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Les arpenteurs du monde de Daniel Kehlmann

Daniel Kehlmann
  Les arpenteurs du monde
  Gloire
  La nuit de l’illusionniste
  Moi et Kaminski

Daniel Kehlmann est un écrivain allemand né en 1975.

Les arpenteurs du monde - Daniel Kehlmann

Le Compas et la Boussole
Note :

   En 1828, Alexander Von Humboldt organise à Berlin une réunion de l'Association Scientifique. Sont conviés à cet évenement environ six cent savants des plus renommés.
   C'est l'occasion qu'a choisie Daniel Kehlmann pour nous dresser le portrait de deux des plus éminents chercheurs allemands du XIXè siècle, à savoir Humboldt, le célèbre explorateur (1769-1859), et Carl Friedrich Gauss (1777-1855), astronome et mathématicien.
   
   Le récit nous fait suivre alternativement au fil des chapitres les destins parallèles et dissemblables de ces deux hommes qui n'ont en commun qu'une passion effrénée : la découverte scientifique.
   
   Cette passion entraînera Humboldt des rives de l'Orénoque aux toundras sibériennes en passant par le Mexique et les tout nouveaux Etats-Unis. En compagnie de son collaborateur et ami, le botaniste français Aimé Bonpland, il traversera la forêt vierge, assailli par les fièvres, les moustiques et les animaux sauvages, à la recherche d'un canal reliant l'Orénoque à l'Amazone. Il fera l'ascension, dans les Andes, du Chimborazo, considéré à l'époque comme le plus haut sommet du monde, il visitera au Mexique les ruines imposantes de Teotihuacan et rendra visite à Philadelphie au président des Etats-Unis, Thomas Jefferson.
   
   Des forêts équatoriales sud-américaines aux portes de la Chine, Humboldt ne cessera d'herboriser, de cartographier, de recueillir des spécimens d'espèces animales locales, d'explorer grottes et mines à la recherche de minéraux en une quête compulsive qui lui fera mesurer l'élévation de la moindre colline et collationner des échantillons de toutes sortes.
   Gauss, quant à lui, fera preuve dès sa plus tendre enfance d'un génie précoce pour les mathématiques. Contrairement à Humboldt qui était issu de la noblesse, Gauss est d'origine modeste, son père est jardinier.
   
   Très vite, son génie le fera remarquer et il pourra ainsi accomplir des études à Göttingen. Auteur en 1801 des « Disquisitiones Arithmeticae », il ne cessera d'étudier et d'émettre de nouveaux et nombreux théorèmes mathématiques. Parallèlement, il étudiera les lois de probabilités et l'astronomie qui lui permettront de calculer avec une rigoureuse exactitude l'orbite de la planète Cerès.
   
   Obsédé par les mathématiques, Gauss n'hésitera pas à interrompre son devoir conjugal lors de sa nuit de noces afin de noter une formule.
   
   Contrairement à Humboldt, Gauss est un irascible casanier et répondre à l'invitation de l'explorateur en se rendant pour cela à Berlin ne sera pas une mince affaire pour le mathématicien. Accompagné de son fils Eugène, qu'il méprise car celui-ci s'adonne à la poésie, il entreprendra tant bien que mal le voyage afin de rencontrer son hôte.
   Cette rencontre sera pour les deux savants l'occasion de faire le bilan de leur vie. L'un aura fait le choix de la solitude et des voyages afin de combler un désert affectif, l'autre aura choisi une vie familiale statique ainsi qu'une nombreuse descendance. Lequel des deux aura le mieux rempli sa vie et comblé son existence?
   
   Et cet amour fanatique de la science ne serait-il qu'une manifestation dérisoire de ce vide que tous deux ont cherché à combler face à la révélation d'un univers incommensurable qui démontre l'inanité des destinées humaines.
   
   Réflexion sur le destin, «Les Arpenteurs du Monde» est aussi l'occasion pour Daniel Kehlmann de décrire la vieille et caricaturale opposition entre scientifiques et artistes à travers le personnage du fils de Gauss, Eugène, jeune homme sensible et féru de poésie, confronté à l'intolérance des deux savants face à tout ce qui n'est pas démontrable par l'analyse scientifique. Ainsi Humboldt : «Les artistes oubliaient trop facilement leur devoir : montrer ce qui existe. Ils voyaient dans l'écart une force, mais les fictions désorientaient les gens, la stylisation dénaturait le monde. Il en était ainsi des décors scéniques ne cherchant pas à dissimuler qu'ils étaient en carton, des tableaux anglais dont l'arrière plan baignait dans une sauce huileuse, des romans qui se perdaient en fabulations mensongères parce que leur auteur associait ses idées saugrenues aux noms de personnages historiques.
   Répugnant, dit Gauss.
   Humboldt ajouta qu'il travaillait à un catalogue regroupant les caractéristiques des plantes et de la nature, et auxquelles les peintres devraient être légalement obligés de se conformer. Il recommandait de faire la même chose pour l'écriture théâtrale. Il songeait à des listes recensant les traits de caractère des personnes importantes, et dont l'auteur n'aurait plus la liberté de s'éloigner. Si l'invention de M. Daguerre ( la photographie ) atteignait un jour à la perfection, les arts deviendraient de toute façon inutiles.»

