Lecture / Ecriture
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Basil de W. Wilkie Collins

W. Wilkie Collins
  Une belle canaille
  La dame en blanc
  La Pierre de lune
  Basil
  L'hôtel hanté
  Secret absolu
  Le secret
  Profondeurs glacées
  Sans Nom
  Voie sans issue
  Cache-Cache
  Iolani, ou les maléfices de Tahiti
  En quête du rien
  La robe noire
  Monkton le Fou
  Je dis non!
  Pauvre Miss Finch
  Seule contre la Loi
  Quand la nuit tombe

Wilkie Collins (1824-1889) était le beau-frère de Charles Dickens. Il est considéré comme le premier auteur de detective novel (roman policier).
On trouve une des nouvelles de W. Collins dans le recueil "Les Fantômes des Victoriens" .

Basil - W. Wilkie Collins

Mariage piégé
Note :

   Basil, le narrateur, est un jeune aristocrate issu d’une honorable et riche famille. Il rencontre un jour à Londres Margaret Sherwin, la fille d’un simple commerçant, et tombe aussitôt follement amoureux d’elle. En cachette de son père qui désapprouverait cette mésalliance, Basil épouse Margaret, mais il est loin de se douter qu’il vient de tomber tête la première dans un piège machiavélique…
   
   "Basil" est l’un des premiers romans de Wilkie Collins (il l’a écrit à l’âge de 27 ans), et on y trouve déjà les ingrédients qui feront le succès de ses œuvres suivantes: du suspense, des personnages tourmentés, et une peinture peu reluisante des dessous de la société victorienne, société dans laquelle les apparences de la respectabilité dissimulent les plus noirs desseins et les plus viles ambitions.
   
   Basil, le héros au cœur pur, choisit de transgresser les conventions sociales en épousant une ravissante jeune fille d’un milieu inférieur au sien (jeune fille qui, au demeurant, n’est guère sympathique, mais le pauvre garçon est aveuglé par la passion). Il se marie en secret pour échapper à l’opposition familiale, et son beau-père, le cupide et ambitieux M. Sherwin, en profite pour lui imposer une étrange condition : l’union ne pourra être consommée qu’au bout d’un an. Basil accepte (et là on se dit qu’il est vraiment couillon). A partir de ce moment, le cauchemar commence. Peu à peu, Basil est envahi par le doute et commence à flairer de sombres manigances, incarnées en la personne de Mannion, un sinistre individu proche de Margaret. Notre infortuné héros va être confronté à moult vicissitudes jusqu’au dénouement hautement mélodramatique.
   
   Vous l’aurez compris, Basil est un jeune homme naïf (pour ne pas dire niais), tellement naïf que j’en suis presque arrivée à me dire qu’il méritait bien tous les problèmes qui lui tombaient sur la tête. D’autant qu’il ne nous épargne aucun de ses états d’âme, exposés en long, en large et en travers. Le rythme est de ce fait assez lent, même si l’action s’accélère un peu vers la fin, au point que le roman m’a paru souvent longuet. Quant aux personnages, ils sont un peu trop manichéens pour être vraiment intéressants (à l’instar de Clara, la sœur de Basil, aussi angélique que soporifique), et je dois dire que je me suis parfois ennuyée.
   
   Malgré ces (très subjectifs) défauts, "Basil" est roman de bonne facture, dans laquelle Collins dévoile une fois de plus toute l’obscurité de la nature humaine. J’ai cependant largement préféré La dame en blanc, plus dynamique et prenant.
   
   A noter que l’éditeur précise sur la quatrième de couverture : «A ne pas lire la nuit si l’on veut dormir en paix». Bon, il ne faut pas exagérer, la lecture de Basil ne m’a quand même pas empêchée de fermer l’œil…
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critique par Caroline




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Premier roman
Note :

   Basil, jeune et innocent aristocrate (notez le degré de raffinement de ces lieux chers amis: je n’ai pas utilisé le mot de trois lettres commençant par «c» et finissant par «on», j’ai dit «innocent») tombe amoureux fou au premier regard de la fille du drapier - la belle, la sensuelle, la sombre Margaret Sherwin. Dans le bus.
   (alors que son visage était dissimulé par une voilette et qu’il ne lui a pas adressé la parole - c’est n’importe quoi ou bien? Si ça vous est déjà arrivé, amis lecteurs, je veux bien manger les pages de cinq cent treize Harlequins sans me plaindre. Juste signalez-le moi)
   
