Lecture / Ecriture
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La princesse et le pêcheur de Minh Tran Huy

Minh Tran Huy
  La princesse et le pêcheur
  La double vie d'Anna Song

Minh Tran Huy est une journaliste et romancière françaie d'origine vietnamienne née en 1979.

La princesse et le pêcheur - Minh Tran Huy

«Mono no aware»
Note :

   Lan et Nam, quinze ans, se rencontrent dans le bus qui les emmène en séjour linguistique en Angleterre. Il vient vers elle, parce qu’ils sont les deux seuls à afficher des traits asiatiques. Elle n’en revient pas de sa chance, elle qui vit dans l’isolement, le silence et les livres depuis toujours.
   
   Que sont les racines, exactement ? Qu’est-ce que ça apporte, retire, modifie, dans la vie de deux jeunes adolescents, en France, d’avoir des parents vietnamiens ? Comment appréhender la réalité de ces deux mots, «boat people», quand ils s’appliquent à un jeune homme dont on tombe follement amoureuse, au point de rêver, d’anticiper, de vivre mille fois par avance la simple caresse de notre main sur sa joue ? Que faire s’il nous traite comme sa petite sœur ? Ah si seulement c’était si simple, si la vie nous laissait la possibilité de vivre notre jeunesse « normalement »…
   
   Ah quel joli roman ! Il est gracieux parce qu’il parvient à mêler intimement la modernité occidentale (et même parisienne, en l’occurrence), aux contes et légendes vietnamiens. Il est doux et triste et nous parle directement au cœur, tisse entre lui et nous mille petits détails que l’on reconnaît comme nôtres.
   
   Mention spéciale au personnage de la grand-mère, qui m’a émue aux larmes.
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critique par Cuné




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Le Vietnam au cœur d'un beau premier roman
Note :

   "Dans la vie, on croise des gens précieux, qu'on voudrait garder toujours auprès de soi, mais qui, pour des raisons qui ne tiennent ni à eux, ni à nous, sont forcés de s'en aller. Ce n'est pas qu'ils nous abandonnent de leur plein gré, ni que nous soyons coupables de n'avoir pas su les retenir, c'est juste que, parfois, il ne peut en être autrement. Il m'est arrivé de chérir profondément des êtres que j'ai perdus, et c'est peut-être pour cela qu'on écrit, pour les retrouver et cheminer, l'espace d'un instant, à leurs côtés. Comme si rien n'avait changé."
   
   Avant de rencontrer Nam, la narratrice, gamine maigrichonne à la frange mal coupée âgée de 15 ans, a toujours évité de réfléchir à ce que le Vietnam représentait pour elle. Lan est née en France de parents vietnamiens, qui ont émigré à Paris au début des années 1960 pour poursuivre leurs études, et n'en sont jamais repartis. Nam, lui, a un parcours plus chaotique. Il fait partie de ces "boat people" qui ont fui leur pays, en y laissant leur famille -ses parents, sa petite soeur- et en emmenant avec lui son frère.
   
   C'est au cours d'un séjour linguistique en Angleterre que ces deux jeunes gens, les seuls asiatiques du groupe, vont sympathiser. Lan est d'emblée séduite par ce jeune garçon plus âgé qu'elle de quelques années, venu s'asseoir à côté d'elle lors du voyage. Et une fois rentrés à Paris, ils continueront à déambuler dans la capitale en passant leur temps à discuter. Mais ce qui s'est noué entre eux "vient moins de ce que nous nous sommes confiés que ce que nous avons tu".
   
   Un beau premier roman, vraisemblablement d'inspiration autobiographique, qui revient sur les origines de la narratrice -le Vietnam- et sur la difficulté d'hériter d'un pays où l'on n'a jamais vécu. Délicat, poétique, il est aussi le récit d'un impossible amour entre cette jeune femme et son frère de coeur ou d'origine. C'est un roman sur la transmission aussi, sur la mémoire, sur le poids du silence, sur la difficulté d'assumer l'ambition démesurée qui pèse sur les épaules des jeunes immigrés comme dette à accomplir vis à vis de leurs parents qui ont tout quitté pour un monde meilleur.
   
   Tout au long de ce roman, la narratrice fait référence à un auteur japonais que j'adore Haruki Murakami, à sa "ballade de l'impossible" mais aussi à un de ses autres romans "Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil', l'histoire d'un amour impossible comme celui que vit la narratrice avec Nam, qui la considère comme une soeur alors qu'elle voudrait tant être autre chose.
   
   Ce roman est enfin peuplé de légendes qui viennent agrémenter ce très beau récit.
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critique par Clochette




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Doux et mélancolique
Note :

   "Vivre, c'est se lancer dans un solo tout en apprenant à chanter ; tenir le rôle principal d'une pièce un soir de première sans avoir jamais répété ; rédiger une histoire d'une traite, sans possibilité de retour en arrière."
   D'emblée le ton est donné : doux et mélancolique.
   
