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Antimanuel d’économie. Les cigales (2) de Bernard Maris

Bernard Maris
  Antimanuel d’économie. Les cigales (2)

Antimanuel d’économie. Les cigales (2) - Bernard Maris

Keynesien sans le savoir
Note :

   C'est le premier ouvrage d'économie que je lis, étant un total profane en la matière mais un profane qui s'intéresse depuis quelque temps aux tenants et aboutissants de ce qu'on nomme le "libéralisme", "le capitalisme", seule religion économique désormais de la mondialisation.
   
   D'autre part, j'avais depuis longtemps entendu Bernard Maris sur France Inter et me situais résolument dans son camp face à M. Sylvestre le vendredi matin. Par ailleurs peut-on être autrement que contre M.Sylvestre? (c'est vraiment son nom, j'en ris encore!)
   
   Bref me voilà donc plongé dans cet ouvrage que j'ai absorbé à doses homéopathiques.
   
   D'abord la chose est abondamment illustrée tant par des photos, dessins, gravures de toutes sortes que par des textes d'auteur reprenant les propos de M. Bernard. Tout concourt à démontrer l'absurdité du "toujours plus" (je pense pas que ce soit dans le sens de M. De Closet!), à prôner la gratuité, la non-productivité comme la conversation, le plaisir de faire comme éminemment productifs. B. Maris s'interroge sur l'utilisation faite des brevets d'inventions, comme freins à la créativité de la découverte, souvent fruit du hasard et surtout de la collectivité des chercheurs.
   Toutes ces notions - la recherche qui interdit d'exclure autrui de ce que l'on cherche; l'imitation, la copie; l'apprentissage; la création qui n'existerait pas sans l'imitation, sans le plaisir, sans l'esprit de don et beaucoup d'autres choses - toutes ces notions donc, échappent au marché qui déteste ce qui pourrait, peu ou prou, s'approcher de l'abondance. (147)
   
   Il n'en reste pas moins vigilant sur les réactions humaines et montre comment le capitalisme a tué tout ce que l'homme pouvait avoir à partager, en éliminant sa propension à avoir besoin de l'autre tout en le servant. Car le capitalisme s'ingénie à créer des besoins que les gens n'ont pas à la base et à les conditionner de sorte que nombre d'entre nous ne peuvent plus se passer de certaines technologies (portables, automobiles, etc.)
   
   Les exemples de certains peuples dits "primitifs" qui cultivent et récoltent juste pour leurs besoins, ceux du partage sur le net de fichiers "peer to peer" ainsi que le fameux logiciel "Linux" sont quelques pistes d'économie raisonnable.
   Les marchands, eux, n'inventent rien de scientifique. Ils inventent des marques, des modèles, des standards. (150)
   
   Autour de ce libéralisme ambiant gravitent bien sûr d'autres sphères dont les religions ne sont pas les moindres. B. Maris convoque aussi la psychanalyse pour expliquer les enjeux du capitalisme et des textes de Freud viennent émailler ses propos.
   
   Voilà donc un ouvrage qui se lit comme un roman, dans lequel on pourrait citer moult phrases qui auraient valeur de proverbe et qui rassure quant aux idées toutes faites que cultivent les radios et TV sur l'économie d'un pays qui semblerait en faillite, le dernier du monde et peuplé de paresseux qui ne pensent qu'à leurs loisirs alors que certains "modèles" d'économie libérale avancée proposent à une partie de leur population de vivre comme dans un pays "en voie de développement".
   
   Et puis c'est d'une telle richesse, ce bouquin, d'une telle intelligence, d'une telle réflexion que je pourrais remplir des pages mais à quoi bon. Lisible par les néophytes aussi bien que par les spécialistes, voilà un ouvrage essentiel. Reste à me tourner vers les fourmis m'étant reconnu dans les cigales.
   Choisissez votre camp camarades!
   L'épargnant, l'actionnaire, haute figure des libéraux, est un être méprisable pour Keynes. Le taux d'intérêt n'est pas la récompense de sa vertu, mais l'indice de sa peur. (253)
   
   Dire que j'étais keynésien sans le savoir!

critique par Mouton Noir




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