Lecture / Ecriture
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Nos plus beaux souvenirs de Stewart O'Nan

Stewart O'Nan
  Des anges dans la neige
  Nos plus beaux souvenirs
  Le pays des ténèbres
  Speed Queen
  Derniers feux sur Sunset

Stewart O'Nan est un écrivain américain, né en 1961, en Pennsylvanie.

Nos plus beaux souvenirs - Stewart O'Nan

Une semaine avec les Maxwell
Note :

   Imaginez, vous êtes Emily, un peu plus de 70 ans, votre mari vient de mourir et vous réunissez votre tribu dans la maison de vacances pour la dernière fois, il va falloir faire le tri dans les objets.
   Ou vous êtes Arlene, sa belle-sœur, institutrice à la retraite, vieille fille, qui vient prendre sa dose de vie familiale.
   Ou bien encore Kenneth, l’aîné, photographe contrarié, dont le mariage est une longue suite de concessions, ou son épouse Lisa, sangsue agrippée à Ken qui compte les jours, les heures et les minutes à passer en compagnie de sa belle-mère, ou …
   
   Je ne vais pas tous vous les faire, ils sont dix, en comptant Rufus, le vieux chien.
   
   Sur une semaine, jour par jour, on rentre dans l’intimité de chacun, geste par geste, moment après moment, dans une gerbe de détails allant du plus insignifiant au nœud même du sens de toute chose.
   
   Du samedi, jour où ils prennent la route, chacun de son petit coin des USA, au samedi suivant, où le dernier tour de clefs signera la fin définitive des vacances dans cette maison, ils essayent de renouer un certain contact familial.
   
   Depuis des années, ils passent ainsi ensemble une semaine en Août près du lac Chautauqua, dans l’état de New-York.
   
   Il n’y a pas de vrais problèmes, dans cette famille - enfin si. Mais pas dans leurs rapports entre eux - plutôt une succession de non dits et de mauvaises habitudes, et on ne peut que constater les manques qu’ils induisent.
   
   Je ne trouve pas l’angle qui donnerait un éclairage pertinent sur ce roman que j’ai eu immensément de plaisir à retrouver chaque fois. J’ai lu ailleurs que son intrigue tenait sur un timbre-poste (c’est vrai), que sa construction était des plus maîtrisées (aussi), que la virtuosité de Stewart O’Nan, empreinte de sobriété lui donnait place aux côtés de Richard Russo pour la peinture d’un Amérique middle-class, (encore juste), mais c’est aussi beaucoup plus impalpable que ça.
   
   On se reconnaît, dans ces personnages. Les petiots de 11 ans rivés à leur game boy, ne s’exprimant qu’à travers les évolutions de leurs Pokemons. Les cousines adolescentes scotchées ensemble, dont l’une est éperdue d’admiration devant l’autre, tous les autres aussi, tout à tour amusants, profonds, ennuyeux, de mauvaise foi.
   Sans oublier le chien, très important, le chien.
   
   Peut-être que tout est là, dans l’infiniment petit, dans la succession des jours, dans les activités qu’il faut trouver pour occuper les jours de pluie.
   
   Le lecteur est bercé, hypnotisé, il devient un locataire du cottage, lui aussi. Et c’est le cœur bien lourd, et trop tôt, qu’il voit arriver le dernier mot.

critique par Cuné




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