Lecture / Ecriture
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De soie et de sang de Xiaolong Qiu

Xiaolong Qiu
  Mort d'une héroïne rouge
  Encres de Chine
  De soie et de sang
  La Danseuse de Mao
  Dragon bleu, tigre blanc

Qiu Xiaolong est un auteur chinois de romans policiers, né en 1953.

De soie et de sang - Xiaolong Qiu

Serial killer à Shangaï
Note :

   Un troisième opus de l'honorable Qiu Xiaolong, que j'ai lu sans trop de conviction. Un peu trop de plats cruels avec son banquet Bu équivalant à une cure revitalisante... mais rien qu'avec des produits naturels (cervelle de singe vivant, entre autres...) ! Si j'en ai profité pour me plonger, parallèlement à la lecture de ce polar et à cause d'elle, dans la poésie Tang avec délectation, je n'ai pas retrouvé cette ambiance chinoise urbaine, paradoxale entre ruche et langueur, que j'avais pu entrevoir pendant mon séjour là-bas et qui me plaisait tant. Le rythme de l'enquête, toujours vif, se retrouve là empêché par le congé de Chen, qui s'est replongé dans des études littéraires.
   
   Qiu Xiaolong s'attache à nous ouvrir à la culture chinoise, si vaste et souvent déroutante. L'image de la femme chinoise tout au long de son Histoire, entre désir et mariage arrangé, souvent décrite comme “fatale” par ses auteurs.
   
   Ce roman traite d'un sujet grave : les ravages de la Révolution Culturelle, au niveau de l'individu ou comment un cinquième de la planète a failli péter les plombs, voilà trente ans. Le vrai visage de la dictature de la pensée, implacable et arbitraire. Violent. Il n'a pas fait bon être lettré ou riche, presque riche... Pauvre, ça n'a jamais été non plus un avantage mais ouvrier et doté de la pensée "juste", ça oui...
   
   Je recommande pourtant cette lecture à qui s'intéresse à la culture chinoise et à une période de l'Histoire contemporaine restée impénétrable aux Occidentaux, en l'abordant par le biais du polar...
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critique par Evanthia




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Polar chinois
Note :

   Shangaï. Une femme en qipao, rouge, assassinée, assassinat mis en scène. L’inspecteur principal Chen Cao s’est mis en congé, doutant de sa volonté à poursuivre dans la police, pour passer un diplôme littéraire histoire de voir si..., une reconversion de ce côté-là... ?
   
   Luttes d’influence au sommet de la hiérarchie policière de Shangaï. Second meurtre. Toujours d’une femme et encore mis en scène de la même manière avec un similaire qipao rouge. Et Chen Cao poursuit la dissertation qu’il doit rendre dans le cadre de sa quête au diplôme... C’est donc l’inspecteur Yu, l’habituel partenaire de Chen Cao, qui continue de s’y coller et c’est manifestement compliqué, et la pression monte...
   
   Hong, une jeune policière, se colle alors dans le rôle de la chèvre, pour attirer le loup. Le pire arrive et Chen Cao ne peut plus rester en dehors. Il va mener son enquête en sous marin, en collaboration avec Yu mais en cachette de sa hiérarchie. Il va résoudre l’affaire évidemment. Compliquée, en lien avec l’Histoire et notamment la Révolution Culturelle, un sujet certainement cher au cœur de Qiu Xiaolong maintenant exilé aux USA depuis les évènements de Tian – An – Men.
   
   Deux sujets pour le prix d’un : un aperçu de l’intérieur des séquelles laissées par cette "Révolution", et puis un polar. La partie polar ne me convainc pas totalement. La partie plus "chinoise" et histoire chinoise davantage. Un aperçu effarant sur certaines pratiques barbares culinaires chinoises font froid dans le dos.
   
   "Nuage Blanc portait une marmite de verre sur un réchaud à gaz. Lorsqu’elle les posa sur la table et se pencha pour allumer le réchaud, ses seins apparurent dans l’échancrure déboutonnée de sa robe.
   Une tortue nageait dans la marmite au-dessus du réchaud. Inconsciente du changement progressif de la température de l’eau, elle regardait tranquillement à l’extérieur. Un autre plat cruel. A petit feu, la tortue pouvait cuire pendant un très long moment.
   "Soupe spéciale au bouillon de poulet et de pétoncles, expliqua Nuage Blanc. En se débattant, la tortue absorbe l’essence de la soupe, et sa chair, une fois cuite, aura une saveur extraordinaire. Ses mouvements rendront aussi la soupe plus délicieuse. "

   
   Au bilan un ouvrage agréable à lire mais qui m’a laissé un sentiment d’incomplétude...
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critique par Tistou




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Clin d'œil au Festival de Cannes
Note :

   Titre original : Red Mandarin Dress (2006)
   
   Enquête : tueur en série ; jeunes filles déposées sur des lieux publics, étranglées, portant un qipao (robe fourreau ajustée et fendue haut sur les côtés) rouge, relevé de façon à montrer une partie de leur anatomie. Des tenues qu’en France, les actrices portent au Festival de Cannes surtout.
   
   Tout est parti de Jasmine, la première victime. Fille de Tian, garde rouge pendant la "Révolution Culturelle" qui en profita pour se livrer à toutes sortes d’exactions, il se fit des ennemis, dont l’un au moins, réussit à lui faire du tort après la période critique et s’en prit à sa famille, fille comprise. Le tueur est psychopathe évidemment (la façon dont l’inspecteur Chen explique son cas est vraiment simpliste mais c’est presque toujours ainsi dans les romans policiers).
   
   Bien qu’il y ait tueur en série, ce n’est pas un thriller, mais un polar "exotique". Chen l’inspecteur chargé de l’enquête, est un littéraire qui multiplie les citations tirées tantôt de Confucius, tantôt de romans célèbres tel "le Rêve dans le pavillon rouge", tantôt ce sont des proverbes, dont on se demande s’il ne les invente pas.
   
   Comme dit le proverbe "tuer le singe c’est effrayer les poulets 
   
   Il n’y a pas de mur qui ne laisse le vent passer
   
   Si la montagne ne revient pas, l’eau revient. Si l’eau ne revient pas, l’homme revient.
   
   Un général vainqueur tire son triomphe des squelettes de dix-mille soldats"
   

   Que de sagesse! j'en reviens pas...
   
   Autre trait exotique, les restaurants et boîtes de nuit fréquentés par Chen pour l’enquête, sont autant de lieux raffinés à l’ancienne, et l’occasion de goûter à des mets typiquement orientaux, notamment les "mets cruels" dont on préfère croire qu’ils sont de la fiction pure... Notamment le potage où la tortue vivante nage et agonise doucement parce que le feu est de plus en plus fort… ou encore le singe en cage, dont le serveur fend le crâne pour en sortir la cervelle qu’il donne à manger au consommateur…
   
   Et si vous avez besoin de revigorer votre énergie sexuelle, fini le Viagra! Mangez de la tortue à la vapeur au sucre glace et au jambon.
   
   Il y a aussi la description de lieux pittoresques (ou tristes) de Shanghai et des environs, les rituels religieux, notamment celui du jour de Dongzhi (le jour des morts); ce sont ces détails dont on va se souvenir, davantage que de l’histoire, somme toute assez banale et sans grande surprise.
   
   Dans l’ensemble, une lecture amusante.

critique par Jehanne




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