Lecture / Ecriture
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Le général a disparu de Georges-Marc Benamou

Georges-Marc Benamou
  Le général a disparu

Le général a disparu - Georges-Marc Benamou

Genre bâtard
Note :

   Je suis sortie de mes lectures habituelles (œuvres littéraires) pour cet ouvrage, parce qu'on me l'a prêté. Je ne pense pas que je l'aurais choisi moi-même.
   
   Je replace l'histoire pour les plus jeunes : en mai 1968, le mouvement de contestation a débordé les établissements universitaires pour gagner les usines et tous les secteurs de la vie économique. La France entière se révolte et rien ne va plus pour le pouvoir en place car la situation devient ingérable, d'autant que les représentants officiels des syndicats ne contrôlent plus du tout leurs bases. Le pouvoir en place à l'époque, c'est De Gaulle, sa gloire historique est grande (39-45, Algérie...), mais elle est un peu passée et si elle a salué le talent militaire, il en va autrement de la compréhension de la société moderne qui éclot avec l'arrivée à l'âge adulte des baby boomers. Il ne comprend pas les enjeux, ne parvient pas à maitriser la crise et va, selon G-M Benamou, jusqu'à envisager de faire tirer sur la foule... Heureusement il n'est suivi ni par la police, ni par l'armée. Désarmé et finalement, craignant pour sa sécurité et celle de sa famille, il quitte la France à l'insu de tous et nul ne sait alors où il se trouve, même pas son premier ministre, Georges Pompidou.
   
   G-M Benamou nous présente là un roman qui se lit tout à fait comme un article de magazine -mais qui ferait 230 pages. C'est d'ailleurs écrit dans un style qui relève plus du magazine que de l’œuvre littéraire, sans même parler de quelques coquilles (bizarrement pas des fautes, mais de courts mots manquants). Mais une fois ceci accepté, on se retrouve à avaler l'ensemble rapidement, tant la lecture est facile et attractive. On ne s'ennuie pas une minute. Ça se lit tout seul.
   
   Cependant, j'ai constamment été gênée par la position mi-reportage, mi-roman, choisie par l'auteur. Il invente non seulement tous les dialogues, mais également les pensées. Alors, on peut espérer qu'il extrapole d'après une connaissance fine des situations... mais on n'en sait rien. Il est également possible que rien ne se soit passé dans l'état d'esprit exposé ici. Par exemple, à la lecture, de ce roman, on a vraiment l'impression que De Gaulle a passé plusieurs jours à Baden-Baden (bien que ce ne soit jamais dit, bien sûr), mais vérification faite, il n'y est resté que quelques heures ! Ayant quitté l'Elysée le mercredi 29 mai à 11 heures 15, il n'a "disparu des écrans" que quelques heures avant de faire sa réapparition à Colombey à 18 heures 30 du même jour... Je ne pense évidemment pas que l'auteur se soit trompé, mais je trouve qu'il aurait dû ne pas prêter à cette impression fausse.
   
   Ceci pour ne parler que des humeurs et des ambiances, mais par ailleurs, un souvenir personnel a permis de relever dès les premières pages, une grosse erreur de date. Selon l'auteur, on a eu " La catastrophe du barrage de Malpasset cinq ans plus tôt" (p.15) Eh bien non. Rupture du barrage : 2 décembre 1959, et là nous sommes en 1968. Cela n'a pas d'importance pour l'histoire qui nous est racontée, mais cela dit bien que si quelque chose nous semble important, il vaudra mieux le vérifier...
   
   Bref, ce mélange trop étroit réalité-fiction est un genre bâtard peu satisfaisant que l'on soit amateur de l'un ou de l'autre. Du coup... je dirais : pour une vision personnelle, se lisant facilement et plaisamment, de cette étrange période où tout aurait pu basculer, ce roman* peut convenir. Pour une vision historique, mieux vaut se tourner vers un autre auteur.
   
   * d'ailleurs bien étiqueté "roman" par un auteur entendant ainsi n'avoir à subir aucun reproche quant à la véracité, mais, comme on le voit, ça ne marche pas à tous les coups. J'estime, moi, qu'on ne peut pas s'en tirer si facilement. Dire, sans dire, tout en disant... non. Si c'était une vraie uchronie, d'accord, mais ce n'est pas du tout le cas ici.

critique par Sibylline




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