Lecture / Ecriture
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A l'abri de rien de Olivier Adam

Olivier Adam
  Passer l'hiver
  Je vais bien, ne t’en fais pas
  A l'abri de rien
  Des vents contraires
  Poids Léger
  Le cœur régulier
  Dès 09 ans: Personne ne bouge
  Les lisières
  Peine perdue

Olivier Adam est né en 1974 et a publié son premier roman ("Je vais bien, ne t’en fais pas") à 26 ans. Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma.

Il vit actuellement près de Saint Malo.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

A l'abri de rien - Olivier Adam

Waouhh !...
Note :

   Mon premier contact avec Olivier Adam et encore, je n’étais pas trop convaincue. Le peu que je savais du thème ne me tentait pas plus que ça… et puis, tout de même, j’en entendais dire tant de bien qu’il a fallu que j’aille voir. Bien sûr. Et j’ai bien fait. Maintenant, je vais en lire d’autres tant j’ai été conquise par cette écriture, cette histoire et cette façon de la raconter.
   
   Pour vous situer la chose : Le récit nous est fait par Marie, une jeune femme mariée à Stéphane, chauffeur de bus, et mère de deux enfants. Ils vivent dans un lotissement de pavillons aux rues mortes, une maison à laquelle Marie ne parvient pas à s’intéresser et qui leur fait les fins de mois difficiles.
   En fait, Marie ne parvient plus à s’intéresser à grand-chose. Issue d’une famille modeste, elle a mené une adolescence de gamine des cités avec sa sœur Clara jusqu’à ce que cette dernière se tue dans un accident de voiture. Marie qui aurait dû être avec elle n’avait exceptionnellement pas participé à la sortie.
   Depuis, rien ne va plus, Marie déraille. Plus ou moins selon les moments, et elle est sous traitement. Mais quand je dis «Depuis, rien ne va plus», est-ce que cela allait si bien que cela avant ? Cette jeunesse avec sa sœur était-elle si gaie ou déjà marquée ?
    Pourtant, Stéphane est fou d’elle. Il l’a tirée de la dépression, l’a épousée et la soutient comme il peut, tout en tentant aussi d’être heureux avec sa petite famille, dans sa maison neuve.
   Seulement, en cachette et poussée par son démon personnel, Marie a cessé de prendre ses cachets. Elle erre, attirée par des rapprochements sensuels avec la nature, terre, eau, écorces, feuilles et mer malgré un climat pour le moins inamical.
   Car elle habite au bord de la mer, à Sangate. C’est ainsi que, par hasard, elle rencontre les réfugiés, les tentes, les bénévoles et le drame historique intolérable qui va se lier au sien. Elle s’engouffre dans cette tragédie, s’y laissant engloutir peu à peu et les naufrages se noueront sans s’alléger ni parvenir à dévier les lignes de chutes.
   
   Ce roman s’est révélé si riche que l’on pourrait, après l’avoir lu, passer des heures à discuter de ce qui y est dit, de ce qui s’y passe ou non, de ce que raconte cette histoire selon que l’on est Marie ou Stéphane, ou Lise sa petite fille qui a tant besoin d’elle, ou Lucas, son aîné qui lui aussi aurait besoin d’elle mais pas de la même façon, ou un réfugié, ou une des autres femmes qui aident aux refuges (les réfugiés sont des hommes, les aides des femmes. Ne dites pas «évidemment». Ca ne l’est pas. Pourquoi le serait-ce?)
   
   Ce sont ces multiples lectures qui m’ont fascinée. On entend beaucoup parler de l’histoire de Marie ou de celle des Kosovars, mais l’ampleur humaine et dramatique du livre n’est vraiment ressentie que si l’on est capable de considérer également celle de Stéphane et ce qui est arrivé à ces deux enfants. Je vais couper court car il le faut, mais c’est vraiment un livre sur lequel je pourrais parler pendant des heures et même dire que je n’aurais pas choisi cette dernière page-là…
   
   Un mot cependant encore, et non des moindres, puisque c’est pour souligner que j’ai tout autant été convaincue par l’écriture d’Olivier Adam. L’agencement des chapitres retient l’attention, son travail sur la ponctuation m’a semblé remarquable et le rendu des sentiments, très réussi et maîtrisé. C’est déjà beaucoup mais je pourrais détailler davantage encore.
   ↓

critique par Sibylline




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Les ombres de la ville
Note :

   C'est l'histoire de Marie, mère de famille, mère au foyer depuis la perte de son emploi, perdue au milieu de la vie et des autres. Un jour, en attendant la fin du cours de tennis de son fils, elle est témoin d'une scène cruelle pendant qu'elle se promène sur la plage: des policiers évacuent manu militari des réfugiés, hagards et perdus.
   