   Le bus donc. Notre jeune fou décide sans plus attendre de l’épouser et va lui demander son avis (enfin celui de son père, parce que c’est pareil). Le père est plutôt d’accord - jugez-en, le jeunot est aristocrate! Le problème est que le père de Basil, lui, ne voudrait pas de la fille d’un vulgaire marchand. (bien vulgaire le marchand, avec sa maison de nouveau riche et ses manières de commerçant - l’argent c'est sale, vous savez bien)
   Le mariage est donc contracté en secret, et puisque Margaret est trop jeune, Basil accepte de ne consommer le mariage qu’un an après. Il a le droit de lui rendre visite chez ses parents (car Mr Sherwin est grand et magnanime), mais de chair il ne saurait être question. Ce mariage secret et chaste se déroule plutôt pas mal, aussi bien que les circonstances le permettent, jusqu’à l’arrivée de l’inexpressif, glaçant, et très respectable Mr Mannion. Basil se rend alors compte que ce simple clerc possède une grande emprise sur la famille, et que pas une décision n’est prise sans lui. Au bout d’un an, le jour où les deux amoureux peuvent enfin se livrer sans retenue aux plaisirs de la chose, Basil apprend qu’il a été la victime d’une vaste machination.
   
   (Espérons que les parenthèses cesseront dans la suite de ce billet, mais je ne vous garantie rien - elles débarquent sans crier gare. (les bougresses!))
   
   Si vous avez surmonté l’épreuve des parenthèses, vous vous serez aperçus que j’ai un regard un peu distancié sur ce premier roman de W.Collins. Beaucoup d’éléments me paraissent peu plausibles - cette histoire de coup de foudre dans le bus, le mariage non consommé (vous en connaissez beaucoup des garçons - et des filles aussi - qui veulent bien regarder sans toucher pendant 365 jours?), et la machination me paraît un peu tirée par les cheveux. Pour le coup, les trop nombreuses coïncidences m’ont parues suspectes, et pourtant Dieu sait que je ne demande qu’à croire tout ce qu’on me dit! Disons que sur un roman aussi court, ça gêne.
   
   Et puis j’ai trouvé la narration à la première personne un peu trop explicite, longuette et développée. Les rêves qu’il fait sont livrés clefs en main - pas besoin de consulter Sigmund pour les décoder.
   
   Mais vous serez peut-être surpris d'apprendre que cette lecture a tout de même été très agréable. Déjà parce que ça se lit tout seul, comme à l’accoutumée chez Collins. L’écriture est fluide, l’intrigue tient en haleine, même si ça n’est pas du niveau de ses chefs d’oeuvres. Il y a de la folie, de la vengeance, de la fureur, de la trahison, de la faucheuse, de l’exil, du tourment, de la baston, et je n’ai pas peur de le dire haut et fort: je kiffe le sensationnel! (et je devrais peut-être même en faire un logo) Même si le tout débarque dans la deuxième partie du roman et parait un poil trop concentré.
   
   Il pourrait s’agir d’une histoire de détective, si Basil était suffisamment malin pour lire tous les signes qui clignotent devant lui, à l'image de son homonyme chez Disney.
   
   Mais on ne peut pas lui en vouloir, car on est un peu comme lui: on sait qu’un truc cloche, mais on n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Il faut qu’une lettre arrive sur un plateau et dévoile tout.
   On retrouve ici le Collins adepte des documents, des lettres, des extraits de journaux intimes, qui permettent de reconstituer l’histoire de Basil - car la narration à la première personne est parfois insuffisante, interrompue, parsemée de blancs.
   
   Et puis comme d’habitude chez Collins: les personnages valent leur pesant de chocolat au lait relevé d’une pointe de sel. Si Basil est palot (même s’il faut lui reconnaître le mérite de se marier hors de son rang), si sa soeur Clara est encore pire, Margaret est séduisante en belle jeune femme emportée, sensuelle, capricieuse, indéchiffrable. Mr Mannion est très énigmatique et révèle d’un seul coup sa profonde colère intérieure, poursuivant son ennemi tel un Achab (la comparaison s’arrête là). Mais mon personnage préféré est Ralph, le frère de Basil, ce libertin dandy qui s’est frotté à la fange du continent - au contraire de son frère, il est insolent, joyeux, spirituel, jubilatoire.
   
   Et il se pourrait même qu’il y ait une critique sociale sous-jacente dans les parages, avec cette révolte des classes marchandes contre l’aristocratie de l'Angleterre victorienne. Ce n’est pas très clair, la narration étant du côté de l’aristocrate, mais on ne peut s’empêcher de se demander si la colère de Mannion est tout à fait injustifiée. Et connaissant le Wilkie Collins de "No Name", on peut se dire qu'on tient une piste.
   
   Donc on n’y est pas encore tout à fait, mais malgré tous ses défauts, le Collins qu’on aime est déjà présent dans ce premier roman. Lisez le si, comme moi, vous êtes un grand fan devant l’éternel. Sinon, faites un sort à "La Dame en Blanc", "Sans Nom", ou "Pierre de Lune".
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critique par La Renarde




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Une lecture passionnante
Note :

   "Basil" de Wilkie Collins raconte une histoire qui ne peut avoir lieu qu’à l’époque victorienne, dans ce XIXème siècle austère, qui professe une hypocrisie complète en ce qui concerne la sexualité. Avec tous les interdits qui pèsent sur eux, il n’est pas bon d’être un jeune homme et encore moins une jeune fille dans cette société capable de vous enfermer dans un carcan si rigide qu’il est impossible de s’en libérer.
   
