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Contre enquête sur la mort d'Emma Bovary de Philippe Doumenc

Philippe Doumenc
  Contre enquête sur la mort d'Emma Bovary

Contre enquête sur la mort d'Emma Bovary - Philippe Doumenc

Emma assassinée?
Note :

   Et si Emma Bovary ne s'était pas suicidée? Si elle avait tout simplement été assassinée? D'autant que l'arsenic, en une seule prise, n'est presque jamais mortel...
   
   Le jour où elle mourut, Emma n'avait que 26 ans. Mais les deux docteurs appelés à son chevet suspectent en effet non un suicide mais un meurtre, d'autant que ses derniers mots auraient été : "Assassinée pas suicidée" et que d'étranges marques sont visibles sur son cou. Il n'en faut pas plus à deux policiers de Rouen pour avoir de sérieux soupçons et tenter d'élucider l'affaire.
   
   Mais qui pourrait bien vouloir la mort d'Emma? La liste des suspects est longue: d'abord tout naturellement Charles, le mari cocu, mais aussi le pharmacien Homais et son épouse, dont la boutique est le seul lieu où on peut se procurer de l'arsenic, Tuvache, le maire, Guillaumin, le notaire, Bournisien, le curé mais aussi Rodolphe et Léon, les deux amants d'Emma, sans oublier monsieur Lheureux, le vendeur de mode et de frivolités...
   
   Quel plaisir de retrouver après tant d'années -j'ai lu "Madame Bovary" en première et cela ne m'avait pas plus emballé que cela d'ailleurs- toute cette petite société du roman de Flaubert, la Normandie: Rouen, Yonville et cette histoire maintes fois racontée, commentée et même adaptée au cinéma. Ce livre est un petit délice, un petit polar très réussi qui nous remet dans l'ambiance de l'époque et on retrouve avec plaisir les protagonistes d'alors. A lire, très vite!
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critique par Clochette




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Variations sur le thème
Note :

   "Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary" : voilà un titre intrigant. Comment un auteur contemporain peut-il parvenir à se réapproprier cette figure littéraire? Et parviendra-t-il à nous faire entrer dans sa vision de la Bovary?
   
   Le roman débute là où Madame Bovary se termine, soit à la mort d’Emma. Suite à ce que tout le monde considère un suicide, la police de Rouen est envoyée à Yonville pour une enquête de routine.
   Mais rapidement, ce qui paraissait évident est remis en question. En particulier, les deux docteurs au chevet d’Emma, Canivet et Larivière, apportent des témoignages étranges: les dernières paroles d’Emma et des traces de coup. Rémy, jeune officier de police, enquête donc sur cette affaire.
   Affaire qui devient de plus en plus étrange lorsque son supérieur, Delevoye, est mis à la retraite pour avoir trop fouiné dans les affaires d’Yonville….
   
   Le début du roman est un vrai retour dans l’œuvre de Flaubert: on y retrouve au fil des pages tous les protagonistes du roman qui a fait scandale lors de sa parution: Charles Bovary et sa casquette, Homais le pharmacien, tous les habitants du Lion d’or, les amants d’Emma, Lheureux l’usurier.
   Néanmoins, les rappels sont assez nombreux pour aborder ce roman sans avoir lu "Madame Bovary". Mais mon plaisir du lecteur a aussi été de me remémorer les épisodes du roman originel.
   Puis petit à petit, on sent que le roman s’éloigne de la trame d’origine: les personnages évoluent, et on entre de plain pied dans un roman policier, où tous les personnages sont à un moment soupçonnés.
   
   L’auteur, Philippe Doumenc, n’écrit pas à la façon de Flaubert, mais s’accapare les différents protagonistes. Ou alors, s’il a essayé d’écrire un pastiche, je suis passé à côté!
   
   La fin du roman est un peu plus «décalée»: on sent que l’auteur n’a pas souhaité remettre en cause toute l’œuvre de Flaubert.
   
   D’ailleurs, Flaubert apparaît plusieurs fois dans le texte: une fois comme assistant à l’enterrement d’Emma, puis le narrateur y fait plusieurs fois référence pour expliquer que Flaubert s’était fourvoyé dans son roman. Et clin d’œil amusant: l’ouverture du roman est un extrait d’une lettre écrite par Flaubert à George Sand, qui explique que les personnes qui ont voulu interpréter la mort d’Emma Bovary comme un assassinat et non un suicide n’ont pas compris l’ouvrage.
   
