Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La découverte du ciel de Harry Mulisch

Harry Mulisch
  La découverte du ciel

Harry Mulisch est un écrivain néerlandais né en 1927 à Haarlem et mort en 2010 à Amsterdam. Il est considéré comme l'un des plus grands romanciers néerlandais contemporains.

La découverte du ciel - Harry Mulisch

Je m'entiche de Mulisch
Note :

   On rapproche parfois Harry Mulisch de Thomas Mann, et j'avoue que ce n'était pas pour me donner envie au départ, mais finalement je vais peut-être me lancer dans La montagne magique un de ces jours....
   
   Il existe bel et bien un Chef, dans le ciel. Il veut récupérer le contrat qu’il avait signé avec Moïse, en gravant de son doigt les tables de la Loi, avant le début du 21° siècle. Charge à un de ses anges de faire naître la personne capable de s’acquitter de cette mission, en 4 générations maximum.
   
   Mais pour créer un tel être, il y a des conditions à réunir, son hérédité à considérer soigneusement, et c’est avec Max et Onno que nous faisons très vite connaissance.
   Ils se rencontrent en 1967, ils ont tous deux 33 ans, et dès leur premier contact s’établit entre les deux hommes une fraternité totale : ils se jaugent et se reconnaissent au-delà des mots.
   
   Malgré leurs nombreuses différences, ou grâce à elles, ils vont vivre une amitié intense et magique, chacun intégrant complètement la personnalité toute entière de l’autre, jusqu’à pouvoir anticiper leurs réactions mutuelles. Viendra s’ajouter Ada, mère du missionnaire.
   Et c’est 19 années foisonnantes en tout genre que nous allons vivre avec eux…
   
   C’est mission impossible de tenter d’en raconter plus ou de seulement évoquer en quelques mots toute la richesse de ce roman. Il est foisonnant de milliers de choses, et bien que l’ayant lu très attentivement, je suis passée à côté de bien des aspects.
   
   Très vite, on est séduits et subjugués par les personnages, dès lors, totalement captifs, on ne peut que se laisser couler dans leur histoire, notant au passage le réseau de coïncidences qui se renvoient en permanence les unes aux autres.
   
   L’intrigue est riche, basée sur l’amitié de ces deux hommes, elle ne manque pas d’humour, et sait alterner les passages plus lents avec de véritables énigmes haletantes. Il y règne aussi une amoralité assez permanente qui fait partie intégrante de son pouvoir de fascination.
   Et puis, bien sûr, il y a les innombrables points d’histoire, de science, de religion et de philosophie qui sont évoqués ou développés tout au long de ces 683 pages. Certains sont totalement fantaisistes ou trop nébuleux pour des néophytes, d’autres très accessibles, mais aucun n’est rebutant.
   
   Le tout pourrait se résumer par la théorie de Protagoras : «L’Homme est la mesure de chaque chose.» Harry Mulisch doit être particulièrement grand…
   ↓

critique par Cuné




* * *



Somnium Quinti
Note :

   La condition humaine, le destin des hommes et des femmes qui peuplent le monde, les conditions de leur existence, sont le fruit du hasard. Enfin, dans la majorité des cas...
   Car, en ce qui concerne certaines personnes, il semblerait que leur sort soit le résultat, non pas d'une loterie qui attribuerait au hasard les conditions – heureuses ou défavorables de cette existence – mais plutôt le résultat d'un calcul divin destiné à pousser celles-ci à accomplir certaines missions d'une importance capitale.
   C'est le cas de Max Delius et Onno Quist, deux hommes qui ne se connaissent pas et qu’apparemment tout sépare.
   
   Onno Quist est l'un des fils d' une famille de la grande bourgeoisie de La Haye, un jeune homme rebelle et anticonformiste, passionné d'épigraphie et travaillant avec acharnement à déchiffrer les caractères du Disque de Phaistos.
   Max Delius, quant à lui, est devenu orphelin très tôt. Sa mère, juive, a été déportée à Auschwitz suite à la dénonciation de son mari, fervent admirateur du régime hitlérien, et exécuté à la fin de la guerre pour collaboration. Max, malgré ce lourd héritage – fils d'une victime de la Shoah et d'un criminel de guerre – est devenu un astronome qui, lorsqu'il ne scrute pas l'univers, accumule les conquêtes féminines.
   Une nuit de février 1967, les deux hommes vont se rencontrer. Max va prendre Onno en stop alors que celui-ci rentre chez lui à Amsterdam après une orageuse réunion familiale. Cette rencontre est-elle un simple hasard? Il semblerait bien que non.
   En effet, quelque part, les puissances divines se sont penchées sur cette rencontre, créant les circonstances propices à cet évènement en modelant l'Histoire elle-même, ayant même dû, longtemps auparavant, déclencher la première guerre mondiale afin de rendre possible cette rencontre située quelques cinquante années plus tard.
   Max et Onno vont très rapidement devenir inséparables, leurs caractères et leurs préoccupations différentes leur fournissant l'occasion de discussions passionnées. Mais pour les puissances invisibles qui d'en haut tirent les ficelles, Max et Onno ne sont que les instruments qui permettront de donner naissance à celui qui sera à même d'accomplir une mystérieuse mission.
   
   Les deux amis vont alors faire la rencontre d'une jeune violoncelliste, Ada Brons, qu'ils vont accompagner lors d'un voyage à Cuba. Au retour de ce séjour, Ada va se retrouver enceinte. Qui, de Max ou d' Onno, est le véritable père de cet enfant à venir, cet enfant qui semble voué à accomplir une tâche extraordinaire?
   
