Lecture / Ecriture
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dix-neuf secondes de Pierre Charras

Pierre Charras
  dix-neuf secondes
  Quelques ombres

Pierre Charras est un acteur et écrivain français né en 1945 et décédé en 2014.

dix-neuf secondes - Pierre Charras

19 secondes, assez pour le destin.
Note :

   «19 secondes» est une oeuvre étrange. Ca commence comme un roman bavard sur l’amour et le désamour entre Gabriel et Sandrine. On se dit qu’on en a déja beaucoup vu, et lu, de ces romans glossant sur Gabriel qui aime Sandrine qui ne l’aime plus et que peut-être …
   
   Bref, bavard. Et puis la mise en place se fait, originale, insidieusement. C’est vrai, ce n’est tout de même pas banal que de donner rendez-vous à la femme qu’on aime sur un quai de RER, à une heure donnée, devant la porte d’une rame donnée, avec la liberté pour elle de le rejoindre pour continuer, ou de passer son chemin, ou de ne pas venir, … Pas banal , non, mais funeste. Le destin avait décidé que funeste ce serait. Et progressivement Pierre Charras nous sort du huis clos étouffant entre Gabriel et sandrine, des comparses entrent en scène (en l’occurrence sur ce quai de RER et dans la rame dudit RER). Le décompte des 19 secondes a déja commencé et vers la 13ème on a déja compris que ce rendez-vous hors normes va se télescoper avec un évènement bien plus tragique: le genre d’évènement que des êtres sans scrupules ou n’ayant plus rien à perdre promènent dans un sac de sport pour l’abandonner dans une rame de RER bondée.
   
   19 secondes donc, et quelques trajectoires de vie qui vont impressionner la trame du roman comme des étoiles filantes le font de la pellicule d’un appareil-photo braqué sur le ciel la nuit.
   
   Une construction originale, bien contrôlée. Et des propos bien dosés, après un départ qui pouvait faire craindre bien pire ! Un fait de société. Pierre Charras a écrit pour son époque. Comme le disait Pierre Magnan, un écrivain meurt avec son public.
   
   Souhaitons que ce genre de fait de société meure avec notre époque !
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critique par Tistou




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Compte à rebours
Note :

   Attention, ce commentaire révèle la fin de l’histoire.
   
   Le roman s'ouvre sur un couple qui est en train de se défaire: Sandrine et Gabriel se quittent mais le désirent-ils vraiment? En effet, le RDV donné, comme un glas, par Gabriel à Sandrine sur un quai de station RER semble être la perche tendue à de possibles retrouvailles. La crise peut être arrêtée si Sandrine est dans le bon wagon de la bonne rame et si elle en descend pour rejoindre Gabriel. Si, si, si... beaucoup de paramètres imprévisibles pimentent l'attente de Gabriel. En attendant, il se souvient de leur amour, il tente d'analyser la situation présente et passe de la certitude, un brin machiste, à l'appréhension la plus terrible.
   
   Puis arrive le moment du compte à rebours, saisissant, tenant en haleine, l'atmosphère devient pesante, les points d'interrogation se multiplient: et après, et après et après que se passe-t-il?
   
   Pierre Charras module ce décompte par une histoire à plusieurs voix: celles de Gabriel, Sandrine, l'inconnu au blouson jaune, Sophie l'adolescente amoureuse, Christelle qui quitte aussi son compagnon pour vivre enfin sa vie, Emmanuel le prof de fac se mêlent, se succèdent pour s'évanouir au moment du dénouement.
   
   Ensuite, le lecteur suit le blouson jaune fier d'avoir réalisé une belle oeuvre. Il est heureux car il sait que la récompense sera à la hauteur de ses espérances. Mais la réalité parfois fait des pieds de nez au moment le plus inattendu, amère expérience pour notre blouson jaune.
   
   Enfin, le délire de Gabriel qui s'effondre peu à peu avant d'avancer dans un épais brouillard: celui de l'incompréhension, de l'émotion la plus vive que l'on ne peut juguler et qui conduit droit au mur.
   
   Pierre Charras met en scène une vie normale, quotidienne qui bascule, l'espace d'une seconde, l'espace de la déflagration d'une bombe, dans l'horreur la plus noire, la plus dévastatrice: celle qui brise les destins, celle qui brise les vies qui ne demandaient qu'à s'épanouir, celle qui conduit à la folie. Le compte à rebours prend alors toute sa dimension apocalyptique: le lecteur, en apprenant les menus faits et gestes des passagers du deuxième wagon de la rame, a fait connaissance avec ces hommes, ces femmes et cette jeune fille pleine de son amour et de sa jeunesse. La vie ne tient qu'à un fil, à un "si...". Le frisson parcours le dos du lecteur surpris par la déflagration et l'accélération du récit: certes, le décompte appelait un évènement grave, mais l'espoir de voir les morceaux de l'histoire de Sandrine et Gabriel se recoller pour mieux continuer était toujours présent, tapi dans l'ombre des secondes égrenées.
   
   Un roman qui prend sa consistance au cours du récit, à mesure que celui-ci devient plus inquiétant: l'histoire d'amour et de RDV qui pourrait être manqué est transcendée par l'explosion d'un sac de sport qui aurait pu ne pas exister. Le drame est bien orchestré également par la dénomination des grands chapitres: "Zeus", "Styx" et "Hadès"... de l'Olympe, séjour heureux et insouciant, aux Enfers en passant par le pénible Purgatoire de l'entre-deux, de la transition entre l'avant et l'après explosion.
   
   Ce roman qui au départ ne me semblait pas très prometteur, m'a agréablement surprise et j'en suis sortie absolument ravie!

critique par Chatperlipopette




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