   Un livre que je recommande à tous les amateurs d’Emma Bovary, et à tous ceux qui sont curieux de connaître le vertige suivant: «Mais non, c’est pas possible, Madame Bovary n’aurait jamais fait cela», et se rendre compte qu’elle n’est qu’un personnage fictif, et que chacun peut donc lui faire connaître le destin qu’il imagine.
   
   
   Extrait
    « - Je continue donc, reprit Larivière, apparemment apaisé. Inutile de vous dire qu’à notre arrivée à Canivet et moi, la panique régnait! Se trouvaient alors au chevet de la patiente son mari, le dénommé Charles Bovary, ainsi que la pharmacien du village et son épouse qu’il avait appelés en première instance, chacun semblant affolé et évoquant une tentative de suicide au sujet de laquelle la victime avait laissé une lettre. Quand tout a semblé perdu et qu’il a été décidé d’appeler le prêtre, Bovary, le pharmacien et sa femme y sont allés, moi je suis resté seul avec Canivet et la patiente. Je tenais la main de celle-ci, le pouls était imperceptible. Elle ne donnait presque plus signe de vie, mais tout à coup ses yeux se sont ouverts!... Elle m’a fixé avec une intensité que je n’oublierai jamais (or j’ai vu beaucoup de mourants dans ma vie, sachez-le!). Enfin, à croire que depuis le début elle suivait derrière ses yeux fermés toute l’agitation qui l’entourait, elle m’a demandé faiblement si j’étais le docteur Larivière (d’où tenait-elle mon nom?). Sur ma réponse affirmative, elle m’a dit très distinctement «Assassinée, pas suicidée». Canivet à son tour se penchant sur elle, elle a essayé de lui montrer quelque chose du côté du cou. Lui et moi étions stupéfaits. Nous l’avons pressé de questions mais déjà c’était trop tard, elle était retombée dans son coma, ou plutôt dans sa stupeur physiologique! Quelques minutes après elle mourait, juste au moment où le curé du village entrait dans la chambre avec les derniers sacrements.»
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critique par Yohan




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Enquête vite expédiée
Note :

   Le début de "Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary" (Philippe Doumenc l’a tuer) commence de façon abominable: par une sorte de «previously on Madame Bovary» (la semaine dernière madame Bovary a été repoussée par tous et est menacée par le cruel Lheureux; que va-t-elle devenir…) mâtinée de «cinq dernières minutes» rapport aux policiers pépères qui apparaissent, chargés d’une enquête abracadabrante (aucune trace de meurtre sur la divine Emma, mais puisqu’elle présente quelques ecchymoses et qu’elle a beuglé «assassinée» avant de mourir (arsenic), on ouvre une enquête…). (Le début de Contre-enquête... commence...; le début de ce billet est un peu vite expédié aussi!)
   
   Comme tout cela paraissait nébuleux, je suis allée directement à la fin où j’ai découvert :
   
   -que l’auteur a inventé à Homais une fille adolescente (pour qu’elle puisse séduire l’enquêteur et lui laisser en souvenir le «goût acide» de ses lèvres; piment doux nécessaire au polar, même aussi essoufflé que celui-ci); alors que comme le note l’auteur dans sa postface le pharmacien pédant n’a que des enfants aux noms prétentieux d’Athalie ou de Napoléon, et pas encore de fille perdue…
   
   -que Yonville-l’Abbaye est un haut lieu de la prostitution et du stupre, au point que même Homais a couché avec Emma (alors que bon, Homais, son truc ce n’est pas le sexe, c’est la Science, et c’est peut-être le seul personnage totalement indifférent à la beauté d’Emma; mais une petite crise de la cinquantaine, voilà qui pimente (toujours) l’action terne d’un roman provincial).
   
   Bref, sous couvert de fidélité à Flaubert (question style, ce n’est pas encore ça, notez bien), Doumenc transforme un roman de la platitude, une mise en garde contre la bêtise des illusions romanesques, en une histoire sordide et clinquante de notables corrompus consommant de jeunes femmes à qui ils promettent monts et merveilles (les établir à Rouen): comment alors s’ennuyer à Yonville, quand on est jolie comme l’était Emma?
   J’ai préféré ne pas en savoir plus et ne pas connaître le rôle exact de Charles dans cette pseudo-intrigue où tous les hommes sont des salauds…

critique par Rose




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