Lecture / Ecriture
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Les bois dormants de Fabienne Juhel

Fabienne Juhel
  Les bois dormants
  La verticale de la lune
  A l’angle du renard
  Les hommes sirènes
  La Chaise numéro 14
  Les oubliés de la lande
  Ceux qui vont mourir

Fabienne Juhel est une écrivaine française née en 1965.


* Interview dans la rubrique "Rencontres"

Les bois dormants - Fabienne Juhel

A ne pas lire trop vite.
Note :

   Encore une fois, mon démon «ce-que-je-connais-sinon-rien» (démon très communément répandu d’ailleurs, ne vous vantez pas), a tenté de s’emparer de moi dans les premières pages de cet étrange roman. Il me disait «C’est pas une façon d’écrire, ça !» «Non mais, tu as vu ces images à la noix?», «C’est de la poésie de bazar»… etc. C’était mal parti. Heureusement, mon ange «Laisse-lui-sa-chance» (très communément répandu lui aussi d’ailleurs, ne vous désespérez pas) a défendu sa part et j’accordai les 50 pages réglementaires avant abandon.
   Bien évidemment, 50 pages plus tard, je ne songeais plus le moins du monde à fermer le livre et je ne me suis d’ailleurs pas aperçue que je franchissais la frontière du verdict pour arriver carrément émerveillée à la dernière page.
   
   Alors parlons de cet étrange livre.
   
   Une jeune femme de trente ans nous raconte d’entrée de jeu sa vie depuis qu’elle est bébé jusqu’à son présent où elle est mère de jeunes enfants. Les passés lointains et immédiats se mêlent, mais sans aucune confusion. Des scènes succèdent aux autres, apparaissant devant nos yeux avec une totale précision qui, on s’en aperçoit à la réflexion, n’est pas celle des comptes-rendus, mais celle des œuvres d’art. De même, la langue de Fabienne Juhel n’est-elle pas celle des narrations, mais celle des poèmes. Et la poésie non, elle n’est pas de bazar, pas du tout même. On en est loin. Mais elle est toute gonflée au contraire par la pure authenticité du vécu même, du réellement éprouvé.(que l’on soit dans la fiction ou non)
   
   Chaque image crée par F. Juhel fait naître dans notre cerveau nos images et nos souvenirs. Les évocations sont si justes et si subtiles qu’elles nous pénètrent jusqu’au fond de ce que sont nos propres souvenirs, nos propres représentations et surtout, ce que nos yeux ont vu et ce que nous avons ressenti alors. On est surtout dans le visuel et plus exactement, dans l’interprétation affective ou intellectuelle du visuel. Il ne faut pas lire vite mais très très lentement au contraire, ou relire très lentement, en laissant le temps à notre cerveau, à notre mémoire de recréer les images qui demandent alors à prendre vie chez nous.
   
   La jeune femme qui parle a une tumeur au cerveau. Ce que nous lisons, elle ne l’écrit pas, elle le pense. L’auteur ne s’est –à juste titre à mon avis- pas souciée de donner une explication rationnelle à notre lecture. Ce que nous lisons est une agonie. Sans violence, sans révolte inutile contre l’injustice de la vie, nous assistons, participons plutôt même, à la séparation de la narratrice du monde des vivants.
   
   La tumeur étoilée l’avait amenée à une pensée différente de la norme, faite d’oublis, de distraction, confusions, erreurs, visions oniriques des évènements. Elle l’a ensuite fait tomber dans l’escalier et l'a amenée à l’hôpital où elle sombre peu à peu dans le coma et où visiteurs et infirmières lui lisent des contes qui se mêlent à ses songes. Et la vie s’éteint et avec elle cette merveille qu’est une imagination humaine. Et la vie poursuit tout autant son cours.
   
   Un auteur à l’inspiration et au style tout à fait originaux et admirables. C’est rare. Ne la ratons pas.

critique par Sibylline




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