Lecture / Ecriture
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Le Décaméron des femmes de Julia Voznesenskaya

Julia Voznesenskaya
  Le Décaméron des femmes

Le Décaméron des femmes - Julia Voznesenskaya

"Le Communisme,c’est le pouvoir des Soviets plus l’alcoolisation de tout le pays
Note :

   A l’époque de Khrouchtchev, dix femmes sont en quarantaine dans une maternité, et pendant dix soirées, elles vont nous raconter chacune une histoire sur un thème imposé.
   
   A travers ces figures représentant un large éventail de milieux sociaux et de courants de pensée (prof de musique, ouvrière de chantier, prof de biologie, dissidente, fonctionnaire au Comité exécutif du soviet de la ville, hôtesse de l’air, etc.), c’est toute la Russie de ces années-là qui est dessinée dans ses moindres détails.
   
   Les thèmes se succèdent eux aussi, le premier amour, la vengeance, les actes nobles, le bonheur, le viol, la jalousie, etc.
   Et on se prend totalement au jeu, on attend avec impatience ce qu’aura à dire unetelle sur tel sujet, on s’émeut aux larmes sur la belle-mère de Galina, on est d’accord avec toutes sur le fait qu’Irichka a fait preuve d’une grandeur d’âme admirable avec ses bananes, on découvre le jeu de la marguerite et on est abasourdies.
   
   Je me suis sentie tout à fait en terrain connu avec le ton de ces histoires et anecdotes, la Pologne avait vraiment beaucoup de points communs avec l’URSS de cette époque-là.
   Il y a en plus un ton familier, une manière de raconter à la fois très enfantine et toute crue qui me rappelle beaucoup les récits oraux de mes tantes et grands-mères.
   
   Mais attention on est très loin des clichés et de l’humour bon enfant. Ici on se bat pour trouver le strict nécessaire, on fait la queue des heures sans certitude d’obtenir quoi que ce soit au final, la vie est une jungle et l’homme un prédateur, le tout dans une absurde bureaucratie où l’insulte et les revirements sont permanents.
   
   Et pourtant, c’est vivant, ça bruisse, ça rit, c’est une merveille d’intelligence.
   
   Les traductrices ne sont pas en reste, j’ai beaucoup aimé leur note de bas de page p. 383 :
   « En fait, presque toute la famille est morte à Auschwitz (cf. huitième histoire du premier jour). Mme Voznesenskaya l’a oublié, faisons-en autant. (N.d.T.) »/i>
   D’accord.
   Le dernier mot à Irischka, avec toute mon affection :
   « Voilà, j’ai parlé de tout le monde. Maintenant, je vais dire un mot sur moi-même. Mes amies, mon bonheur est révoltant, impardonnable. Je ne peux pas me rappeler un seul jour où je ne me suis pas sentie aimée par les gens qui m’entouraient – ma mère, mes sœurs, mon mari Sérioja. Je n’ai nullement envie d’aller voir ailleurs, je n’ai aucune envergure ni aucun talent. Je rêve d’avoir encore un tas d’enfants et de m’enivrer de bonheur. Mais je veux dire une chose : j’aimerais quand même bien avoir une vie plus civilisée. Je trouve que nous les femmes, et pas seulement nous qui sommes ici à raconter des histoires, mais toutes les femmes de ce pays, nous méritons une vie moins dure. Voilà. »
   L’ont-elles obtenue ?...

critique par Cuné




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