Lecture / Ecriture
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Adieu patries de William Cliff

William Cliff
  Adieu patries
  L'Etat belge
  La Dodge

Adieu patries - William Cliff

Poèmes
Note :

   "Prends ce panier de dattes et de figues, ces pauvres vers que je t'ai apportés"
   "Dame de pierre épaisse et bien sculptée
   Dame de verre aux tournantes couleurs
   Dame ornée d'anges hauts de cent coudées
   battant de l'aile l'air avec ampleur
   Dame latente et silencieuse à l'heure
   où le peuple est vaincu par la fatigue
   ô beau navire qui toujours navigue
   sans quitter le côté de la Cité
   prends ce panier de dattes et de figues
   ces pauvres vers que je t'ai apportés
   
   je les ai faits comme un bon ouvrier
   comme ton fils Péguy savait les faire
   mais moi je n'ai pas son grand caractère
   et ne sais pas comme lui te prier
   ainsi je m'avance avec ce panier
   je vais devant tes tours pleines de cloches
   qui parfois sonnent avec grande force
   pour appeler à l'office les gens
   moi je m'avance avec ces quelques strophes
   comme ferait un enfant indigent"
   
   L'ombre de François Villon plane sur cette évocation de Notre-Dame de Paris et cet enfant indigent - William Cliff - qui s'avance pour nous offrir ces quelques strophes, mêlant le prosaïque des embouteillages et des "cafés [qui] éteignent leurs néons" à la silhouette "impassible élancée vers le ciel noir" de Notre-Dame, "le grand décor / le dais de gloire l'arche de justice", qu'elle aide "ceux qui aujourd'hui rende l'âme / et dont le corps redescend dans la terre / (...) en ce dernier passage / que nous devons faire et qui nous fait taire".
   
   Mêlant le prosaïque et le sublime, l'humour et l'amertume, le sordide et le merveilleux de quelques vraies rencontres, William Cliff nous livre ici la quintessence de ses errances du printemps 1994 à l'été 1998: Chine, Japon, Sibérie, le grillage des rues de l'Eixample à Barcelone, villes de l'Europe de l'Est à peine "libérées" du joug communiste, la Bolivie avec l'enfer de sa montagne d'Argent et l'étendue éblouissante du Grand Salar: "le sel sous nos pieds craquait et criait / la lueur crevait nos yeux l'horizon / étendait sa blancheur sans que jamais / nous eussions de sa fin nulle vision". De strophe en strophe, William Cliff nous dévide la petite musique de ses vers, fredonnant une invitation au voyage marquée du sceau de la mélancolie, départ perpétuel vers un ailleurs où tout ne serait "qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté" (oui, on croise ici aussi l'ombre de Baudelaire), vers une "vraie vie dont [on] se rend / compte qu'elle échappe à toute recherche".
   
   Une petite musique oh combien séduisante pour une anatomie de l'errance.
   
   

critique par Fée Carabine




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