Lecture / Ecriture
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VU de Serge Joncour

Serge Joncour
  VU
  U.V.
  L'idole
  Situations délicates
  Carton
  L'Amour sans le faire
  L'écrivain national
  Combien de fois je t'aime
  Kenavo
  Repose-toi sur moi

Serge Joncour est un écrivain français né le 28 novembre 1961.

VU - Serge Joncour

Famille Débrouillard
Note :

   Premier roman publié de Serge Joncour, «Vu» est paru en 1998.
   
   Le style évoque irrésistiblement celui de «Fantasia chez les ploucs». Même récit rural, même esprit familial d'entourloupe (mais en moins commercial et plus saignant), même décalage entre le récit objectif enfantin et les actions adultes qui sont racontées.
   
   Ici, c'est l'histoire d'une famille de trois enfants (qui ne vont pas à l'école parce qu'ils «n'ont pas trop le temps») dont le père est chômeur professionnel et qui a goûté aux plaisirs du vedettariat télévisuel parce qu'un avion a eu l'heur de se planter dans leur champ. Le premier engouement passé, la famille, aux multiples particularités étonnantes, regrette de voir s'éloigner les caméras. Le retour à l'anonymat est morose. Jusqu'à ce qu'un journaliste, qui a remarqué que leur sillage était jonché d'accidents dramatiques (seraient-ils des porte-poisse ?), se mette en tête de les suivre pas à pas, jour et nuit, caméra à l'épaule, afin d'obtenir le scoop du siècle, voire le Pullizer.
   
   Voilà pour l'histoire. Pour le style, sans revenir sur le parti pris de récit par un enfant, le ton est clairement humoristique. Les pires horreurs y sont énoncées avec une candeur et une totale innocence qui les rend tolérables et qui nous permet même d'en rire. Tous les personnages, quelles que soient leurs tares mentales, du petit dernier à la grand-mère, sont vus avec une égale bienveillance qui donne le ton du livre. Ici, l'ambiance pourrait se résumer ainsi : peu de grands sentiments ou de grandeur, beaucoup de morts, mais rien de grave.
   
   Le final ne déçoit pas et nous amène à jeter un autre regard, un peu interrogatif, un peu dubitatif, sur l'auteur. Non, je plaisante. Ni doute, ni question, Serge Joncour est un écrivain. Son style vivant, sa capacité à saisir l'idée derrière ce qu'il voit tous les jours et son humour en font même un auteur fort agréable et intéressant à lire.
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critique par Sibylline




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Les vicissitudes de la campagne !
Note :

   Je continue la découverte des livres de Serge Joncour,
   
    Nous sommes dans la France profonde, pour ne pas dire très profonde. Voyant une voiture arriver, le narrateur et ses frères se cachent comme à l’accoutumée dans un arbre. Hélas il faut en descendre, résultat : des gifles à l’atterrissage, les joyeux donateurs, le père, la mère et la grand-mère. Les visiteurs, un oncle érudit et sa famille, bref le tout venant de la vie dans une ferme perdue lorsque débarquent les citadins. Car il y a de la jalousie entre les clans, surtout de la part de l’oncle et de la tante. C’est absolument scandaleux ces culs terreux ont eu leurs heures de gloire, pas seulement leurs quarts d’heures chers à Andy Warhol! Mais bien plus, l’ouverture du journal de 20 heures pendant une quinzaine! Le hasard y fut pour beaucoup. En effet personne ne souhaite voir atterrir un Bœing dans son jardin (dont il reste d’ailleurs un morceau en guise de pèlerinage, le pèlerinage de l’empennage)!
   
    Revenons à notre cochon, car, mais il ne le sait pas encore, c’est un grand jour pour lui! Son dernier en réalité, celui du coup de feu fatal, de savoir que dans le cochon tout est bon, juste avant de passer de vie à trépas ne l’enchante guère.
   
    Y a-t ’il un bon Dieu pour les cochons? Toujours est-il que c’est tonton qui prend le pruneau dans le buffet et qui devient froid. La maréchaussée dépêchée sur les lieux conclut après forces libations au rhum blanc, qu’il s’agit d’un suicide. Heureusement car la saison de la chasse n’est pas ouverte! Le pauvre cochon fera quasiment une dépression, perdra du lard et de l’intérêt pour la vie, mais finira par se rendre après une tentative d’évasion.
   
    Les courses au supermarché tourneront à la catastrophe, bilan 5 morts, des touristes allemands! Le père chômeur héréditaire, mais homme à tout faire et son fils aîné partant sur un tracteur chercher le journal de la famille déclenchent par inadvertance un nuage de pesticide dans la rue principale de cette charmante bourgade, le bilan n’est pas encore établi… ajoutez à cela le tournage d’une "Télé réalité" dans nos terroirs avec les protagonistes de ce livre en "Guest Stars". Bref un roman campagnard mais qui n’a rien de bucolique, les boires et déboires de la vie au grand air!
   
    Une famille, peut-on la qualifier de moyenne… pas sûr, dont l’aîné est le narrateur, Totor, le moyen, muet en plus, crayonneur en sus, gazette familiale avec toujours son cahier à portée de main. Thom le petit qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu, mais en plus espiègle. Le père et la mère adeptes de la torgnole en guise d’éducation, chose que ne renie pas la Grand-mère qui même parfois prête, si je peux me permettre, main forte et leste!
   
   Quelques scènes d’anthologie, dans une œuvre "décalée" comme on dit maintenant. Sous des côtés humoristiques une remise en cause de la soi-disant suprématie des habitants des villes vis-à-vis du reste de la famille habitant toujours la campagne. Lui roi des mots croisés ou fléchés, elle terrifiée à l’idée d’aller "Dans le fond du jardin" pour ses besoins bien naturels.
   
    Par contre les ruraux ont ce côté madré sous des dehors un peu simplets, capables d’offrir comme un cadeau de valeur des œufs "frais" achetés au "Mammouth" du coin!
   
    Un peu l’impression de lire du Erskine Cadwell ou un autre auteur du sud des Etats-Unis, décrivant un monde de petits paysans blancs et pauvres, pas très instruits, mais pleins de jugeote lorsque cela les arrange.
   
   
    Extraits :
   
    - Vu le calme qui règne dans la région, vu l'ennui permanent qui rôde, on aura quelques indulgences quant aux façons de se distraire.
   
   - Quels qu'aient été les géniteurs probables, nos grands-pères supposés, ils étaient tous vite partis du foie, confits à des degrés divers.
   
   - D'avance on avait une petite idée de ce que donnerait la photo. D'avance on la voyait dans les pages du canton, ou peut-être même à la une, à moins bien sûr que les gendarmes n'arrivent avant ces messieurs du journal, auquel cas le tonton serait déjà déblayé au moment de l'interview.
   
   - En tant que gendarme, il était bien placé pour savoir ce qu'est un accident. De sorte que chaque soir, le journal de 20 heures démarrait depuis chez nous.
   
   - Après le siècle des Lumières, il y eut celui de l'électricité, et très vite celui des économies de bout de chandelle.
   
   - L'Ampoule, c'est ce qui nous était venu tout de suite en le rencontrant avec sa tête de saut du lit et ses petits yeux malins comme des piqûres.

critique par Eireann Yvon




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