Lecture / Ecriture
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Zoli de Colum McCann

Colum McCann
  Danseur
  Zoli
  Les saisons de la nuit
  Ailleurs, en ce pays
  La rivière de l’exil
  Et que le vaste monde poursuive sa course folle
  Transatlantic
  Treize façons de voir
  Le chant du coyote

Colum McCann est un écrivain Irlandais né en 1965 à Dublin.

Zoli - Colum McCann

Sur un air de poésie
Note :

   Née en Tchécoslovaquie dans les années 20, la petite Zoli va connaître un destin extraordinaire. Elle grandit dans une communauté tzigane encore nomade, vivant selon des traditions ancestrales. Ayant appris à lire et à écrire dans un communauté qui se méfie du papier, chanteuse et poète, elle va devenir l’égérie du parti communiste, précipiter à son insu la sédentarisation forcée de son peuple, aimer un gadjo, être trahie par lui, être bannie par son peuple, connaître l’exil avant que d’atteindre à l’amour et l’apaisement.
   
   Zoli est un magnifique portrait de femme libre, indépendante, et pourtant enfermée dans l’amour qu’elle porte à son peuple, dans des traditions et des lois dont elle a besoin pour respirer et que pourtant, elle transgresse. Elle va tout supporter pour apprendre à lire et à écrire : la méfiance des siens, les quolibets à l’école, les préjugés des instituteurs. Mais elle va aussi se marier selon les traditions, voyager avec les siens. Elle suit en cela un grand-père communiste qui transporte dans sa poche Le Capital caché sous la couverture d’un missel et dont la roulotte est décorée par un portrait de Lénine soigneusement dissimulé sous la Vierge Marie. Celui-ci est un personnage extraordinaire, brut de décoffrage, plein d’humour, de philosophie, de force. Il lui en faut d’ailleurs pour survivre dans une Europe de l’Est en proie au démon du fascisme puis à l’invasion des armées nazies.
   
   Le grand talent de Colum McCann est de faire vivre ses personnages principaux, mais aussi ses personnages secondaires. Avec son écriture sobre mais sensuelle, il fait passer une foule d’émotions, d’odeurs, de sons, d’images.
   
   Il décrit avec talent un peuple qui fait peur. Ces tziganes que l’on perçoit comme voleurs, sales, rusés ont une culture complexe, riche, des us et des coutumes incompréhensibles pour les gadjé et les sédentaires. L’enfance de Zoli, sa vie de femme mariée donnent des pages d’une intensité folle. Et surtout, elle montre l’impasse où se trouve ce peuple. A la fois nomade dans l’âme, farouchement libre, mais poussé à la sédentarisation, aux démons de la modernité et aux idées des bonnes âmes. Un peuple en butte à un monde qui le refuse et le hait, sans doute pour la liberté qu’il prend même quand on la lui refuse. Un peuple qui, quand il ne le hait pas, ne le comprend pas. Le point de vue de Stephen Swann que l’on suit pendant toute une partie le montre bien. La diversité culturelle, l’ouverture à l’autre n’est pas chose si facile, et elle peut difficilement être imposée. L’échec du parti communiste en est la preuve : il a tenté d’intégrer le peuple tzigane mais en lui faisant perdre son âme et sans que la manière dont il est considéré soit réellement changée. D’ailleurs, la situation actuelle des tziganes n’a pas tant changé. A la différence que c’est le peuple tzigane, ou une partie du peuple tzigane qui cherche à affirmer politiquement, artistiquement et socialement son existence, à s’intégrer sans s’acculturer. Une autre reste dans une misère noire.
   
   Pourtant, tout n’est pas noir dans ce monde. S’il y a la haine, il y a aussi la bonté de gens rencontrés au passage, l’amour de certains, un amour qui n’est pas destructeur comme celui de Swann pour Zoli. Et la bêtise est présente des deux côtés. McCann ne donne pas dans l’angélisme.
    «Je n’arrive pas à expliquer pourquoi, si nombreux, ils nous ont détestés avec tant de ferveur et pendant tant d’années. Et si j’y arrivais, ça leur rendrait les choses encore bien trop facile. Ils nous font taire en nous coupant la langue, ensuite ils viennent nous demander les réponses. Ils refusent de penser par eux-mêmes, et ils méprisent ceux qui ont des idées. Ils ne se sentent bien qu’avec un fouet au-dessus de la tête et, la plupart du temps, notre arme la plus dangereuse n’est qu’une chanson. Je suis pleine du souvenir de ceux qui ont vécu et de ceux qui sont morts. Nous avons aussi nos couillons et nos démons, chonorroeja mais la haine des autres, autour et partout nous rassemble. Montre-moi un seul coin de terre dont nous ne sommes pas partis, d’où nous ne partirons pas, un seul endroit qu’il n’a pas fallu éviter. Si j’ai maudit beaucoup des nôtres, nos supercheries, notre double langage, ma propre vanité et ma propre bêtise, le pire d’entre nous ne s’est jamais retrouvé avec les pires d’entre eux. Ils nous appellent leurs ennemis pour n’avoir pas à se regarder. Ils retirent la liberté de l’un pour la donner à l’autre. Ils transforment la justice en vengeance mais continuent à l’appeler justice. On attend de nous qu’on lise l’avenir, ou du moins qu’on lui vide les poches. Ils nous rasent la tête, nous traitent de voleurs, de menteurs, d’ordures, et nous demandent ensuite pourquoi in ne ferait pas comme eux.»
   