   Marie voit sa vie s'écouler, terne, immobile, sans goût et sans saveur, entre sa maison, le lotissement, les tâches ménagères, la sortie de l'école, les enfants, les courses, le temps qui passe et qui ne revient pas.
   Une fêlure fait de Marie la jeune femme perdue dans la vie qui vaque, sans rien voir, pour avoir l'impression d'exister. Pourquoi cette vie sordide, monotone, maussade, sans saveur depuis la disparition de sa soeur, Clara? Pourquoi son père ne disait-il jamais rien? Pourquoi ne sait-elle, en fait, rien de lui, de l'homme qu'il était vraiment?
   
   Un jour, Marie pousse la porte du centre d'aide aux réfugiés: elle y rencontre des bénévoles et surtout Isabelle. A partir de là, Marie a l'impression que sa vie peut avoir un sens en aidant Isabelle à apporter soutien, réconfort, chaleur et nourriture aux réfugiés, abandonnés aux affres de la faim, de la peur et de la rue depuis la fermeture du Centre de Sangatte, depuis qu'une décision d'un ministre de l'intérieur "au sourire de reptile" a condamné ces hommes et ces femmes à errer dans le froid des rues. Marie trouve chaleur, humanité, attention et sentiment d'utilité auprès des bénévoles et des réfugiés, "les Kosovars", elle qui n'a pas grand-chose est nantie à côté du néant de ceux qui ne sont à l'abri de rien, ceux qui attendent un passage hypothétique vers l'Angleterre pour y rejoindre de la famille ou tenter de démarrer une autre vie. Ces ombres qui déambulent dans le noir, emmitouflées dans des superpositions de pulls et d'anoraks, superpositions qui n'ôtent pas le froid, la nuit de leur vie. On les appelle "les Kosovars", mais ils sont des silhouettes furtives dans l'ombre nocturne de la ville, du port, des silhouettes qui disent combien est fragile la vie et la quiétude, combien la frontière peut être mince entre ceux qui sont à l'abri, pour le moment, et ceux qui ne sont à l'abri de rien. Alors quand on possède un petit bout de quelque chose, même fragile, on aime détester "les Kosovars" que l'on ne doit surtout pas regarder (le sordide est peut-être contagieux!) et on aime aussi haïr ceux qui aident "les Kosovars", reflets inversés de l'inhumanité de ceux qui sont à l'abri.
   
   Marie en vient à oublier les siens et à s'oublier elle-même et à se mettre en danger. Personne n'est à l'abri de quoi que ce soit: Clara n'a-t-elle pas basculé dans le néant? La vie des parents de Marie amputée d'un enfant, le temps d'un tonneau dans une voiture? Marie perdu son travail du jour au lendemain?
   
   Marie ne faillira pas à sa mission: aider jusqu'au bout de ses forces les réfugiés abandonnés de tous, malgré les injures, les reproches de ses enfants, les regards malveillants des voisins, les mesquineries des camarades de classe de Lucas et Lise. Elle ira jusqu'au bout, au risque de détruire son couple, sa famille, son toit. Elle lutte contre les arcanes administratives, le mépris des autres même si elle sait, au fond d'elle, que tout est perdu d'avance puisque les décrets d'un ministre de l'intérieur "au sourire de reptile" laissent dans la misère la plus profonde des êtres humains qui bientôt ne seront que des ombres.
   
   Olivier Adam livre un roman où les personnages peuvent être autant lumineux que sombres, où la main tendue voisine avec la matraque, où l'humanité côtoie la cruauté et l'indifférence. Il raconte le courage des petites gens pour leur survie mais aussi pour le respect qu'elles ont d'elles-mêmes, il raconte l'horreur d'une situation inacceptable, il raconte le combat de David contre Goliath...et le lecteur espère que l'issue sera identique.
   
   Olivier Adam inscrit son écriture dans la vie, la vraie vie: il observe, comprend, saisit tout ce qui compose le quotidien des gens que l'on croise chaque jour. De sa plume acérée et tendre à la fois, il fait vivre à son lecteur la joie de donner comme la honte d'ignorer et d'accepter l'injustifiable.
   
   Un livre coup de poing pour réveiller les consciences endormies.
    ↓

critique par Chatperlipopette




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Un nom, une famille...
Note :

   C’est un petit livre très intense, très fort émotionnellement… très intimiste aussi, car tout se passe dans la tête de la narratrice dont nous adoptons d’emblée le point de vue pour découvrir au fur et à mesure des pages que ce point de vue est quelque peu particulier, déformé… Elle s’appelle Marie, notre narratrice, elle doit avoir une petite trentaine d’années, elle est maman de deux enfants, Lucas (dont on sait qu’il va à l’école) et Lise, la petite, qui va à la maternelle. Marie a épousé Stéphane qui conduit le car scolaire local. Toute la petite famille habite un lotissement tout neuf aux abords de Calais et, à première vue, elle a tout pour être heureuse.
   
