Lecture / Ecriture
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Shutter Island de Dennis Lehane

Dennis Lehane
  Shutter Island
  Mystic river
  Gone, baby gone
  Prières pour la pluie
  Un dernier verre avant la guerre
  Un pays à l'aube
  Ténèbres, prenez-moi la main
  Ce monde disparu
  Après la chute

Dennis Lehane est un écrivain américain d'origine irlandaise, né en 1965.

Shutter Island - Dennis Lehane

Trépanation oculaire
Note :

   Deux marshals débarquent sur une île, appelés parce qu’une patiente s’est «évadée». Shutter Island est en effet un hôpital psychiatrique, dans les années cinquante, pour les malades «dangereux».
   
   Le truc c’est qu’elle a soudain disparu de sa chambre fermée à clefs, fenêtre close également. Alors à moins d’être invisible, elle a forcément bénéficié de complicités. D’ailleurs, le personnel sonne faux. Et les migraines s’enchaînent. Mais que se passe-t-il donc sur cette île, qui est vraiment qui et que cherche-t-on ?....
   
   A lire jusqu’au bout, pour tout reconsidérer et recommencer sa lecture immédiatement.
   
   Il faut que j’arrête de me fier aux impressions que je sors de je ne sais quel chapeau à propos de tout un tas d’auteurs : Dennis Lehane est un sacré romancier (oh la formulation bidon. Dennis Lehane laisse loin derrière lui ses petits camarades, est un orfèvre du genre, tout ça, quoi.), il m’a scotchée dans cette histoire, je haletais, je remuais mes petits neurones dans tous les sens, je sentais bien que quelque chose clochait mais je ne fais pas ma maligne, je ne cernais pas correctement le truc.
   
   Et pour cause.
   
   Hyper prenant dès les premières lignes, noir foncé, et triste à en pleurer, bluffant et torché au scalpel: j’en veux encore.
   ↓

critique par Cuné




* * *



Il est vraiment excellent...
Note :

   Vraiment je ne peux que me joindre aux éloges que j'avais entendus concernant le dernier opus de Dennis Lehane. Bien entendu, certains vont sourire en se disant que je manque d'objectivité étant une inconditionnelle. Mais non, je vous assure, je sais dire lorsque non, vraiment cela ne passe pas. Ainsi, pour moi le dernier Chesbro est un grand fourre tout, quasi vide de sens, très décevant.
   Mais là... Chapeau...
   
   Ces 2 précédents étaient déjà de belles réussites, mais celui-ci gagne tous les suffrages. Lehane parvient à se renouveler dans ce roman de manière magistrale. Il s'éloigne de sa ville, nous fait découvrir de nouveaux personnages loin de ceux que nous avons eu l'habitude de découvrir sous sa plume.
   
   Il pousse fort loin, retournant son personnage principal comme une crêpe sous nos yeux quasi incrédules. Il sait nous entraîner dans les méandres de la folie de cette île où tout un chacun semble cacher de terribles secrets, ou chaque personnage semble être "bon pour l'asile" selon les critères de notre société. Ne dit-on pas que l'isolement entraîne vers la folie, l'homme étant sujet à tomber dans ses travers... même si le personnel pénitentiaire et médical est important à Shutter Island, la folie semble guetter les uns les autres au contact de ces dangereux criminels, et le comportement du directeur, des psychiatres ne sont pas là pour nous rassurer. Et quand la nature s'en mêle, tout devient possible dans notre imaginaire tout comme dans les ramifications dans lesquelles nous entraîne l'auteur.
   Les éléments naturels sont un personnage clé dans la structure du scénario, ils sont un protagoniste à part entière. Mais, je ne puis vous dire davantage...
    ↓

critique par Delphine




* * *



Même pas peur!
Note :

   Le nez plongé dans mes romans, j'oublie que je préférerais dormir, que les heures passent, que je vais avoir du mal à me lever, j'oublie pourquoi je n'arrive pas à dormir, je ne pense à rien.
   
   Le nez plongé dans mes romans, je ne fais pas attention à qui se trouve dans ce wagon, je ne vois pas les minutes passer, je n'entends pas les enfants crier, je ne remarque pas les stations qui défilent et je manque ma station.
   
    Le nez plongé dans mes romans, je ne fais rien d'autre que lire, les pages sont tournées les unes après les autres, je pose un livre pour en commencer un autre. Je ne pense pas à ce que je devrais faire, au travail qui m'attend, aux révisions que je devrais faire.
   
   Le nez plongé dans mes romans, je suis la plus patiente, je ne grogne pas dans les queues, je suis sage comme une image dans les salles d'attente, je n'attends rien, je ne me presse pas, plus rien ne m'importe.
   
   Le nez plongé dans mes romans, je n'entends pas quand on me parle, je lâche un "hum" comme réponse à toutes les questions que l'on me pose, je ne remarque pas la sonnerie du téléphone ou les allers et venues.
   