   Ce qui est aussi magnifique dans ce roman, c’est l’amour des mots, de la musique, de la musique des mots mis les uns après les autres, avec les autres. Zoli écrit comme elle respire, comme elle chante. La musique est sa vie, celle de son peuple. J’ai eu envie de réécouter des chants tziganes après les dernières lignes époustouflantes que nous offre Colum McCann.
   On peut reprocher quelques longueurs à ce roman, mais il donne envie de mieux connaître les tziganes et leur situation aujourd’hui.
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critique par Chiffonnette




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La croisée des chemins
Note :

   Zoli est une jeune Tzigane, survivante d'un massacre perpétré par une milice sur les siens. Son grand-père et elle en ont réchappé...ainsi s'annonce ce qui ravagera l'Europe centrale quelques années plus tard.
   
   Zoli a le goût du chant, des poèmes, elle a le talent d'interprétation et de création, elle est vive et intelligente et surtout, elle a un grand-père qui sait lire et écrire et qui l'envoie à l'école. Malgré les brimades, les moqueries qui ne feront qu'aiguiser son caractère, Zoli s'épanouira dans la splendeur de la poésie de son peuple, des sons étranges et séduisants des harpes dans le vent du voyage en roulotte. Zoli fait partie d'un peuple de musiciens et de chanteurs, elle reprend les chansons traditionnelles et peu à peu se lance dans la création littéraire orale, simplement pour le plaisir de la musicalité des mots, de leur liberté et de leur sensualité.
   
   Elle sera repérée par Martin Stransky, poète communiste, qui essaiera d'en faire l'icône des poètes tchèques, elle, Zoli, la Tzigane poétesse. Elle rencontre aussi Stephen Swann, Anglais exilé volontaire, traducteur fasciné par le bouillonnement culturel de cette Europe communiste d'après-guerre. Des bandes et des bandes sont enregistrées, des manifestations culturelles organisées, portant Zoli vers la célébrité et la reconnaissance artistique. Stephen Swann, amoureux éperdu et fou de Zoli, ne pourra la garder dans ses bras: elle est libre comme le vent, comme les vents qui ont porté les pas de son peuple à travers l'Europe. La fougue, l'audace de Zoli marquera son destin au fer rouge du malheur. Zoli est Tzigane et femme: en étant publiée, elle devient hors-la-loi aux yeux des siens. Malgré ses protestations, Swann imprimera ses textes et les conséquences pour Zoli seront terribles.
   
   A travers le parcours de Zoli, c'est le destin d'un peuple de nomades qui se déroule sous les yeux du lecteur: de la liberté d'aller où bon leur semble à la mise en place de "La Grande Halte", la fin du primitivisme grâce au socialisme, la fin de l'archaïsme et le début d'une ère de sédentarisation dans des immeubles que jamais les kumpanias (les familles) ne pourront comprendre ni y vivre sans perdre leur âme.
   
   Zoli part loin à l'Ouest, vers Paris, bravant les barbelés, le froid, la crasse et la faim. Vienne, terre occidentale, dernière station avant les Alpes italiennes... un souffle de liberté qui la portera dans les montagnes jusqu'au jour où le passé ressurgira à un moment inattendu.
   
   Un roman mettant en scène un peuple trop souvent oublié, laissé pour compte: les Tziganes, les nomades qui ne connaissaient pas de frontières ni d'entraves. Un peuple de l'oralité, du verbe, des sons, qui regarde de loin les gadjés qui s’emmêlent et se ficellent avec l'écrit et la sédentarité. Le vent de l'Histoire balaie l'épopée nomade au nom d'un progrès qui dévaste plus qu'il ne construit, réduisant presque à néant une culture, celle des routes et des vents. Un roman autour d'une femme moderne, rebelle qui ira jusqu'au bout de sa passion et sa douleur: elle gagnera sa liberté tout en intégrant, au plus profond d'elle-même, la honte d'avoir trahi les siens, prison invisible et ô combien lourde à porter.
   
   Les narrateurs se succèdent tout comme les points de vue, le temps et l'espace, ce qui peut contribuer à rendre confuse la lecture. Est-ce un chef d’œuvre? Je ne suis pas critique littéraire connu et reconnu mais ce roman m'a fait passer un excellent moment de lecture: j'ai pris le temps de m'imprégner de l'atmosphère fascinante de cette Europe Centrale riche en cultures et romanesque en diable.

critique par Chatperlipopette




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