Lecture / Ecriture
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Le cri de l'épervier de Anise Koltz

Anise Koltz
  Le cri de l'épervier

Née à Luxembourg-Eich en 1928, dans une famille où se mêlent ascendances tchèques, allemandes, belges et anglaises, Anise Koltz écrit en trois langues (Allemand, Français, Letzeburgisch) une oeuvre qui l'a imposée comme une des grandes voix de la poésie contemporaine.

Son engagement en faveur de la poésie s'est aussi exprimé à travers ses activités de traductrice (de Léopold Sédar Senghor et d'Andrée Sodenkamp, notamment) ainsi que dans l'organisation des Journées de poésie de Mondorf (de 1962 à 1974, et à nouveau de 1995 à 1999).

Le cri de l'épervier - Anise Koltz

Violence des enfantements
Note :

   Une violence aussi discrète qu'inquiétante parcourt les poèmes rassemblés dans "Le cri de l'épervier", un cri qui dès l'entrée se fait annonciateur de mort: "Lorsque la mort / me traverse / j'arrache son cri / à l'épervier / et l'intègre / à mon vocabulaire." (p. 7) La mort est d'ailleurs omniprésente dans ce recueil, dès la naissance, violence faite au nouveau-né: "Chacun porte sa naissance / devant lui / telle une victime / son poignard" (p. 37). Et elle est présente encore, dans la mémoire des "crimes de ce siècle" qui oblitèrent l'idée de Dieu comme celle de l'éternité, immolant le monde dans la mort "au feu / aux flammes multicolores" (p. 89).
   
   Seule l'écriture, peut-être, échappe à la mort et à l'anéantissement du monde, mais pas à la violence que le poète s'impose à lui-même dans son acte créateur: "Dans cette terre / aux entrailles enténébrées / je continuerai l'écriture / avec les bouts de mes os" (p. 33). Car les mots, aussi, peuvent se faire traîtres et meurtriers.
   
   A ses poèmes, Anise Koltz oppose en contrepoint ses photos des pyramides d'Egypte, en plans de plus en plus rapprochés jusqu'à l'abstraction - images d'une permanence minérale et déshumanisée, énigmatique. La pureté géométrique de la pierre vient ainsi offrir une chambre d'écho à l'âpreté et à la concision des textes, où se devine à peine, dans une certaine rigueur, dans la force de l'expression, l'empreinte de la première langue d'écriture d'Anise Koltz, l'Allemand abandonné au profit du Français pour évoquer les cicatrices de la guerre de 40-45.
   
   Extrait:
   LE POETE
   
   "Devant lui
   la feuille blanche
   étendue comme une plage
   où le vent efface la moindre trace
   où les mots courent
   brûlés par le large
   sans cesse perturbés
   par des secousses inattendues
   
   Plusieurs personnes
   peuvent mourir
   dans un mot." (p. 42)

critique par Fée Carabine




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