Lecture / Ecriture
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Le Cosmonaute de Philippe Jaenada

Philippe Jaenada
  Le Cosmonaute
  Les brutes
  Le chameau sauvage
  Plage de Manacora, 16h30
  La femme et l'ours
  Sulak
  La petite femelle
  Spiridon superstar
  La serpe

Philippe Jaenada est un écrivain français né en 1964.

Le Cosmonaute - Philippe Jaenada

Jaenada, parfois ...
Note :

   Surprenant roman qui passe d’un état à l’autre sans prévenir : On croit être dans le registre c’est bon on rigole pour finalement se prendre au jeu et s’interroger sérieusement.
   
   Paris, 2000, Hector aime Pimprenelle, ensemble ils font Oscar. C’est d’ailleurs par sa naissance qu’on commence, l’occasion pour le narrateur de se présenter en bonne et due forme et de rivaliser de petites vannes :
   « (Je reviens une seconde en arrière, juste pour ajouter que j’ai bien entendu plus d’une seule qualité, ne soyons pas bêtement modeste, mais en donner ne serait-ce que l’ébauche d’une liste est toujours un peu gênant, car on passe vite pour un crétin prétentieux qui bombe le torse et gonfle le cou (ce qui ne donne pas une bonne image de soi). Cependant, puisqu’il va y avoir du grabuge et que ça risque de barder pour mon matricule, je m’autorise à citer rapidement quelques aspects positifs de ma personnalité, qui n’apparaîtront peut-être pas toujours clairement pendant le carnage : je suis un rude combattant et un homme très malin, mais hormis ces dons du ciel, qu’on connaît déjà, je suis agile, je l’ai peut-être déjà précisé aussi, je suis gentil, attentif, optimiste, généreux, honnête, poli, sensible, marrant de temps en temps, vaillant face au danger (encore une qualité héritée de mes ancêtres espagnols), enfin pas toujours, je suis bien disposé à l’égard de n’importe qui a priori, j’ai de la curiosité, de la patience, de la volonté, je sais me taire ou me faire discret, je suis un coup hors du commun au lit et un très bon pronostiqueur hippique. On me cerne mieux, je pense). »
   
   Donc on s’amuse, on apprend à connaître ce trio sympathique de prime abord. Et puis on nous inflige la rencontre en flash-back, et là c’est lourd. Enfin moi ça ne m’a pas du tout intéressée, c’était redondant et au final juste pour nous expliquer leur amour et l’enfance de Pimprenelle, il y avait mieux à faire. Mais la troisième partie nous plonge dans le drame : Pimprenelle une fois maman tombe du côté obscur, Hector est là mais serait-il absent que ça ne changerait rien, Oscar est malheureux. Que faire ?....
   
   Je ne sais pas quelle est la part d’autofiction dans cette histoire, mais j’ ai été très surprise de certains propos totalement à côté de la plaque. Toute la description des obsessions de Pimprenelle est une liste quasi exhaustive de TOC, et on nous dit :
   « Il m’arrive de me demander si elle n’est pas, tout simplement, stupide. »
   « Elle nous sacrifie tous les trois pour satisfaire son obsession vorace. Mais c’est plus fort qu’elle, et elle en devient monstrueusement égoïste. »

   !!
   A la toute fin on apprend (quand même !) qu’elle a consulté des psy (chiatres et chanalystes) et même, certaines pointures, «connues» (comme si c’était un élément déterminant, la célébrité du type !). Qui l’ont toutes renvoyée dans ses buts, vous êtes lucide, apprenez à vivre avec, merci, au revoir.
   
   Je trouve franchement dommage une telle méconnaissance du sujet, ou une fin occultant le fond du problème. La possibilité d’un parti pris aussi, d’ailleurs.*
   
   Je reconnais que ça m’a un petit peu énervée, bien que j’aie tout à fait apprécié par ailleurs la plume de Philippe Jaenada, signée de ses triples parenthèses.
   
   Je le lirai sur un sujet qui me touche moins, je serai dans doute plus objective.
   355 p.
   
   * précisions de l'auteur : " Si je dis, dans le roman, qu'elle est peut-être stupide, égoïste, etc., c'est parce que je voulais que le personnage masculin (qui est presque moi, mais pas tout à fait) soit désarmé, un peu naïf, impuissant face à l'inconnu (c'est une sorte de symbole, si on veut : on est comme ça face aux gens qu'on aime, tout le temps), je ne voulais pas que ce soit un type qui sait tout et comprend tout. Il ne fallait pas, pour l'histoire. De toute manière, je ne voulais pas écrire un livre sur la névrose ou les TOC. Je voulais écrire un livre sur l'amour, c'est tout – sur le peu d'importance qu'a le comportement d'une personne sur l'amour qu'on lui porte. "

critique par Cuné




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