   Le nez plongé dans mon roman, je ne remarque pas ce qui se passe autour de moi, je ne vois pas combien nous sommes dans ce parking transformé en salle de concours, je ne me perds pas en conjectures, je ne réfléchis pas sur le nombre de candidats qui doivent décider dans les minutes qui suivent que ce métier n'est pas pour eux pour que j'aie une chance. Je sursaute au détour d'une page.
   
   Le nez plongé dans "Shutter Island" de Dennis Lehane, j'oublie tout. Je suis prise par cette histoire de fous. Dans les années 50, deux marshals, Teddy Daniels et Chuck Aule, se rendent sur un île au large de Boston qui sert de d'hôpital psychiatrique et de prison pour les criminels les plus dangereux et les plus frappés des Etats-Unis. Ils doivent retrouver une patiente disparue, Rachel Solando, qui a noyé ses trois enfants puis les a installés à table pour prendre le thé avec l'un de ses voisins. A leur arrivée sur l'île, alors qu'un ouragan s'annonce, les deux marshals découvrent cette forteresse-prison peuplée de cinglés en tout genre et de médecins aux méthodes de soin controversées.
   
   Parallèlement à l'enquête, on découvre progressivement le passé de Teddy Daniels hanté par le souvenir de sa femme morte dans un incendie. Complètement obsédé par cette disparition, ainsi que par les souvenirs des camps de concentration qu'il a libérés alors qu'il était soldat, Daniels est une bombe de violence prête à exploser à tout moment. Sa venue sur l'île n'est pas due au hasard : il est persuadé que l'incendie dans lequel a péri sa femme était volontaire et que le responsable est enfermé sur cette île dans le mystérieux bâtiment C auquel lui et Chuck Aule n'ont pas accès.
   
   L'enquête est bien plus complexe que ce que l'on pourrait attendre d'un roman policier et la fin est à la fois surprenante, fascinante et angoissante.
   
   Le nez plongé dans mon roman, je suis prête à tout affronter, surtout quand je ne vois pas le danger...
   ↓

critique par Cécile




* * *



Un chef-d'œuvre du genre
Note :

   Shutter Island, îlot perdu au large de Boston, n'a rien d'une île paradisiaque pour touristes: elle abrite en effet une ancienne forteresse, reconvertie en hôpital psychiatrique pour patients atteints de troubles mentaux graves et pour criminels dangereux, ce qui explique la présence de gardes armés sur l'île. Un jour de septembre 1954, le marshal Teddy Daniels, accompagné de son acolyte Chuck Aule, débarque pour enquêter sur la mystérieuse disparition d'une patiente, Rachel Solando, mère infanticide, qui s'est échappée de sa cellule pourtant fermée de l'extérieur. Très vite, les deux policiers perçoivent l'étrange atmosphère qui règne sur l'île, à tel point que par moments, les médecins leur semblent plus fous que leurs patients. Et pour couronner le tout, voilà que se lève un ouragan, empêchant toute communication avec l'extérieur... mais aussi tout retour sur le continent. Seuls pour mener cette enquête, sentant que leur présence devient chaque jour un peu plus indésirable, Teddy et Chuck tentent tout de même de découvrir la vérité, car il leur semble impossible que Rachel puisse s'être évadée sans une complicité extérieure, au sein du corps médical lui-même. Leur seul indice: une feuille de papier, couverte de nombres sans lien apparent, laissée par Rachel dans sa cellule. De nombreuses questions restent sans réponse: comment est-il possible qu'on ne parvienne pas à retrouver la fugitive, sur une île aussi inhospitalière, bordée de hautes falaises et balayée par des vents violents? A quoi sert l'ancien phare, dont le docteur Cawley prétend qu'il n'abrite qu'une station d'épuration, mais qui est pourtant gardé jour et nuit par des militaires en armes? Que cache le bâtiment C, la pavillon réservé aux patients les plus dangereux? Teddy commence à penser que sous les apparences se cache peut-être une véritable machination, avec expérimentations médicales à la clef, et soupçonne les médecins de l'île de ne pas lui dire toute la vérité sur leurs pratiques prétendument révolutionnaires, et que, s'il reste trop longtemps sur l'île, il risque fort de ne plus pouvoir en repartir... A cela vient s'ajouter le fait que Teddy semble avoir des motivations très personnelles pour venir enquêter sur Shutter Island: c'est en effet là qu'est interné Andrew Laeddis, pyromane ayant causé l'incendie dans lequel Dolores, l'épouse du marshal, a trouvé la mort...
   
