Lecture / Ecriture
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L'empreinte du renard de Moussa Konaté

Moussa Konaté
  L'empreinte du renard
  La malédiction du Lamantin

Moussa Konaté est un écrivain malien né en 1951 et décédé en 2013.

L'empreinte du renard - Moussa Konaté

Les renards m'ont dit...
Note :

   Moussa Konaté ouvre une porte sur une société traditionnelle malienne, celle des Dogons. A la suite de ses héros récurrents, le commissaire Habib et l'inspecteur Sosso, le lecteur se lance dans une enquête dont le conflit entre modernité et tradition est le centre. Cette opposition ancrée depuis la fin de la colonisation européenne est une des multiples batailles auxquelles est confrontée l'Afrique noire.
   
   Habib et Sosso, flanqués d'un chauffeur étonnant (qui mettra quelques temps avant de saisir qu'ils appartiennent à la police nationale), se rendent dans un village dogon, Pigui, où une série de morts étranges interpelle les politiques de Bamako. Pourquoi le jeune maire et ses adjoints sont-ils effrayés, par qui ou par quoi sont-ils terrorisés? L'enquête s'annonce des plus difficiles car tout le monde se garde bien d'aider les policiers... l'omerta veille au grain!
   
   Très rapidement, grâce aux conseils prodigués par un de ses anciens élèves de l'école de police devenu gendarme, Jérôme Diarra, Habib se rend compte qu'il ne doit surtout pas provoquer d'affrontement dans le village mais au contraire entrer dans le mode de pensée des dogons. Peu à peu, il saisit une partie de l'essence de la peur effroyable des jeunes maire et conseillers municipaux: le poids des traditions ancestrales et religieuses rend sacré le devoir d'amitié entre les hommes qui ne doivent en aucun cas le transgresser pour convoiter le bien ou la promise de l'autre. Les traditions dogons rendent inviolable la terre du chef spirituel du village, le Hogon. D'ailleurs ce dernier pourrait certainement éclairer la lanterne du commissaire Habib. Ou alors le sorcier du village, Kodjo dit "Le Chat", qui semble connaître les méandres des falaises, les messages laissés par les empreintes des renards ainsi que beaucoup d'autres choses plus mystérieuses les unes que les autres... peut-être est-ce lui l'instigateur de ces meurtres?
   La sagacité, le flair et la logique du commissaire trouveront les clefs de ces assassinats. L'intrigue devient très vite secondaire, bien que le mystère ayant été éclairci, le lecteur se surprend à se souvenir de petits détails parsemés dans le récit et à se dire "mais oui, c'est bien sûr!".
   
   Grâce à ses personnages attachants et hauts en couleur, Moussa Konaké, livre un éventail de ce qui fait l'Afrique noire d'aujourd'hui: du poids des traditions des cultures animistes et musulmanes, des dégâts insoutenables provoqués par la corruption et l'appétit vorace d'argent facile de certains en passant par l'incompétence des politiques à gérer et faire fonctionner correctement les infrastructures (Ah, la saveur de la panne d'essence de la voiture de service due à un budget inadéquat alloué au carburant!!!!) ou le sens de l'humour et de la dérision parsemant de franche rigolade l'enquête d'Habib et Sosso. Ce sont aussi les séances de palabres dans la maison commune entre le Hogon et les chefs de famille du village, l'humanité et le sens du partage des plus déshérités.
   
   Tout n'est pas rose sous le soleil de l'indépendance... les jeunes filles rêvent d'ailleurs, un ailleurs qui les jette dans les bras des souteneurs ou dans les abysses des quartiers misérables des villes; les femmes n'ont guère la liberté de choisir leur compagnon qui leur est dévolu souvent dès leur plus jeune âge: pourquoi s'étonner que certaines en regardent, aiment un autre?
   Un polar mené tambour battant, entre hallucinations et rires aux éclats, au pays dogon. A lire sans craindre l'ombre de l'ennui!
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critique par Chatperlipopette




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Yourougou
Note :

   Rien ne va plus dans le village Dogon de Pigui. En l'espace de quelques jours se succèdent plusieurs morts suspectes. On a retrouvé les victimes au petit matin, le corps démesurément enflé, la bouche emplie de sang noir.
   
   Dolo, le jeune maire du village, ainsi que trois autres conseillers municipaux, se sentent menacés à leur tour. C'est à Bamako, auprès du conseiller du ministre de la Sécurité intérieure, que Dolo va se rendre afin de demander l'assistance des autorités. Issa, le conseiller va pour cela faire appel au commissaire Habib Kéita et à son collaborateur, l'inspecteur Sosso Traoré.
   
   Et voilà nos deux policiers en route pour le pays Dogon à bord d'un 4x4 en compagnie d'un chauffeur volubile et railleur.
   
   Après maintes plaisanteries et de nombreux éclats de rire, Habib et Sosso arrivent à Bandiagara, chef-lieu du pays Dogon, dernière enclave de tradition animiste du Mali.
   
   Ils vont avoir fort à faire pour élucider le mystère des morts mystérieuses de Pigui. Car ici, la logique et les méthodes d'investigation modernes doivent prendre en compte, voire même s'effacer, devant le poids des traditions séculaires, des rites magiques et des sortilèges.
   
   Car comment expliquer ces morts mystérieuses et fulgurantes de jeunes gens en pleine santé quelques heures avant leur décès ? Pour certains, il faut y voir le châtiment d'Amma, l'ancêtre des Dogons, pour d'autres il s'agirait de la malédiction de Kansaye, un vieillard dont le neveu est mort récemment dans un duel l'opposant à un autre jeune homme du village. Qui est à l'origine de tous ces meurtres ? Peut-être que Kodjo «le Chat» , le devin du village, l'homme qui lit l'avenir dans les empreintes de renard, en sait quelque chose ?
   
   Polar ethnique, «L'empreinte du renard» nous emmène dans un Mali hésitant entre tradition et modernité, un pays où la culture traditionnelle, qu'elle soit animiste ou musulmane, est en lutte contre ces fléaux hérités du colonialisme que sont la corruption et l'appétit de lucre.
   
   Moussa Konaté nous décrit avec justesse et tendresse ce pays et ses habitants, pauvres mais dignes, dépourvus de biens matériels mais riches d'une humanité, d'une sincérité et d'une bonne humeur à toute épreuve.
   
   Il nous dépeint une galerie de personnages tous plus attachants et exubérants les uns que les autres, et à travers eux c'est tout un pan de la société malienne qui se dévoile avec ses grands et ses petits fonctionnaires, ses paysans, ses anciens qui se réunissent pour palabrer, ses jeunes filles de Bamako qui rêvent d'un ailleurs, miroir aux alouettes inspiré de l'univers des clips vidéo et des séries américaines...
   
   D'une redoutable efficacité, «L'empreinte du renard» est un roman qui se lit d'une traite, un polar intelligent et dépaysant, peuplé de personnages hauts en couleurs, un récit passionnant qui n'offre pas de temps mort et dont la trame est traversée d'incessants éclats de rire. Un pur bonheur.

critique par Le Bibliomane




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