Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La Bouche pleine de terre Suivi de La Mort de M. Golouja de Branimir Scepanovic

Branimir Scepanovic
  L'été de la honte
  La Bouche pleine de terre Suivi de La Mort de M. Golouja

Branimir Šćepanović est un écrivain serbe d'origine monténégrine, né en 1937 à Podgorica.

La Bouche pleine de terre Suivi de La Mort de M. Golouja - Branimir Scepanovic

Scepanovic et la meute
Note :

   Dans une autre chronique sur un livre de Branimir Scepanovic, je mentionne le fulgurant roman La bouche pleine de terre. C'était sans avoir lu les septante-cinq pages de ce qui s'apparente plutôt à une nouvelle. Aujourd'hui je maintiens le qualificatif : ce récit d'une désarmante simplicité est une magnifique et implacable allégorie de ce que l'humanité peut de pire.
   
    "... rien ne nous empêchait de leur demander qui ils étaient et pourquoi ils s'étaient joints à nous. Nous n'en fîmes rien : nous poursuivions le même homme, n'est-ce pas, et qu'importaient les raisons qui nous liguaient contre lui ?"
   

   Le texte nous fait vivre en temps réel, en alternant la voix d'un fuyard et celle des hommes qui le poursuivent, comment un malentendu banal, la rencontre de trois individus dont l'un, tournant le dos à la tentation de vivre, n'a pas le geste d'aller à la rencontre des deux autres, vire en une chasse impitoyable et fatale. Sans que les hommes et celui qui devient leur proie ne communiquent, une espèce de mécanisme psychologique collectif irrationnel se met en place. Un récit d'une force considérable où la meute sociale témoigne du sauvage et absurde aveuglement du monde.
   
   Alors que les chasseurs, épuisés et haletants, pensent un moment que celui qu'ils poursuivent n'existe pas, le fuyard halluciné par des herbes qu'il a ingérées trouve le sens de l'existence : "... rien n'a de signification que dans l'amour et la beauté". Des lumières d'espérance confèrent à sa dérobade des accents mystiques (on trouve le même sentiment au terme de la nouvelle Avant la vérité du même recueil, où le personnage bouche ses oreilles, coudes levés : "Seigneur, murmura-t-elle, que cette croix mortuaire ressemble à mon Antonio !").
   
   "Le monde entier disparaissait soudain dans les ténèbres"
   

   Le livre des Éditions 10/18, "domaine étranger", comprend trois autres textes plus courts de l'auteur d'origine monténégrine dont La mort de Monsieur Goulouja qui trace le même processus aberrant du groupe humain à l'encontre d'un individu qui, sans raison objective, devient une cible privilégiée. On retrouve chez Scepanovic un profond pessimisme qui s'apparente à celui de Thomas Hobbes sur la nature humaine : "L'homme est un loup pour l'homme".

critique par Christw




* * *