   Jeune lycéenne assez lisse et réservée, Lan se réfugie beaucoup dans la lecture (quelques jolies pages sur Murakami, qu'elle interviewe à la fin) ; lors d'un voyage scolaire en Angleterre elle rencontre Nam, qui, lui, semble à l'aise avec les autres. Une amitié nait pourtant, Lan aimerait qu'elle évolue vers de l'amour, Nam l'appelle sa sœur ou Papillon.
   Tous les deux sont d'origine vietnamienne mais alors que Nam est un "boat people", Lan est née en France de parents ayant quitté le Vietnam dans les années 60.
   Petit à petit, au cours de conversations ou de voyages au Vietnam, Lan découvre une petite partie de l'histoire de sa famille et parallèlement elle tente de mieux saisir Nam, qui lui échappe...
   
   C'est le premier roman de Minh Tran Huy, par ailleurs rédactrice en chef adjointe au Magazine Littéraire. Elle est née en France à Clamart et a ensuite publié en 2008 un recueil de contes et légendes : Le lac né en une nuit et autres légendes du Vietnam (Actes Sud).
   Déjà dans la princesse et le pêcheur elle nous charme avec la découverte de quelques contes vietnamiens, l'un d'eux placé par épisodes en exergue au début de chaque chapitre. Elle nous fait découvrir aussi au travers de ses personnages l'histoire mouvementée du Vietnam au cours du dernier demi-siècle ; comparer les destins de ceux qui sont restés et ceux qui ont réussi à partir est souvent poignant.
   
   "J'observe mes parents et je me rends compte qu'ils ne sont ni vietnamiens, ni français. Ils ont grandi ici mais à présent qu"ils sont revenus ici, rien n'est plus pareil. On parle de double culture, de racines transplantées dans un autre sol, d'héritage à conserver tout en s'intégrant, mais on oublie qu'en réalité, les êtres nés ici et vivant là ne sont de nulle part."
   "Il était aussi inutile de renier que de se charger du poids du passé : connaître l'histoire de ma famille et l'assumer pouvait être considéré comme un devoir, en aucun cas comme une raison d'être."

   
   Quelle est la part personnelle de l'auteur dans ces déclarations de la jeune Lan? Difficile de ne pas évoquer d'autres exils, d'autres émigrations.
   
   Finalement j'ai du mal à saisir mon opinion sur ce roman : allons, restons sur une impression de délicatesse et de sensibilité.
    ↓

critique par Keisha




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Autour du Vietnam
Note :

   Lam, une adolescente d’origine vietnamienne, rencontre lors d’un séjour linguistique en Angleterre, un vietnamien de son âge, Nam, réfugié en France depuis peu de temps. Elle est rapidement éprise de lui mais il ne voit en elle qu’une petite sœur. Une amitié solide se noue entre eux, pleine de non-dits. Malgré leurs origines vietnamiennes tout les sépare : elle est née en France dans un milieu privilégié, elle est douée pour les études, introvertie, alors que lui est un boat people, il vit dans une banlieue difficile, mène une existence incertaine, et est un garçon charmeur et affable.
   Cette rencontre est l’occasion pour la jeune fille de s’interroger sur ses racines, de poser des questions à sa famille. Peu de mois après, elle fait un voyage au Vietnam avec ses parents et sa grand-mère, voyage qui répond à une partie seulement de ses interrogations, lui apportant surtout beaucoup d’éclaircissements historiques et culturels mais finalement peu de choses sur les sentiments de ses parents, qu’elle a du mal à se représenter.
   
   Le récit est émaillé du début à la fin de contes et légendes vietnamiens, que l’adolescente recueille dans un carnet et qui sont tous d’une grande beauté – j’ai chaque fois ressenti beaucoup d’émotion à les lire.
   
   Pendant les deux premiers tiers du roman j’ai trouvé que l’histoire trainait en longueur et que pas mal d’éléments étaient répétitifs : par ailleurs la construction de l’histoire est assez cyclique et n’aide pas le lecteur à savoir s’il s’agit d’une réflexion sur les origines ou s’il s’agit d’une histoire d’amour qui peine à démarrer.
   Et puis le dernier tiers trouve un rythme plus enlevé, et la lecture devient plus facile.
   
   J’ai assez apprécié ce livre – particulièrement pour les contes qu’il contient – mais la mise en place m’a semblé vraiment longue.
   
   
   Extrait page 169 :
   
   ” Quels qu’aient été les malheurs, tout s’apaise. Les blessés guérissent, quand bien même ils gardent une cicatrice de vingt centimètres de long. L’herbe reverdit, le soleil sèche la pluie et on balaie les ruines pour rebâtir sinon un palais, du moins une chaumière. Car bien sûr, rien ne vous est jamais totalement rendu. Retourner aux bonheurs d’autrefois est impossible, l’âge d’or demeure une idée, une chimère, un mensonge, la nostalgie, une impasse. Rien n’est ni ne redeviendra comme avant. Mais l’illusion est douce, qui surgit parfois lorsqu’on ne s’y attend pas, ou plus.”

critique par Etcetera




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