Lecture / Ecriture
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Délicieuses pourritures de Joyce Carol Oates

Joyce Carol Oates
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  Johnny Blues
  Viol. Une histoire d’amour
  Les chutes
  La fille tatouée
  Je vous emmène
  Délicieuses pourritures
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  Blonde
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  La Fille du fossoyeur
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  Marya, une vie
  Le Musée du Dr Moses
  Mudwoman
  Le Mystérieux Mr Kidder
  Carthage
  Terres amères
  Sacrifice
  Paysage perdu
  Valet de pique
  Le triomphe du singe-araignée

Joyce Carol Oates est une poétesse et romancière américaine née le 16 juin 1938 à Lockport (État de New York).

Joyce Carol Oates a commencé à écrire dès l'âge de quatorze ans.

Elle enseigne la littérature à l'université de Princeton où elle vit avec son époux qui dirige une revue littéraire, la Ontario Review.

Depuis 1964, elle publie des romans, des essais, des nouvelles et de la poésie. Au total plus de soixante-dix titres. Elle a aussi écrit plusieurs romans policiers sous les pseudonymes de
Rosamond Smith et de Lauren Kelly. Elle s'intéresse aussi à la boxe.

Son roman "Blonde" inspiré de la vie de Marilyn Monroe est publié pratiquement dans le monde entier et lui a valu les éloges unanimes de la critique internationale. Elle a figuré deux fois parmi les finalistes du Prix Nobel de littérature."
(Wikipedia)

Délicieuses pourritures - Joyce Carol Oates

Lectrice en transe
Note :

    Il y a quelques jours, alors que l’insomnie me guettait, je me suis plantée devant ma bibliothèque à la recherche de ma nouvelle victime. Ma bibliothèque, toute tremblante, observait avec appréhension les mouvements de ma main s’approchant et s’éloignant tour à tour de livres non lus. Percevant la tension qui régnait dans la pièce et quelque peu sensible à la détresse visible de mes pauvres étagères, j’ai dit à ma bibliothèque pour la rassurer : « Ne t’inquiète pas… de toute façon, tu ne pourras pas faire pire que la dernière fois.* » Ma bibliothèque, sans doute galvanisée par cet encouragement et ces débordements enthousiastes, a alors poussé vers moi un petit volume à la couverture fort sympathique. Pleine de gratitude, j’ai donc remercié ma vieille amie et me suis installée dans un fauteuil avec sur les genoux le petit volume qui, je l’avoue, m’intriguait fortement.
   
   Je ne peux que féliciter ma bibliothèque et lui octroyer un A+ pour les progrès formidables réalisés depuis son dernier devoir. ( James Patterson)
   
   Le petit livre mystérieux s’intitule « délicieuse pourriture ». L’auteur, quant à elle, n’est autre que Joyce Carol Oates, qui a fait son entrée au Lou Book, dans ma bibliothèque et dans ma vie au mois de janvier. Joyce Carol Oates à qui je vais bientôt devoir vouer un culte si elle continue à exceller avec la même persévérance déstabilisante. Cela en deviendrait presque agaçant. A quoi bon s’escrimer à écrire lorsque qu’une grande dame de la littérature a tout dit (ou presque) ? Mais je vois que je m’enflamme, ce n’est pas bon pour la popularité de mon blog (qui connaît une forte notoriété avec la gamme « ruptures cinglantes et tonitruantes »). Et au contraire, Joyce Carol Oates a le mérite de lancer un remarquable défi aux auteurs à venir !
   
   Dans la rubrique « lettres d’amour enflammées », nous avons donc aujourd’hui Beasts et une lectrice qui a encore du mal à trouver ses mots après tant d’émotions ! Tâchons donc de rationaliser cette chronique pour le moins chaotique !
   
   L’histoire : une jeune étudiante fait partie d’un atelier d’écriture animé par Andre Harrow, professeur charismatique qui déchaîne les passions parmi ses élèves. La narratrice, Gillian, évoque les quelques mois passés au sein de cet atelier. Solitude, mal-être et rivalités sous-jacentes sont analysés méthodiquement par Gillian, dont les souvenirs d’une précision déconcertante retracent sans retenue ni ostentation les événements marquants et le quotidien de l’année 1975, année ponctuée de fausses alertes au feu et rythmée par la relation que le couple Harrow semble entretenir avec les adolescentes.
   
   On pourrait résumer le fil conducteur de l’histoire à cela : Gillian semble cacher un terrible secret. Quelle a finalement été la nature de sa relation avec le Professeur Harrow et son épouse ? Aurait-elle commis un crime à l’époque ? Ces possibles développements nous sont suggérés dès les premières pages. La construction savamment étudiée conduira le lecteur à travers les souvenirs de Gillian pour le ramener finalement à la scène initiale, avec cette fois-ci quelques éléments de réponse en main. Je vous l’accorde, le fil conducteur a tout du pire roman de gare. Encore une fois, tout n’est qu’apparences avec Joyce Carol Oates.
   
   Hormis la construction parfaite de ce roman (« novella »), impossible de ne pas savourer les subtiles nuances progressivement apportées au tableau finalement assez statique de Catamount College. Les portraits de chaque personnage sont exécutés avec une exquise délicatesse, faisant de «délicieuse pourriture» un superbe roman psychologique, passionnant à tous égards. Le tout orchestré d’une main de maître et délicatement saupoudré d’un style d’une simplicité et d’une élégance désarmantes. Progressivement happé par ce court roman, le lecteur est envoûté par la musicalité des phrases qui dansent devant lui. L’écriture est précise, nette et pourtant incroyablement sensuelle et onctueuse. Et je résumerai ma critique avec une image qui m’est venue à l’esprit à plusieurs reprises au cours de cette lecture troublante : «délicieuse pourriture»est comme un fruit, une délicieuse pêche que l’on s’apprêterait à goûter. Toute en rondeur mais si délicate, modeste, le parfum très discret, elle n’attend que le moment où on la croquera pour libérer tous ses arômes et la pleine richesse de sa chair.
   
   Que dire de plus ?
   
   Citation de D.H. Lawrence :
   I love you, rotten
   Delicious rottenness.
   
   … wonderful are the hellish experiences,
   Orphic, delicate
   Dyonisos of the Underworld

   
   
   
   * "Noires sont les violettes" de James Patterson
   

critique par Lou




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