Lecture / Ecriture
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L'éducation d’une fée de Didier Van Cauwelaert

Didier Van Cauwelaert
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  Cloner le Christ ?
  L'éducation d’une fée
  La vie interdite
  Attirances
  Le père adopté
  Ados: Thomas Drimm T1
  Les témoins de la mariée
  Ados: Thomas Drimm T2
  La maison des lumières
  Le principe de Pauline
  La nuit dernière au XVe siècle
  Les abeilles et la vie
  On dirait nous

Ecrivain français, né en 1960, il a reçu le Prix Goncourt en 1994 pour "Un aller simple" .
Il a également écrit des pièces de théâtre et travaillé pour le cinéma en tant que scénariste ou réalisateur.

L'éducation d’une fée - Didier Van Cauwelaert

Un conte de fées moderne
Note :

   L'éducation d'une fée s’ouvre sur un double coup de foudre. Nicolas Rockel, inventeur de jouets, tombe amoureux dans un bus Air France de deux personnes : la première, prénommée Ingrid, est ornithologue et veuve d'un militaire, la seconde est son fils Raoul, petit bonhomme brun à lunettes. Nicolas et Ingrid se marient et vivent heureux avec Raoul pendant quatre ans, jusqu'au jour où Ingrid annonce à Nicolas qu'elle veut le quitter. Complètement perdu, Nicolas trompe son angoisse en achetant au supermarché des produits inutiles pour surprendre César, une jeune caissière Irakienne qui l’intrigue Celle-ci va incarner la fée qu'attend le petit Raoul pour l'aider à ressouder sa famille brisée...
   
   L’éducation d’une fée est beaucoup moins guimauve que le résumé ne pourrait le faire craindre. Bien que le point de départ (un couple qui s’aime puis se sépare) ne soit pas d’une originalité époustouflante, il se dégage de l’histoire un certain charme et la lecture en est plutôt agréable.
   
   Les chapitres alternent le récit de Nicolas Rockel et celui de César. La grande force du roman réside dans ces deux personnages, attachants et plein d’humanité. Nicolas tout d’abord, l’homme qui a gardé une âme d’enfant et croit au pouvoir du rêve et du merveilleux. Sa lutte pour sauver son couple est émouvante, même si ses états d’âme m’ont un peu lassée à la longue (sans parler de ceux d’Ingrid, personnage que j’ai trouvé assez antipathique et dont je n’ai pas compris grand-chose à la psychologie tordue).
   Ma préférence va nettement à César, la jeune kurde Irakienne qui a fui son pays, a cru trouver en France sa Terre promise et est tombée de haut. César a écrit un mémoire sur André Gide et attend une hypothétique inscription à la Sorbonne, mais pour l'heure elle vit dans une banlieue sinistre, subit le harcèlement de son chef au supermarché et le fliquage des copains beurs de son petit ami en prison. Cette jeune femme déracinée m’a beaucoup touchée : elle a subi des horreurs mais s’accroche à ses rêves et fait face à l’adversité avec une grande dignité.
   
   César et Nicolas, ce sont deux solitudes qui vont s’entraider pour surmonter leurs difficultés par le biais du petit Raoul, si attaché à l’amour de ses parents qu’il décide de faire appel aux fées pour les réconcilier. Une jolie histoire donc, même si j’ai été surprise que l’interaction entre César et Raoul, censée être le pivot du livre (ou alors le titre est mal choisi), survienne si tardivement dans le roman. La fin m’a paru un peu rapide, car tout se règle en deux coups de cuillère à pot dans les derniers chapitres. Le rôle de la «fée» aurait pu être plus développé.
   
   L’éducation d’une fée est au final un roman empreint de tendresse, de fraîcheur et de poésie, une sorte de conte de fées moderne. Il permet de passer un bon moment et incite à l’optimisme ! Et le personnage de César vaut à lui seul le détour.
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critique par Caroline




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Abracadabra
Note :

   «Je suis tombé amoureux de deux personnes en même temps, un vendredi matin, dans un bus Air France.»
   L’amour tombe sans crier garde sur Nicolas. Ingrid l’ornithologue et Raoul son petit garçon. Un amour sans nuage jusqu’à ce qu’Ingrid quitte Nicolas parce qu’elle l’aime… Commence alors une longue dérive qui va voir intervenir une fée caissière exilée, un enfant rêveur, un photographe crétin, des jeunes gens à moto et des grands-mères marâtres.
   
