Lecture / Ecriture
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L'opération d'amour de Juan Gelman

Juan Gelman
  L'opération d'amour

Juan Gelman est un poète argentin né en 1930. Persécuté par la dictature, il dut s'exiler. Il s'était installé finalement au Mexique où il est mort en 2014.
Le prix Cervantès lui fut attribué en 2007.

L'opération d'amour - Juan Gelman

Poétique de l'Exil
Note :

   Né à Buenos Aires en 1930, journaliste, militant, traducteur et poète, Juan Gelman est contraint à quitter l'Argentine en 1975, juste avant que ne s'y installe un régime de terreur qui l'atteindra de plein fouet, à travers ses proches, ses amis, ses enfants, et laissera dans son sillage 30.000 "disparus".
   
   Les deux recueils rassemblés ici furent écrits au cours de ces sombres années d'exil du poète en Europe: "Commentaires" de 1978 à 1979 et "Citations" en 1979. Deux recueils écrits dans une langue en constante recherche, nourrie tout autant du "Porteño" (le parler de Buenos Aires") ou des mots des poètes du tango que des textes de grands mystiques espagnols, évoquant, invoquant une plénitude perdue - Jean de la Croix et Thérèse d'Avila.
   
   La poésie de Juan Gelman se révèle lyrique et lumineuse, d'une "inconcevable tendresse" selon la belle formule de Julio Cortazar, et pourtant et tout à la fois, c'est une poésie en rupture, à la syntaxe cassée - sans plus de majuscule ni de ponctuation -, aux images brisées. Brûlante, musicale, violente et d'une douceur poignante, elle ne laisse jamais le lecteur s'installer dans son flux, le bousculant, taraudant attentes et préjugés, demandant une autre lecture. Car comme l'écrit si justement Julio Cortazar: "Ce n'est qu'en lisant de manière ouverte, en laissant entrer le sens par d'autres portes que celles de l'armature syntaxique ou des images usées, des métaphores ou des figures syntaxiques plus ou moins ardues mais désormais assimilées par la tradition poétique, qu'on accédera à la réalité du poème qui est exactement et littéralement la réalité de l'horreur, de la mort et aussi de l'espoir de l'Argentine de nos jours." (Postface, p. 158)
   
   Extrait:
   commentaire XX
   
   "on a pris un homme et on a dit
   qu'il soit chassé de toi mais sans mourir / on a
   levé le coeur de cet homme on l'a jeté
   contre le monde ou la douleur
   
   et là il a brûlé un moment
   s'est éteint n'a pas ressuscité comme un petit chien /
   il n'a pas remué la queue après
   son combat contre la nuit / ni n'a levé le visage /
   
   ni dit adieu / ni été vert /
   ni rien écrit dans l'air /
   ni n'a éclaté comme un arbre /
   ni n'a été changé en ambre / non /
   
   ni n'a fait un peu d'ombre / n'a eu sur lui d'herbe /
   ni un os à jouer de la flûte / et
   la seule musique qu'il a faite
   c'est sa tristesse crépitante /
   
   tristesse grande comme un animal /
   comme ton absence / comme un ciel
   où les oiseaux passaient
   tremblants sous le soleil" (pp. 47-48)

critique par Fée Carabine




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