Montalbetti
  Mon ancêtre Poisson

Mon ancêtre Poisson - Christine Montalbetti

Roman... biographique
Note :

   Rentrée littéraire 2019
   
    "Les membres d'une famille ne sont pas des petits pois qui poussent pour toujours sur une même rangée"
   

   Christine Montalbetti a entrepris des recherches sur un dénommé Jules Poisson. Cet homme à l'existence bien remplie, remarquable par sa passion des plantes dont il fit un métier (il fut jardinier, puis botaniste), vécut le siège de Paris en 1870 et mourut un an après la fin de la première guerre mondiale. Jules n'était autre que l'arrière arrière grand-père de l'écrivain, dont le nom fait d'autant plus sens que l’homme descendrait, semble-t-il, du poisson...
   
   C'est d'ailleurs par la rencontre de Christine Montalbetti avec un mérou que démarre cet étrange roman, car il s'agit bien d'un roman... biographique, si l'on peut dire, où l'auteure tente de combler les trous d'une vie qui demeure bien lointaine, d'en percer les mystères, documents à l'appui : archives, photos de famille, lettres, articles que Jules aurait rédigés pour des revues scientifiques. Et comme tout cela reste très insuffisant pour comprendre qui était réellement Jules Poisson, Christine Montalbetti balaie les zones de flou en redevenant romancière : ce qu'elle ne sait pas, elle le suppose, le devine, l'invente, le rêve. Elle interpelle le lecteur, en fait son complice, multipliant les parenthèses malicieuses, et établit un lien de plus en plus intime avec ce Jules, qu'elle n'a pas connu. Elle lui parle avec affection, partage avec lui le résultat de ses recherches, s'interroge, l'interroge. C'est drôle et touchant. Grave aussi (la fin du livre surprend...)
   
   Au final, on ne saura pas grand chose de Jules Poisson. Il aimait les plantes et les bestioles, il a été marié à Sophie (Montalbetti dit "ta Sophie", j'adore), il a eu des enfants, dont un fils Eugène, disparu trop tôt. Et d'autres petites choses, pas très passionnantes, pour tout avouer. Ce n'est pas grave, on n'a pas besoin d'en savoir plus, ni de sauter au plafond toutes les deux pages en découvrant les exploits de Jules. Il était sans doute un homme parmi d'autres.
   
   Ce qui est intéressant, davantage que les faits d'armes du sieur Poisson, c'est tout le travail de broderie que Montalbetti crée autour de son personnage, cette divagation biographique qui donne lieu à de superbes moments d'écriture (les passages sur la guerre, notamment, sont époustouflants). C'est peu dire que Christine Montalbetti écrit bien : ses longues phrases poétiques et tendres, ponctuées de virgules (on perd parfois le fil alors on relit, on ne se prive pas de relire à voix haute, le texte s'y prête merveilleusement) son élégance et son humour subtil, sa puissance d'évocation, sont un régal. On n'a pas simplement affaire à une auteure qui vient nous conter platement ses aïeux (c'est tendance et je trouve ça un peu lassant: mais qu'ont-ils tous à nous raconter leur papa, maman, papi et mamie, tonton et tata, inventez des histoires plutôt...). Le travail d'écriture et l'imagination en roue libre sont bien à l’œuvre.
   
   Cela m'a largement suffi pour aimer ce roman, le conseiller, et avoir envie de tenter d'autres livres de l'auteure. (découverte grâce à son récent passage à "La Grande Librairie", on est en 2019 ma pauvre dame...)
   
    "Tout ce que la phrase de roman draine et ne cesse de réinventer pour le transformer en une fête bizarre. Car est-ce que ce n'est pas ça, la lecture, une fête bizarre, la célébration étonnée des sentiments divers qui nous traversent, et qui ne sont pas tous heureux, loin de là? Et le moment de l'écriture aussi, fête bizarre, car à sa façon la phrase, au moment où elle prend vie, en même temps la donne, elle a ce pouvoir de produire des mondes, elle procure cette joie puissante."

critique par Une Comète




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