Lecture / Ecriture
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Spirales d'artillerie de Ignacio Padilla

Ignacio Padilla
  Spirales d'artillerie

Spirales d'artillerie - Ignacio Padilla

Une énigme à la russe
Note :

   Ce roman d'un jeune auteur mexicain, déjà reconnu en Espagne, nous donne l'occasion d'une réjouissante lecture plurielle.
   
   Lecture n°1 : le thriller politique. Dans une dictature qui porte les habits usés de l'Union soviétique, un prisonnier sans nom se penche sur son passé. A Moscou, règne le Grand Brigadier ; il est l'addition d'un Staline mourant de cirrhose et d'un Brejnev impotent, voire d'une marionnette à figure de cire. Le pouvoir appartient au Parti unique, appuyé sur une force policière, avec exécutions sommaires, tortures, prisons, et camisole chimique. Le Grand Brigadier a ordonné de couler le N-86, un sous-marin nucléaire relevant de la Flotte du Nord. Il s'appelait le Léviathan. Il a coulé en mer de Barents. L'affaire a été cachée au public soviétique comme au monde extérieur. Des orphelins, comme Eliah Bac, ont voulu rendre justice et déclenché l'insurrection vengeresse. Le narrateur a participé à sa dénonciation et collaboré à son élimination dans le port de Malombrosa, une base navale désaffectée, sous le contrôle de la Léoparde.
   
   Lecture n°2 : le roman fantastique. Le prisonnier qui se confesse à nous, se perd dans la spirale de ses souvenirs obscurs, de ses rêves brumeux, de ses hallucinations sous l'emprise de l'ectricine, une drogue qu'il administrait dans l'hôpital où il exerçait, au sergent Kirilov Grieve qui se disait assassin d'Eliah Bac, et à ses autres malades. Il est dépendant de cette drogue que le commissaire Dertz Magoian lui procura ensuite en fonction de ses collaborations. Le prisonnier, peut être schizophrène, du moins psychotique, nous entraîne dans un maelström de visions où coulent les vérités mieux que les sous-marins, l'un diesel, l'autre nucléaire, à trente ans de distance. Dans ce tourbillon intérieur, jeunesse et vieillesse mélangées, passe et repasse Marja. Triple figure de l'étudiante qui badigeonne en rose la statue du pouvoir rouge, de sa mère assassinée par les hommes en noir, et plus tard, de sa fille perdue dans un lupanar arctique tenu par la Léoparde.
   
   Lecture n°3 : le roman d'espionnage. Nous sommes "Au pays du grand mensonge" pour reprendre l'expression d'Anton Ciliga (1938). Le socialisme réalisé par le Grand Brigadier est une cruelle déception : la population survit avec des cartes de rationnement et exprime en chuchotant sa frustration et des rumeurs au café de la rue Berretti. Le narrateur est devenu un agent de renseignements, peut-être un agent double. A son contact Léonidas Plötz, un agent de renseignement occidental, qui s'est glissé dans un flux de journalistes étrangers à Malombrosa, il doit remettre un paquet de documents secrets à lui confiés par le commissaire Magoian avant son exécution. Ces documents concernent bien sûr la prétendue conspiration animée par Eliah Bac, figure de la résistance anti-soviétique, une manipulation destinée à intoxiquer l'OTAN. Plötz va rentrer à Brême, peut-être en exfiltrant l'agent Marja n°3, au profil levantin, tandis que les traces du bordel et de sa tenancière sont effacées par l'explosion déclenchée par le narrateur dont l'identité reste cachée.

critique par Mapero




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