   Pour le découvrir, il va falloir lire les 1140 pages de ce roman au cours desquelles nous suivrons les protagonistes de cette histoire sur une période d'une vingtaine d'années, entre les Pays-Bas, Cuba, Auschwitz, Venise, Florence, Rome et Jerusalem.
   
   Roman foisonnant, touffu, d'une rare érudition, mais sans être pesante, «La découverte du ciel» est un ouvrage qui nous parle du poids de l'Histoire et de l'hérédité, de la quête de soi et des autres, mais aussi de politique, de philosophie, de science et de religion. Vaste fourre-tout, ce livre se dévore tout à la fois comme une étude de moeurs, un roman d'aventures, une saga familiale, un conte philosophique et une quête mystérieuse à faire pâlir Dan Brown et son Da Vinci Code .
   
   Harry Mulisch mêle en effet dans ce livre de nombreux genres littéraires et nous livre un roman-monstre et bigarré, aux frontières de la réalité et du fantastique, un récit au charme étrange, parfois tragique, souvent comique, érudit sans être pédant et animé par des personnages dont les faiblesses ne peuvent que susciter l'empathie du lecteur.
   ↓

critique par Le Bibliomane




* * *



Amicalement vôtre
Note :

   "Il n'était pas né pour acquérir des certitudes; c'était bon pour les autres."
   
   La découverte du ciel m'a irrésistiblement fait penser au générique du feuilleton "Amicalement vôtre": deux hommes de milieux très différents et qui vont devenir amis à la vie. D'un côté Onno Quist, mouton gentiment noir d'une famille de notables calvinistes; de l'autre Max Delius, orphelin d'une mère juive déportée et d'un père collaborateur. Le premier est un linguiste dilettante de génie, l'autre un astronome bon vivant.
   
   Cette rencontre apparemment fortuite est en fait le résultat d'une très patiente et très alambiquée réflexion menée par ce que l'on devine être un ange, chargé par son Chef d'une mission de la plus haute importance que nous découvrirons dans la dernière partie de ce roman foisonnant, riche en réflexions philosophiques et politiques.
   
   Ce n'est en effet pas un hasard si les deux hommes se rencontrent en 1967, à l'âge de 33 ans et vivent ainsi d'une manière un peu échevelée ces années bouillonnantes d'énergie.
   
   Harry Mulisch est en outre un formidable raconteur d'histoire et l'on ne peut qu'admirer sa façon de jouer avec le destin de ses personnages, les plaçant dans des situations qui ne trouveront leurs conséquences que beaucoup plus tard, des comptes étant réglés tardivement et des dilemmes résolus de manière originale. On ne peut qu'être séduit par ces personnages qui vivent de manière à la fois intense et légère.
   
   1139 pages captivantes.
    ↓

critique par Cathulu




* * *



Grande manipulation
Note :

   "La Découverte du ciel" est un roman bâti sur le hasard de la rencontre, en apparence. Onno et Max font connaissance lorsque le second prend le premier, qui faisait de l’autostop, à bord de son véhicule. Ce moment incertain va bouleverser la vie de ces deux jeunes et brillants intellectuels, l’un linguiste, spécialiste des langues anciennes, l’autre astronome.
   
   L’influence qu’ils ont l’un sur l’autre sera déterminante dans le cours que prendra leur existence. La distance de leurs origines, que tout sépare, le premier fils de famille protestante introduite dans la vie publique des Pays Bas, le second fils d’un Autrichien criminel de guerre et d’une Juive déportée à Auschwitz, la différence de leurs caractères, de leur relation aux femmes, loin de les opposer les rapprocheront. Ils vivront de multiples aventures, chassés-croisés amoureux, voyage initiatique, drames de la mort brutale, naissance imprévue d’un enfant du hasard qui, entre ces deux figures paternelles incomplètes, se construira une destinée d’archange solitaire et s’instruira auprès d’un groupe de pseudo-docteurs originaux, avant de retrouver l’un de ses pères perdu et de le pousser à l’assister dans son projet insensé d’enlèvement d’un feu sacré, propre à créer un cataclysme entre les trois religions du Livre.
   
   Cette fantaisie s’inscrit dans une évocation soutenue de la Seconde Guerre Mondiale et de l’extermination des Juifs, de la Guerre froide et de ses conséquences parfois anecdotiques sur la vie politique des Pays Bas, dans laquelle le destin frappe les êtres de façon brutale et absurde.
   
   L’Histoire récente sert donc de fond à la fois tragique et prometteur à ce récit qui révèle le flou du passage de la vie à la mort ou à la naissance, l’incertitude de la filiation, la fragilité des vérités révélées, des croyances les plus enracinées dans la conscience des peuples ou des théories scientifiques les moins contestées. En résumé, ce roman constitue un grand exercice de déconstruction, aussi bien du ciel que de la terre, de la pensée que de la matière.
   
   Tout cela du moins serait le roman que lirait un lecteur inattentif, pris par la liberté de ton avec laquelle sont narrées les aventures des deux héros, la spontanéité de leurs relations, la joie et l’émotion que cette histoire pourrait susciter.
   
   Seulement, avant de prendre connaissance de tous ces épisodes, le lecteur est informé par quelques narrateurs imprévus de la grande manipulation qui préside à cette vie intense.
   
   Ainsi le roman se transforme-t-il en une sorte de conte philosophique, que d’aucuns peuvent rejeter pour n’en conserver que les péripéties. Autant dire que la morale qui en ressort, aussi limpide soit elle, est très conforme à l’air du temps.

critique par Jean Prévost




* * *