   
   Kehlmann, en écrivain du XXIè siècle en profite également, à travers les tribulations de ces deux illustres représentants de la nation allemande confrontés aux conséquences de la Révolution Française puis de l'invasion et l'occupation napoléonienne, pour dénoncer en les anticipant, les démons qui agiteront ce pays un siècle plus tard. Ainsi, Humboldt au Mexique, méditant sur les vestiges des temples aztèques : «Un tel degré de civilisation et une telle cruauté, dit Humboldt. Quelle association ! Tout le contraire, pour ainsi dire, de ce que représentait l'Allemagne.»
   
   «Les Arpenteurs du Monde» de Daniel Kehlmann est un roman philosophique et érudit, un récit d'aventures et de réflexion, une incitation au voyage et à l'introspection qui oscille à chaque instant entre humour et gravité, une oeuvre tissée de paradoxes à l'image de la nature humaine.
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critique par Le Bibliomane




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Lettres et sciences réconciliées
Note :

    Les personnages historiques sont souvent conviés dans les fictions contemporaines : Nisard chez Chevillard, Villon et d'autres poètes chez Jean Teulé, Fragonard chez je ne sais plus qui, Rousseau et son frère chez Stéphane Audeguy... Je pense à Stéphane Audeguy à propos de ces Arpenteurs, mais plutôt à son premier roman, "La Théorie des nuages", qui présentait, comme celui-ci, des scientifiques de la même époque, fin XVIIIe début XIXe.
   
    Les héros de Daniel Kehlmann ne sont pas n'importe qui : Carl Friedrich Gauss, mathématicien, et Alexander von Humboldt, naturaliste et explorateur, deux des esprits les plus remarquables de l'époque. Deux amoureux de la science aux méthodes opposées : Humboldt, qui passe sa vie à tout mesurer, ne jure que par l'observation, la constatation, Gauss par l'abstraction, le calcul : "Un homme seul à son bureau. Une feuille de papier devant lui, à la rigueur une lunette astronomique et, devant la fenêtre, un ciel dégagé. Un homme qui n'abandonnait pas avant d'avoir compris. Ça, c'était peut-être de la science."
   
    Un peu avant, de l'autre côté du Rhin, Buffon et Réaumur se crêpaient eux aussi la perruque sur le même sujet ou à peu près, la méthode à suivre pour aborder l'histoire naturelle. Le récit du parcours de Gauss et Humboldt se fait en alternance, un chapitre pour l'un, un chapitre pour l'autre, jusqu'à ce que les deux hommes se rencontrent à Berlin. Cette entrevue au sommet, qui devrait être le point d'orgue du livre, en constitue paradoxalement la partie la plus faible, celle où l'auteur tourne en rond, ne sait pas comment se défaire de ses personnages. L'ironie (avec usage intensif du style indirect libre, l'auteur a eu de bons maîtres) fait merveille dans tout ce qui précède, avec un avantage pour les aventures savoureuses de Humboldt et leur côté picaresque.
   
   On ne jugera pas ici de la vérité scientifique ou biographique de l'ouvrage mais le succès que rencontre Kehlmann en Allemagne et dans les nombreux pays où il est traduit apparaît comme mérité
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critique par P.Didion




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Expérience à ne pas rater !
Note :

   En voilà un livre qui m'a fait rire du début à la fin!
   
   Comment le définir? Biographie? Roman historique? Roman d'aventures (philosophiques)? C'est encore cette dernière définition qui me semble le mieux convenir...
   
   L'action se situe à cheval sur les 17è et 18è siècles. Les personnages centraux sont deux allemands célèbres: le génial (ceci m'a été confirmé par un agrégé de mathématiques!!!) mathématicien-astronome Carl Friedrich GAUSS d'une part, et de l'autre l'explorateur et découvreur Alexander von HUMBOLDT. Le roman nous conte leur vie (ou du moins les épisodes les plus marquants) en alternant les chapitres consacrés à l'un et à l'autre. Ceci pour la forme.
   
   Tout oppose les deux grands hommes: l'un refuse obstinément de bouger de chez lui (Gauss), l'autre a la bougeotte et ne cesse de parcourir le monde (Humboldt). Or, ils ont une chose en commun: la curiosité, la soif de savoir, l'envie de découvrir les lois qui régissent la nature, de tout mesurer (d'où le titre).
   