   C’est une jolie histoire que l’Education d’une fée. Beaucoup moins mièvre que ce à quoi on pourrait s’attendre ! Bien sûr le point de départ de l’histoire, un couple qui se déchire n’est pas original, mais les personnages et la touche d’humour de l’auteur font toute la différence avec les romans à l’eau de rose.
   
   Nicolas est un homme enfant. Il n’a jamais accepté de quitter le monde du rêve, du merveilleux, du jeu. D’ailleurs c’est son métier d’en inventer, des jeux. Il refuse la laideur et la méchanceté du monde. Avec Ingrid et Raoul, il a trouvé son havre, sa bulle de bonheur parfait. Et ce qu’il leur apporte, l’amour d’un homme pour Ingrid, l’amour d’un père pour Raoul est énorme. Quand à eux, avec leur capacité au rêve, à l’enthousiasme, au décalage, ils sont en accord avec lui.
   
   C’est pour cela que quand le dérèglement de ce petit univers s’amorce, c’est l’incompréhension qui prédomine. Une incompréhension à laquelle Nicolas va réussir à faire face grâce à César, jeune Irakienne à la poursuite de son rêve. Ce que veut César après avoir survécu au pire, c’est étudier sur les bancs de la Sorbonne, se dégager d’un quotidien de caissière glauque, agité par un petit ami en prison et ses copains qui la surveillent de près.
   Deux solitudes se rencontrent et trouvent l’une en l’autre la force de s’en sortir. Le face à face de Nicolas et César est ce qui fait tout le charme du roman. Le drame amoureux face au drame tout court. Le petit courage d’un homme occidental qui n’a jamais souffert que d’amour face à la vraie dignité d’une femme qui a vu le pire et vit pour s’en souvenir.
   
   Les problèmes de couple de Nicolas et Ingrid peuvent sembler répétitifs à la longue, la fin arriver un peu rapidement et être un peu tirée par les cheveux. Mais avec César, un petit vent frais souffle sur les pages. C’est elle la fée, celle qui redonne l’espoir, qui sauve le petit Raoul de la séparation de ses parents. Elle introduit avec son réalisme un peu de merveilleux dans la vie d’un homme qui en perdait le sens et dans la vie d’un enfant qui avait peur. Ce qui ne l’empêche pas de dire des choses si vraies et si dures sur une France qui n’est plus un rêve.
   
   L’alternance des chapitres, des points de vue de Nicolas et César permet d’alléger le propos, de mettre en regard deux visions du monde et de la vie. C’est ce qui fait en grande partie le charme du roman.
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critique par Chiffonnette




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Conte de fée d'aujourd'hui
Note :

    De Van Cauwelaert je n'avais lu que "Les vacances du fantôme" que j'avais beaucoup aimé alors.
   
   Quatrième de couverture:
   
   "Que faire lorsque la femme de votre vie décide de vous quitter parce qu'elle vous aime? Comment sauver le couple de ses parents quand on a huit ans? Une fille à la dérive peut-elle devenir une fée parce qu'un petit garçon a décidé de croire en elle?"
   
   
   Nicolas, inventeur de jouets et rêveur dans l'âme, est tombé amoureux dès le premier regard d'Ingrid et de son fils Raoul, dans une navette d'Air France. Depuis quatre ans ils vivent dans une harmonie totale, dans le bonheur absolu d'une famille unie par l'amour. Mais, un grain de sable vient gripper les rouages du bonheur. Ingrid décide de s'éloigner de Nicolas, pour qui pourquoi? Les réponses de l'épouse sont aussi déroutantes qu'improbables. Les arguments pleuvent, Nicolas déserte le lit conjugal pour se réfugier dans son bureau. Commence alors pour lui une longue période de doute, de renoncement pendant laquelle, plusieurs fois par semaine, il va faire des courses, plus inutiles et plus désespérantes les unes que les autres, dans un supermarché de Mantes. A la caisse, se trouve César, une belle jeune femme iranienne. Elle regarde les achats de Nicolas comme autant d'appels au secours et de preuves d'existence.
   
