Lecture / Ecriture
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L'aube le soir ou la nuit de Yasmina Reza

Yasmina Reza
  L'aube le soir ou la nuit
  Art
  Le dieu du carnage
  Hammerklavier
  Heureux les heureux
  Babylone

Yasmina Reza est une auteure française de théâtre, romans et scenarios, née en 1959.

L'aube le soir ou la nuit - Yasmina Reza

« Folle » du futur roi?
Note :

   Ce livre-feuilleton commence par quelques sentences sur la solitude : "L'homme seul est un rêve. L'homme seul est une illusion. On les rêve dans une solitude emblématique mais les hommes font semblant d'être seuls. C'est un leurre."
   
   Et ce livre-feuilleton n'apporte pas de réponses, il est étonnamment factuel. J'avoue avoir été dérangée par l'écriture de Yasmina Reza, une série d'impressions, de petits paragraphes. Et je dois admettre aussi que je m'y suis habituée.
   L'étrangeté du style - raconter par digressions, à long coup de phrases nominales, Sarkozy, un tel homme d'action, est finalement une idée suffisamment paradoxale pour être géniale. Yasmina Reza fait comme si elle ne réfléchissait pas, comme si elle n'analysait pas, comme si elle voulait juste "être là", sans hauteur ni distance. Et, de manière inattendue, elle s'affirme d'autant mieux quand elle le quitte. Et c'est alors qu'elle nous laisse seuls à nos impressions. Retour à la case départ.
   
   Nos impressions sont variées et personnelles, pas seulement des effets d'humeurs sur des faits divers. Comment pourrait-il en être autrement ? On ne peut réduire – et c'est heureux – un Etre à 189 pages. Et encore moins un homme au destin international.
   Yasmina Reza nous offre des moments poliment empruntés au temps accéléré qu'est la vie de Nicolas Sarkozy. Elle nous offre du visuel, de l'auditif, du kinesthésique, de l'expérience vécue en somme, des faits, surtout pas de généralités. Alors … cela parle à chacun, et aucune vérité générale sur l'homme ne peut en découler.
   
   Mon envie d'apprendre de l'homme est frustrée. Je ne sais toujours pas le Sens qu'il donne à tout ça. Quel est son Idéal de vie, quels événements de sa vie ont marqué à ce point son destin, quelles sont ses croyances personnelles … Je suis lasse d'entendre celle que l'on nous ressert "L'immobilisme, c'est la mort." L'action, l'action, l'action ….. Et Yasmina Reza pose la question: «D'où vient cette déchirante propension à se sentir, au moindre ralentissement, écarté de la vie?» Et parce qu'il ne répond pas, je comprends qu'il ne s'offre pas ici.
   
   Les politiques et les autres : avant de lire ce livre, je pensais que ce qui séparaient les électeurs de leurs élus (à l'échelle nationale), c'était que ces derniers vivaient dans un cocon étatique, élitiste, surprotégé, symbolisé "populairement" par leur méconnaissance du prix du ticket de métro. En refermant ce livre, il me semble avoir compris qu'une croyance fondamentale du politique est qu'eux, contrairement à nous, ne recherchent pas le bonheur, que le bonheur est incompatible avec la politique. Et cela m'a inquiétée, comme le pouvoir n'était pas un moyen, mais une fin étourdissante. Alors, le départ de Cécilia m'a rassurée. Ce divorce est pour moi la preuve que nous vivons en démocratie ….
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critique par Alexandra




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Exercice trop périlleux
Note :

   Quelle est l’utilité d’un tel livre ? Cette question n’a cessé de me tarauder tout au long de sa lecture.
   
   Yasmina Reza avait passé un contrat avec le candidat Sarkozy : pouvoir le suivre, en garde rapprochée, en partageant son intimité pendant les huit ou neuf mois qui ont précédé l’élection présidentielle, pouvoir noter librement tout ce qu’elle voulait et en tirer un livre sur le mode pris sur le vif.
   
   Le résultat est fortement mitigé, discutable même.
   
   Passons les premières dizaines de pages. Mme Reza n’est pas dans son registre et le livre éprouve les plus grandes difficultés à adopter un ton et un style aptes à capter l’attention du lecteur.
   
   Puis, peu à peu, on sent qu’une sympathie s’établit entre celle qui observe et celui qui est observé.
   
   Une sympathie fondée sur le don de soi à la cause de sa vie, sur l’extraordinaire énergie qui émane de M. Sarkozy et sa capacité à entraîner, à décider.
   
   Une sympathie forgée par la force des mots, ceux qui structurent les meetings électoraux, ceux lâchés sur le moment par un candidat qui veut soulever les foules jusque parfois à l’encontre de celui qui passe ses nuits à concevoir les discours du futur président.
   
   Mais sympathie ne veut pas dire admiration béate et Y. Reza s’emploie à bien souligner la superficialité dans la plupart des contacts, l’inépuisable besoin de plaire et de briller, l’ego sur-dimensionné, indispensable pour gagner.
   
   Bref, du coup, l’homme qui va devenir président y gagne en densité humaine puisqu’il combine qualités aussi nombreuses que ses défauts.
   
   Reste à dire que le style qui repose fondamentalement sur des successions de notes et d’impressions, sur des citations glanées ici ou là ne m'a pas emballé. Nous restons dans la superficialité, l’impression et rares sont les analyses qui, lorsqu’elles apparaissent, sont en revanche d’une grande pertinence.
   
   Il y a également trop de références à des personnages dont nous n’avons pas la moindre idée de ce qu’ils sont au-delà de la cohorte des ex et futurs ministres de la garde rapprochée.
   
   Mais conservons l’image d’un homme à la condition humaine, obsédé par la réussite et le souci de plaisir, le besoin d’être admiré, aimé et obéi.

critique par Cetalir




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