Lecture / Ecriture
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Matière solaire de Eugénio de Andrade

Eugénio de Andrade
  Matière solaire

Né dans la province de Beira Baixa en 1923, Eugénio de Andrade s'installa ensuite à Lisbonne afin d'y poursuivre ses études. C'est à cet époque qu'il a découvert l'oeuvre de Fernando Pessoa pour laquelle il éprouvait une grande admiration. Mais son oeuvre poétique rompt pourtant avec les problématiques chères à Pessoa pour s'imposer comme une oeuvre profondément originale.

Considéré comme un des poètes les plus importants de la littérature portugaise au XXème siècle, Eugénio de Andrade a reçu le prix Camoes en 2001.

Eugénio de Andrade est mort à Porto en juin 2005.

Matière solaire - Eugénio de Andrade

"J'ai plongé dans le soleil mes doigts tout entiers"
Note :

   A mes yeux, la poésie ne se prête guère aux longs discours, sous peine de noyer sous des épaisseurs de glose la ligne d'un chant, la délicatesse de la suggestion, sous peine encore d'enfermer l'imaginaire. Mais il est rare qu'un recueil décourage à ce point toute tentative de présentation, rendant tout commentaire proprement superflu.
   
   Car les cinquante textes brefs rassemblés dans "Matière solaire" témoignent d'un tel dépouillement, et d'une telle sensualité, que je ne vois pas ce que je pourrais ajouter qui ne soit totalement inutile. Vain bavardage dans la lumière éclatante du soleil qui baigne les côteaux du Douro, alors qu'il faudrait simplement se laisser pénétrer de sa chaleur jusqu'au creux de ses os... Aussi, je préfère ne plus rien dire, et prêter l'oreille à cette confidence du poète: "j'ai appris que peu de choses sont absolument nécessaires. Ce sont ces choses que mes vers aiment et exaltent. La terre et l'eau, la lumière et le vent".
    C'est à ce peu absolument nécessaire, à la douceur des peaux, à l'éphémère et émouvante beauté des corps, qu'Eugénio de Andrade prête ici ses mots fluides et épurés.
   
   
   Extrait:
   "Tu connaissais l'été à son odeur,
   le silence très ancien
   du mur, l'ardeur des cigales,
   tu inventais la lumière acidulée
   tombant à pic, l'ombre brève
   où le gamin s'est endormi,
   le brillant des épaules.
   C'est ce qui t'aveugle, le soleil de la peau."
   
   
   "Conhecias o verão pelo cheiro,
   o silêncio antiquíssimo
   do muro, o furor das cigarras,
   inventavas a luz acidulada
   a prumo, a sombra breve
   onde o rapazito adormecera,
   o brilho das espáduas.
   E o que te cega, o sol da pele."

   
   (pp. 24-25)

critique par Fée Carabine




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