   Basil est un jeune aristocrate sans histoire. Il tient à l’estime de son père, un gentleman fort riche et très fier de ses origines, qui les élève son frère, Edouard, sa sœur, Clara, et lui, dans le sentiment de l’honneur et l’orgueil de sa famille dont les ancêtres remontent au-delà de la Conquête. Si Edouard, l’aîné et l’héritier de la fortune, n’hésite pas à jeter sa gourme en faisant des dettes et en fréquentant les grisettes, Basil, lui, d’un naturel introverti, vit paisiblement entre sa sœur qu’il adore et son père dans la maison familiale. Il veut se consacrer à l’écriture et confie ses écrits à Clara qui est sa confidente et sa première lectrice. C’est peut-être parce qu’il est si ignorant de l’amour qu’il commet une erreur qui va modifier le cours de sa vie à jamais et le conduire au bord de l’abîme. En effet, lorsqu’il rencontre la jolie Margaret Sherwin, il se jette tête baissée dans le piège que lui tend le père de celle-ci, un marchand de linge, qui a bien compris l’intérêt de sa fille et le sien à ferrer un aussi bon parti! Monsieur Sherwin propose donc le mariage à Basil dans la semaine qui suit sa rencontre avec Margaret et la non-consommation de ce mariage pendant un an. Basil est pris entre deux loyautés: celle due à son père, qui, il le sait, ne supportera pas une mésalliance et celle due à Margaret qu’il vénère et idéalise au plus haut point sans la connaître. cependant, l’amour est le plus fort et le mariage a lieu secrètement. L’année d’attente commence. Comment Basil pourra-t-il avouer à son père ce qu’il a fait? et quel est ce personnage mystérieux,  l’inquiétant Monsieur Mannion, employé de monsieur Sherwin, précepteur de Margaret à ses heures perdues, mais très nettement au-dessus de sa condition par son éducation et son intelligence?
   
   Comme toujours dans les romans de Wilkie Collins, que ce soit dans La dame en blanc, Mari et femme, La robe noire …  l’intrigue présente un être jeune, fragile et sans défense (souvent, une femme mais pas obligatoirement ), victime de la société, dans une position de dépendance financièrement, physique ou morale; celui-ci devient la proie d’un “méchant”, un être sans scrupules qui le poursuivra de sa vengeance. Basil n’y échappe pas!
   
   Ce qui rend la lecture du roman passionnante, c’est que nous sommes partie prenante de l’histoire, comme acteurs. Pris comme la victime dans les rets qui se referment sur elle, nous cherchons les issues et entrevoyons parfois un espoir, une lueur qui s’éteint aussi vite. Si Basil, est ridicule aux yeux de la société d’avoir accepté les conditions du père de Margaret, il ne l’est pas pour le lecteur tant son caractère probe force le respect. Sa naïveté, sa crédulité puérile, sont à mettre sur le compte d’une éducation mais plus généralement d’un système de valeurs qui étouffe l’individu. La société est donc toujours très présente dans Collins. Même s’il ne l’attaque pas directement, il montre la marque qu’elle imprime sur les  individus.. On peut  plaindre Basil mais il reste très attachant.
   
   D’autre part, les autres personnages sont d’autant plus forts qu’il sont à la fois bourreaux et victimes. Par leur complexité que le lecteur découvre au fur et à mesure de l’intrigue, ils prennent un relief qui les rend d’autant plus redoutables. Margaret, par exemple, n’est pas la jeune fille insipide qu’elle paraît être. Au fur et mesure que se dévoile son caractère, apparaissent des zones d’ombre, un partage trouble entre peur et désir, soumission et révolte, passion et intérêt. Et bien sûr, tel est le cas de monsieur Mannion qui introduit le thème de la vengeance cher à Wilkie Collins. A partir du moment où nous savons qui il est et quels sont ses mobiles, le personnage du “méchant” atteint une dimension tragique proche de la fatalité et certaines scènes comme la poursuite sur les falaises de Cornouailles sont hallucinantes.
   
   Il faut donc se méfier de l’apparente simplicité de Wilkie Collins. S’il est le maître du suspense, si comme on le dit, il a inventé le “thriller” en littérature, il est aussi maître dans l’art de peindre la psychologie des personnages, de faire faire émerger à la conscience les sentiments intimes, un maître aussi dans la manipulation des lecteurs qu’il tient en haleine jusqu’à la fin.

critique par Claudialucia




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