   Mais non. Très vite nous nous rendons compte qu’il y a une fêlure quelque part, que Marie ne va pas très bien, qu’elle n’est pas à sa place dans cette vie petite-bourgeoise. Alors qu’elle reste en panne un soir sur une route perdue avec un pneu crevé, un «Kosovar» lui vient en aide. Et peu de temps après, lorsqu’elle prend conscience que la Croix Rouge a installé sur la place de la Mairie une tente à l’intention des réfugiés, elle propose son aide à Isabelle, grande organisatrice des secours à ces malheureux qui survivent dans le dénuement le plus total. Evidemment, il ne s’agit pas de «Kosovars», comme la population les appelle, mais de Pakistanais, d’Irakiens, d’Afghans et de certains ressortissants africains qui attendent tous de passer illégalement en Angleterre, et qui, depuis la fermeture du centre d’accueil à Sangatte, n’ont plus d’endroit où se réfugier… (on connaît la suite…)
   
   Secourir ces personnes encore plus malheureuses qu'elle-même va devenir l’obsession de Marie, son idée fixe. Elle en oublie ses enfants, n’écoute plus son mari, brave les interdits… Et là où le lecteur l’a suivie jusque là sans hésiter dans son élan de générosité, il commence à se rendre compte que quelque chose cloche; que la réalité n’est pas tout à fait comme Marie la représente… c’est d’ailleurs très habilement suggéré: à chaque fois que Marie nous décrit les yeux écarquillés de son fils ou les pleurs de sa fille ou de son mari, on passe de l’autre côté pour voir Marie à travers les yeux des autres; des enfants, du mari, mais aussi de la voisine, l’instit ou les camarades de classe de Lucas… et force est de constater qu’ elle est « folle »… qu’ elle déraille complètement, errant telle Adèle H. jusqu’au «black-out» …
   
   Bien sûr, il y a des explications à la maladie de Marie, il y des blessures enfouies profondément. Marie a déjà une histoire avant le début du roman. Tout cela apparaît en filigrane, et c’est au lecteur de faire le lien et de mettre bout à bout les différents éléments…
   
   Le tout est très bien écrit, dans un style fluide et sur un rythme qui s’adapte à l’état mental de l’héroïne… oui, j’ai beaucoup aimé. Et d'autant plus que ce roman nous rappelle également que tous ces réfugiés que l'on traite comme du bétail sont des êtres humains, qu'ils ont des sentiments, un nom, une famille!
   ↓

critique par Alianna




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Monologue d’une loque
Note :

   Comment se relever quand on a connu le bord du gouffre?
   
   C’est la voix que nous donne à entendre, avec talent, Olivier Adam dans ce livre plein de ressources et au réalisme glaçant et crédible.
   
   Prenant dans l’actualité des égarements du monde (et là y a le choix, vous me direz), le drame des réfugiés sans papier de Sangatte cherchant à passer en Angleterre, l’auteur nous mène dans les tréfonds d’une âme en pleine déliquescence. Il révèle alors sans excès de pathos (vu le sujet c’était compliqué de l’éviter), ce qui peut pousser une femme fragile à exploser de la sorte. C’est très habile. Très profond. Et j’ai trouvé le sujet choisi si délicat à traiter que le résultat, avec ses défauts, est une vraie réussite.
   
   D’abord saluons la capacité de se mettre dans la peau d’une femme en perdition. Et ceci sans concession au littérairement correct. Le récit est celui d’une personne ayant complètement perdu le sens de ses réalités pour endosser les réalités d’autres et s’en sortant in extremis grâce à l’aide d’un mari aimant. Cette femme, c’est Marie. Elle vit dans un pavillon avec son mari, chauffeur de car, et ses deux enfants. Elle a les signes extérieurs qu’on dirait bêtement du «tout pour être heureuse». Et pourtant, une fêlure qu’on imagine plus qu’elle ne nous la raconte, la pousse à s’extraire de sa vie quotidienne pour aller vers les sans papiers et aider à leur survie. Elle raconte alors ce qu’elle voit, ce qu’elle ressent et aussi ce qu’elle fait subir à sa famille.
   
   Le portrait qu’elle écrit d’elle-même n’est pas flatteur et nous montre une femme attirée par le noir de l’existence, sans qu’elle ne puisse ni ne sache ce qui la rend si fragile. L’autre point de vue, c’est celui que le lecteur ne peut s’empêcher d’avoir en se glissant dans la peau du mari qui subit ce déraillement avec amour et patience malgré les enfants, malgré les actes et les paroles.
   
   Au final, une écriture maitrisée sur un sujet délicat. Le sens de la vie, l’utilité d’une vie… face à l’absurdité et la violence du monde qui pousse des humains à rejeter d’autres humains.

critique par OB1




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