   Il n'existe qu'un mot pour décrire le sentiment du lecteur qui termine le roman de Dennis Lehane: Wahou! Quel talent, en effet, que celui de cet auteur, qui nous plonge dans un univers délibérément angoissant, glauque, malsain, nous laisse nous empêtrer avec Teddy Daniels, nous rend tout aussi prisonnier de cette île inquiétante que le marshal semble l'être... On a rarement vu un thriller enfermer si bien son lecteur dans le piège qui paraît se refermer peu à peu sur son héros, avec une si grande minutie pour distiller indices, répliques étonnantes, scènes angoissantes, non-dits et angoisses diverses. On se laisse emporter au rythme de ce roman, qu'il est véritablement impossible de lâcher jusqu'au choc final du dénouement, l'apothéose, en quelque sorte, bien loin de ce qu'on aurait pu imaginer en l'ouvrant. Car c'est peut-être là que réside le tour de force de Dennis Lehane: transformer un banal polar psychiatrique en thriller terrifiant, où l'on tremble avec le héros, où l'on s'interroge comme lui sur les véritables pratiques de cet étrange endroit, où l'on reste attaché malgré soi, alors même qu'on sait pertinemment qu'il faudrait en partir le plus vite possible...
   
   Un style incisif, précis, mais jamais bâclé, des personnages tous plus complexes les uns que les autres, très bien construits, aux motivations imperceptibles en apparence, mais qui en réalité ont tous quelque terrible secret à cacher. Sans parler de la structure de l'intrigue, absolument parfaite, sans aucun temps mort ni longueur intempestive, qui nous conduit inexorablement vers un dénouement sous forme d'uppercut, qui a fait couler beaucoup d'encre et qui pourtant me paraît rigoureusement construit par Lehane, sans échappatoire possible (seul point, peut-être, sur lequel le film de Scorcese semble différer du roman, mais c'est un autre débat), et qui fait aussi froid dans le dos que les nombreuses scènes de guerre qui émaillent les souvenirs de Teddy Daniels, présent à la libération de Dachau, tel ce suicide raté d'un officier nazi, dont l'agonie est minutieusement détaillée par le marshal, jusque dans ses détails les plus sordides. On en ressort sonné, avec une boule au ventre et des frissons, tant on a vibré et souffert avec le héros.
   
    Un chef-d'œuvre du genre, mené de façon magistrale par un auteur plus talentueux que jamais, servi par une intrigue originale et extraordinairement construite, des personnages tous aussi fascinants les uns que les autres, et un style brusque et sombre qui convient parfaitement à ce genre de roman, superbement adapté au cinéma en ce début d'année par Martin Scorcese, qui a réussi à rendre trait pour trait l'ambiance du livre.
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




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Très fort, Denis Lehane !
Note :

   "Shutter Island" est indéniablement un roman à part dans le domaine du thriller, du polar au sens générique. Une construction sophistiquée qui vous prend aux tripes dès le début et ne vous lâche plus, et surtout qui vous mène là vous n’alliez pas. A priori.
   
   S’il m’évoque quelque chose au niveau littéraire, c’est par exemple "Le tour d’écrou", d’Henry James, mais en pur polar évidemment.
   
   Mais si quelque chose m’agace, c’est bien ce qu’il se passe si vous tapez "Shutter Island" dans un moteur de recherche. Que croyez-vous voir apparaître? Sur la première page de résultats... que des références au film qu’en a tiré Martin Scorcese. Malgré tout le respect que je puis avoir pour Martin Scorcese, certes pas un mauvais homme et encore moins un mauvais cinéaste, son mérite d’avoir mis ce roman en images est-il plus grand que celui d’avoir créé l’histoire, les personnages, d’avoir su créer une atmosphère d’angoisse palpable? Non, mille fois non, et cela a réellement le don de m’énerver! Pauvre monde dans lequel nous vivons et où le mérite ne va pas au meilleur!
   
   Les propos de "Shutter Island" ont déjà été abondamment commentés de droite et de gauche. Précisons donc juste que, comme son nom l’indique, Shutter Island est une île, côte Est des Etats-Unis, une île sur laquelle est installé un hôpital psychiatrique réservé à des cas gratinés. Que deux Marshalls débarquent par mauvais temps sur l’île pour mener une enquête sur une patiente qui a disparu de manière très intrigante. Que ce mauvais temps va s’accentuer, se transformer en tempête et les bloquer sur l’île... Après? Faut lire (et j’ai bien dit "lire"!)
   Une chose est certaine : il n’est pas bon de mettre la main dans l’engrenage terrible d’un hôpital psychiatrique :
   
   " - Si vous n'êtes pas fou mais que l'on vous a présenté comme tel au reste du monde, toutes vos protestations ne servent qu'à conforter les autres dans leur opinion. Vous me suivez?
   - Plus ou moins.
   - Imaginez un syllogisme qui prendrait comme point de départ le principe suivant :"Les fous nient leur folie. " D'accord?
   - Oui.
   - Ok, deuxième partie : "Or Bob nie sa folie." Troisième partie, celle du "donc" : "Donc, Bob est fou."
   (...)
   Si on vous juge dément, alors tous les actes qui devraient prouver le contraire sont interprétés comme ceux d'un dément. Vos saines protestations constituent un déni. Vos craintes légitimes deviennent de la paranoïa. Votre instinct de survie est qualifié de mécanisme de défense. C'est sans issue. L'équivalent d'une condamnation à mort en quelque sorte."

critique par Tistou




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