   Ce qui intéresse l'auteur (et nous par la même occasion), ce ne sont pas tellement leurs découvertes et/ou exploits... pour cela, on a plutôt intérêt à se reporter à n' importe quelle encyclopédie. Non, ce qui fait le charme de ce livre, c'est l'angle de vue adopté pour la narration. En fait, tout est vu par le petit bout de la lorgnette, et le contraste entre leur célébrité et leurs faiblesses humaines, leurs manies, obsessions, leur folie a pour résultat de les ramener à un format humain... avec beaucoup d'humour, de dérision lapidaire et d'anecdotes cocasses...
   
   Allez, un extrait (il s'agit ici de Humboldt) :
   "Il tomba par hasard sur un ouvrage de Galvani au sujet de l' électricité et des grenouilles. Galvani avait mis des cuisses de grenouilles disséquées en contact avec deux métaux différents, et elles avaient tressailli comme si elles étaient vivantes. Etait-ce dû aux cuisses elles-mêmes, dans lesquelles il y avait encore de la vie, ou bien le spasme provenait-il de l' extérieur, de la différence entre les métaux, auquel cas les cuisses de grenouille n' avaient fait que révéler le phénomène? Humboldt décida d'en avoir le coeur net. Il enleva sa chemise, s'allongea sur son lit et chargea un domestique d'appliquer deux ventouses sur son dos. Le serviteur obéit, et deux grosses cloques apparurent sur la peau de Humboldt. A présent, il fallait les percer! Le domestique hésita, Humboldt dut hausser le ton, le domestique prit le scalpel. La lame était si acérée qu'il ne sentit presque rien. Humboldt lui ordonna de poser un morceau de zinc sur l'une des plaies.
   Le serviteur lui demanda s'il pouvait faire une pause, il ne se sentait pas bien.
   Humboldt le pria de ne pas faire l'idiot.
   Lorsqu' un morceau d'argent toucha la deuxième plaie, un tressaillement douloureux lui remonta le long des muscles du dos jusqu'à la tête. La main tremblante, il nota: Musculus cucularis, os occipital, apophyses épineuses des vertèbres dorsales. Aucun doute, il s'agissait bien d'électricité. Encore une fois le morceau d'argent! Il compta quatre décharges régulièrement espacées, puis les objets autour de lui perdirent leur couleur.
   Lorsque Humboldt revint à lui, le domestique était assis par terre, le visage blême, les mains en sang.
   On continue, dit Humboldt, et, avec un étrange effroi, il se rendit compte que quelque chose en lui éprouvait du plaisir. Les grenouilles, à présent!
   Pas ça, répliqua le domestique.
   Humboldt lui demanda s'il voulait se chercher une nouvelle place.
   Le serviteur posa quatre grenouilles mortes et soigneusement nettoyées sur le dos en sang de Humboldt. Ca suffit maintenant, dit-il, nous sommes des chrétiens, tout de même.
   Humboldt l'ignora et ordonna: De nouveau le morceau d'argent! Les secousses ne se firent pas attendre. Chaque fois - c'est ce qu'il vit dans le miroir - les corps des grenouilles sautaient en l'air comme s'ils étaient vivants. Il mordit son oreiller trempé de larmes. Le serviteur avait un petit rire hystérique, Humboldt voulut prendre des notes mais ses mains étaient trop faibles. Il se leva péniblement. Le liquide qui s'écoulait des deux plaies était si corrosif qu'il lui brûlait la peau. Humboldt tenta d'en recueillir un peu dans un petit tube en verre, mais son épaule était enflée et il ne pouvait pas se retourner. Il regarda le serviteur.
   Celui-ci fit non de la tête.
   Bon, dit Humboldt, dans ce cas qu'il aille chercher le médecin, pour l'amour du ciel! Il s'essuya le visage et attendit d'être à nouveau en mesure de se servir de ses mains pour noter le plus important. De l'électricité était passée, il l'avait sentie, et elle provenait non pas de son propre corps ou des grenouilles, mais bien de la répulsion chimique des deux métaux.
   Il ne fut pas facile d'expliquer au médecin ce qui s'était passé là. Le domestique rendit son tablier la semaine suivante, Humboldt garda deux cicatrices, et son traité sur la fibre musculaire en tant que substance conductrice établit sa réputation scientifique..."