   Commence alors une histoire à deux voix, une histoire de deux solitudes: celle de l'époux délaissé et désemparé, celle de la jeune réfugiée iranienne qui se bat pour pouvoir valider sa maîtrise de Lettres à La Sorbonne. En attendant, elle est caissière, s'exprime dans un français tellement correct qu'il en est désuet, et résiste aux assauts séducteurs de son supérieur hiérarchique. De silence en silence, l'improbable va se produire: Nicolas et César se rencontrent, se racontent et s'apprécient. César est-elle la fée qui recollera les morceaux du couple et donnera les ailes du rêve à un enfant de huit ans? Disons, que grâce à son regard extérieur elle saura mettre Ingrid face à sa vérité: sa peur de rendre malheureux l'homme de sa vie et son petit garçon en cas de disparition était irrationnelle et inutile...on n'éloigne jamais la douleur de la perte même pour protéger l'amour que l'on porte à ses proches.
   
   Un roman où les personnages secondaires sont croqués sans concession avec leurs qualités et leurs défauts, reflets et produits de notre société: les collègues de travail de César sont murées dans leur jalousie et leur haine de ce que leur chef leur fait subir, le chef est un écoeurant et répugnant macho de bas étage, imbu de son minable pouvoir, un odieux petit raciste idiot se croyant intelligent, les copains de banlieue voyous intolérants et bagarreurs pensant être investis d'une mission, agaçants certes mais moins odieux que le chefaillon, les collègues d'Ingrid intellectuels perdus dans leurs recherches, la mère d'Ingrid casse-pieds au possible mais finalement marrante, les héritiers de l'ancien patron de Nicolas qui tentent de le dépouiller (huummm la famille, ça peut être fantastique!).
   
   Un conte de fée moderne, auquel on peut ne pas adhérer, rafraîchissant, tendre et tout en sensibilité accompagné d'humour joyeux et grinçant. De situations cruelles peuvent découler de merveilleuses issues: la chute est convenue, certes, mais agréable! Ca fait du bien de croire aux belles choses qui peuvent arriver!
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critique par Chatperlipopette




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Une fée? Une histoire féérique plutôt...
Note :

   Le titre est trompeur et peu explicite. Au bout de la lecture on peut s’estimer en décalage d’avec ce que pouvait laisser entrevoir le titre: une petite fille, une éducation particulière, ...
   Foin de tout celà. On ne va parler de l’éducation d’une petite fille afin de la transformer en fée. D’abord, une fée n’est pas forcément une petite fille, et puis... chacun le sait les fées, ça n’existe pas.
   
   Soit donc un couple, qu’on qualifiera de recomposé: lui, Nicolas, à l’activité un peu marginale de créateur de jeux pour enfants, elle, Ingrid, avec son jeune fils Raoul. Le début du roman est la phase de “composition” dudit couple ; on se rencontre, on se plait, on s’aime, on vit ensemble. Soit. Et Raoul s’intègre parfaitement dans ce schema, c’est le bonheur. Quatre ans puis, patatras, Ingrid fait comprendre à Nicolas que si elle l’aime toujours, elle souhaite pour autant qu’ils se séparent. Nicolas subit cette affaire, est malheureux comme un chien qui ne comprend pas pourquoi on le bat, et Raoul retrouve les affres de la separation... Bref, une situation bien crasse où tout le monde rend tout le monde malheureux.
   
   Parallèlement, Didier Van Cauwelaert, qui ne met pas tous ses oeufs dans le même panier, he oh pas fou le romancier! - a développé une histoire avec Secar, une irakienne atterrie en France pour échapper au pire, qui survit dans des conditions sordides en travaillant comme caissière dans le supermarché local. Le supermarché où Nicolas...
   
   Nicolas repoussé par Ingrid, Raoul qui ne sait plus à quell saint se vouer et Secar qui n’a plus beaucoup d’espoir; un trio infernal se met en place et vous pouvez deviner qui va jouer le rôle de la fée? Par contre, celui qui va éduquer la fée est plus difficile à imaginer...
   
   Ca pourrait n’être qu’une bluette sentimentale, c’est davantage. Par la grâce de Didier Van Cauwelaert et de tous les concepts et sentiments qui viennent sous-tendre l’histoire, c’est une photo assez fidèle d’un monde en evolution, celui où nous vivons et d’une mentalité en pleine mutation, celle de notre société occidentale à l’heure de tous les bouleversements technologiques. Et puis, intégrer l’histoire de l’Irak si tôt (2000), ça n’est pas mal et assez prémonitoire.
   Bref un ouvrage tout à fait recommendable. En outre ça se lit comme on boit du petit lait.

critique par Tistou




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