Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La séparation de Christopher Priest

Christopher Priest
  La séparation
  Le prestige
  Le monde inverti

La séparation - Christopher Priest

Bienvenue en Uchronie !
Note :

   Jack et Joe, deux jumeaux britanniques, ont rencontré Rudolf Hess en 1936 lorsqu'ils ont remporté une médaille de bronze en aviron aux Jeux Olympiques de Berlin. Ils avaient alors 19 ans et déjà s'opère entre eux une "séparation" qui ne fera que s'accentuer au fil des années.
   
   Joe, après leur victoire, veut en effet quitter au plus tôt l'Allemagne nazie ; quant à Jack, il ne réalise pas encore que l'Allemagne est en train de devenir un pays antisémite.
   
   Lorsque la guerre éclate, Joe devient objecteur de conscience et sert la Croix Rouge comme ambulancier. Pacifiste convaincu, il est remarqué par Churchill qui le sollicitera pour une négociation secrète entre l'Allemagne et l'Angleterre devant aboutir à un traité de paix entre les deux pays. Pendant ce temps, Jack, amoureux de Birgit, une jeune juive allemande que son frère a épousée et qui a fui son pays, s'engage comme pilote de guerre au sein de la Royal Air Force. Mais le 10 mai 1941, il surprend une escadrille de chasseurs allemands tirant sur leur propre avion, un ME110...
   
   Il est certain livre dont il vaut mieux ne pas révéler trop de choses. C'est le cas de celui ci. Difficile à définir et à classer dans un genre, "La séparation" oscille toujours entre fiction et réalité et nous entraîne dans une aventure passionnante sur fond de seconde guerre mondiale.
   
   Christopher Priest est paraît-il très connu pour un livre de science fiction "Le monde inverti" que j'ai sur ma table de nuit et qu'il va me falloir découvrir très vite.
   
   "La séparation" a obtenu entre autres le prix de l'imaginaire 2006 à Nantes, catégorie Roman étranger ce qui n'est pas étonnant tant ce livre est différent de ce que j'ai pu lire jusqu'à présent, dense, riche, original et dont le suspens vous pousse à tourner toujours plus vite les pages.
   ↓

critique par Clochette




* * *



Jumeaux
Note :

   J’ai longuement hésité avant de lire mon second Priest, tant j’ai été marquée par le Prestige. Et puis j’ai fini par choisir la Séparation en raison de la toile de fond historique, étant toujours passionnée par la seconde guerre mondiale. Un excellent choix pour un roman passionnant de bout en bout mais qui m’a quelquefois laissée perplexe.
   
   Petit avertissement en guise de préambule, le roman est une uchronie, certes, fort plausible mais si légère que j’ai fini par oublier cette distorsion de la réalité historique tout au long de ma lecture. Bien qu’il soit publié en Folio SF, le livre hésite entre plusieurs genres. Je ne sais pas si tous les romans de Priest s’articulent de cette façon, mais La séparation a une filiation certaine avec Le Prestige.
   
   Un témoin extérieur, un historien pour être précise, puise dans des documents écrits, la source d’une histoire de jumeaux, qui se dédouble selon le narrateur, les témoins et la personnalité du frère jumeau. Joe et Jack Sawyer se trouvent en 1936 à Berlin pour les jeux olympiques. Ils représentent l’Angleterre dans cette discipline fort prisée Outre-manche, l’aviron. Au cours de ce bref séjour, ils vont faire deux rencontres qui vont chambouler leur vie : Rudolf Hess et une jeune femme dont ils vont tomber amoureux, Birgit. A partir de cet événement, Christopher Priest déroule la vie de nos deux héros, semée de pièges et d’illusions, entretenant le mystère et la confusion, jonglant avec les apparences et les faux-semblants. Jack est pilote de la RAF, son frère est ambulancier pour la Croix-Rouge et au cours d’une mission, Jack disparait. La séparation entre les deux jumeaux est d’abord physique, puis idéologique, chacun ayant un point de vue opposé sur le déroulement de la guerre. La séparation est également celle d’un couple, car Birgit a épousé l’un des deux frères que la guerre a aussitôt contraint à partir et le lecteur ne découvre pas tout de suite l’identité de l’époux.
   
   Et il demeure un autre niveau de lecture, où la séparation prend tout son sens. Je l’ai dit, Priest a bâti son roman sur le jeu des apparences, brouillant les cartes et introduisant un certain degré de confusion chez le lecteur, perdu entre les témoignages contradictoires et ces conclusions différentes. Cette autre séparation est donc mentale. La frontière entre la réalité et l’illusion devient floue d’autant que chacun des deux frères est la proie d’hallucinations, traumatisme hérité de missions dangereuses et difficiles où les nerfs finissent pas être fatalement éprouvés. Or les dernières lignes du roman n’apportent aucun éclairage, le doute est soigneusement entretenu jusqu’au bout. Au lecteur, sans doute, d’imaginer sa version, procédé assez frustrant.
   
   Au final, on ne sait pas exactement qui détient la vérité, ni même s’il y en a une, car la multiplicité des points de vue donne à penser que chacun a sa propre perception de la réalité. Il n’est reste pas moins que le roman, admirablement traduit d’ailleurs par Michelle Charrier, est passionnant, au-delà de son intrigue historique. Une histoire qui reste longtemps en mémoire, déroutante et mélancolique, une œuvre intelligente qui suscite la réflexion. Au fond, que demander de plus ?

critique par Folfaerie




* * *