   
   Et un autre (pour Gauss cette fois) ... Pour le situer : Gauss s'est finalement résigné à se marier et s'attaque à sa nuit de noces...
   "Dans la chambre à coucher, il tira les rideaux, s'avança vers elle (...) et commença à défaire les lacets de sa robe. Sans lumière, ce n'était pas facile. Cela dura longtemps, le tissu était récalcitrant, les lacets très nombreux et il ne comprenait pas qu'il n'ait pas encore réussi à les dénouer. Mais il avait fini par y arriver, la robe glissa (...) Il se demanda comment il allait procéder avec son jupon. Pourquoi les femmes ne portaient-elles pas des vêtements qu'on arrivait à défaire? (...) Tandis qu'il laissa errer sa main sur sa poitrine jusqu'à son ventre puis - il décida de tenter la chose, même s'il avait l'impression de devoir s'en excuser - plus bas encore, le disque lunaire, blême et embué, apparut entre les rideaux, et il eut honte de comprendre à ce moment précis comment on pouvait corriger de façon approximative les erreurs de mesure de la trajectoire des planètes. (...) Elle enroula ses jambes autour de son corps mais il s'excusa, se leva, avança en trébuchant jusqu'à la table, trempa sa plume dans l'encrier et écrivit, sans allumer la lumière: somme d. carrés de la diff. entre les observ. et les calcs.→min., c'était trop important, il n'avait pas le droit de l'oublier ..."

   
   En cours de route, on croise un tas de personnages célèbres: Goethe, Schiller, Kant, Pilâtre de Rozier... . On voit du pays: de l'Europe en Amérique du Sud (ah, l'Amazonie!!!), la Russie... On trouve toutes sortes de références aux événements politiques et culturels de l'époque, à commencer par l'invasion de l'Allemagne par Napoléon qui a favorisé les aspirations à fonder enfin un Etat allemand uni... c'est là d'ailleurs que le lecteur non-avisé en Histoire allemande risque de passer à côté de certains épisodes délectables!
   
   La critique allemande a reproché à l'auteur sa manière de juxtaposer des allusions, détails et références sans jamais aller au fond des choses... C'est vrai, il faut l'avouer, mais c'est aussi ce qui donne justement sa légèreté à ce roman. Franchement, je n'ai pas pris un tel plaisir à lire depuis longtemps!!!
   
   PS: Ayant lu le livre en allemand (pardon, mais c'est ma langue maternelle), les passages que j'ai cités me paraissent moins drôles en français que dans le texte original. Il faut dire que l'auteur use et abuse du style indirect (donc beaucoup de subjonctif I ... y a-t-il quelqu'un qui se souvienne de sa grammaire allemande?) qui crée une distance ironique que l'on ne perçoit plus en français...
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critique par Alianna




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Gauss & Von Humboldt
Note :

   Que voilà un roman réjouissant! Une pépite de la littérature allemande, ayant pour héros deux génies du XVIIIème siècle .
   
   D'un côté, le naturaliste touche-à-tout Alexander Von Humboldt (1769-1859) qui arpenta notamment l'Amérique du sud, de l'autre le scientifique Carl Gauss (1777-1855), surnommé le Prince des Mathématiques, qui arpenta, plus modestement, la campagne pour en faire les mesures (c'était le bon vieux temps où les satellites et autres GPS n'existaient pas!).
   
    En 1828, ces deux-là se rencontrent enfin à Berlin. Le trajet effectué par Gauss et sont fils est épique. Il ne cesse de ronchonner, de se plaindre, de rabaisser le rejeton. Une belle entrée en matière. Issus de milieux différents, dotés de personnalités opposées, Humboldt et Gauss partagent cependant bien des points en commun.
   
   L'incompréhension de leurs contemporains, la sensation de flotter bien au-dessus du commun des mortels - et même des grands de ce monde -, la solitude, l'égoïsme et la vanité, la fuite du temps (ces moments où Gauss réalise qu'il vieillit, et cette gymnastique intellectuelle de plus en plus ardue) mais aussi la passion, la curiosité insatiable, une intelligence aigüe.
   
    Chacun d'eux, tendu vers le but de sa vie, doit apprendre à vivre avec ses démons, et la prose de Kelmann, loin d'être aride, est riche et ciselée au contraire. Le récit est plein d'humour, le ton résolument aventureux.
   
   Les péripéties qui surviennent dans la vie de Humboldt, ses relations avec le pauvre Bonpland, ou avec son frère, digne diplomate, sont plus que réjouissantes. Tout comme Gauss, empêtré dans ses contradictions, que l'on observe, fasciné, dans ses rapports avec ses épouses successives (ah, fort drôle la première nuit de noces!) et son fils (autre épisode savoureux lorsque le jeune homme est mêlé à un embryon de conspiration). Si le récit est drôle, il met en valeur l'érudition de l'auteur, qui nous permet de survoler aussi la carrière de ces deux génies que nous faire respirer, le temps d'une lecture, le contexte géo-politique de ce siècle.
   
    Si l'envie de crapahuter dans la forêt vierge vous saisit, ou si vous préférez embarquer à bord d'une montgolfière pour regarder les étoiles, pas d'hésitations, c'est avec ces Arpenteurs du monde qu'il faut commencer le voyage...

critique par Folfaerie




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