Lecture / Ecriture
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Le temps de l’innocence de Edith Wharton

Edith Wharton
  Sur les rives de l'Hudson
  Libre et légère
  Chez les heureux du monde
  Les beaux mariages
  Xingu
  Les chemins parcourus
  Eté
  Ethan Frome
  Le temps de l’innocence
  Le triomphe de la Nuit
  La splendeur des Lansing
  Le fils et autres nouvelles
  Les Boucanières
  Les New-Yorkaises
  Le vice de la lecture
  La France en automobile

Edith Wharton est une romancière américaine née à New York en 1862 et morte en 1937, en France où elle vivait depuis une trentaine d'années.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le temps de l’innocence - Edith Wharton

Le poids des conventions
Note :

   New-York, dans les années 1870. Newland Archer, membre de la haute société, est fiancé à la ravissante May Welland. Lors d'une soirée à l'Opéra, il rencontre la cousine de sa future femme, la comtesse Ellen Olenska, de retour d'Europe. Ellen est auréolée d'une réputation sulfureuse car elle a quitté son mari et souhaite demander le divorce, ce qui contrevient à toutes les règles de la bienséance. Newland et Ellen tombent amoureux l'un de l'autre, et le jeune homme se retrouve écartelé entre deux femmes. Aura-t-il le courage de résister à la pression d'une société puritaine et de vivre sa passion pour la comtesse jusqu'au bout?
   
   J'avais apprécié “Xingu” d'Edith Wharton, j'ai adoré “Le Temps de l'innocence” qui rentre au Panthéon de mes romans cultes. Il faut dire que l'histoire de Newland Archer, cet homme prisonnier des conventions sociales qui passe à côté de sa vie, est bouleversante. Moi qui ne pleure jamais au cours de mes lectures, les dernières pages du roman ont eu le don de me transformer en fontaine.
   
   Tout est subtil et délicat dans “Le temps de l'innocence”. L'écriture, les descriptions, les dialogues. Chaque phrase contient un monde de sous-entendus, aucun détail n'est anodin. La haute société new-yorkaise de la fin du XIXe siècle est décrite sans concession. Avec finesse, Edith Wharton met à jour ses intrigues, ses scandales, son hypocrisie, la cruauté dissimulée sous le vernis de la frivolité et du bon ton, les traditions désuètes qui enchaînent ses membres. Et c'est bien là le thème principal du livre : montrer à quel point la société peut broyer un individu lorsqu'il ne trouve pas le courage et la force de s'y opposer.
   
   Je retiens également le magnifique personnage de la comtesse Olenska, une femme brillante et généreuse qui aspire simplement à la liberté mais se heurte à l'étroitesse d'esprit de sa famille et de ses amis. Prisonnière, comme Newland Archer, des diktats imposés par son clan.
   
   Énorme coup de coeur, donc, pour cette histoire d'amour contrarié, mais c'est un roman qui peut ne pas plaire à tout le monde. Il est vrai que l'action n'est pas son point fort. J'ai moi-même eu du mal à rentrer dedans, les premières pages ne m'ont pas emballée plus que ça, mais il faut persévérer!
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critique par Caroline




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Né trop tôt (dans un monde trop vieux)
Note :

   Dans le New York des années 1870, il est de mauvais goût de porter des robes à la mode. Il convient de laisser ses nouveautés parisiennes un ou deux ans au placard, avant de les porter avec un air digne et modeste, ce qu’assurément la jeune May Welland, fraîchement fiancée à Newland Archer, promet de faire avec le charme requis, assurant ainsi le bonheur (calme) de son époux. Aussi, lorsque paraît, dans la loge de l’opéra où est assise May, une jeune femme brune portant une robe bleue à la coupe théâtrale et indéniablement parisienne, l’émoi est général, et les cancans bruissent immédiatement…
   
   La jeune audacieuse est Ellen Olenska, une cousine de May qui a eu l’originalité d’épouser un riche français et le mauvais goût de le quitter et même de demander le divorce, tandis que planent d’obscures rumeurs de liaison avec un secrétaire qui l’aurait aidée à fuir…
   
   Newland Archer se fait fort tout d’abord de protéger la scandaleuse innocente, que sa vie en Europe semble avoir rendue inconsciente des règles tacites de la bonne société new-yorkaise. Or ses excentricités ne doivent en aucun cas entacher la réputation de sa future belle-famille, aussi notre héros tente-t-il d’éviter à Ellen les fréquentations compromettantes. Mais celle-ci ne lui facilite pas la tâche en emménageant dans un quartier bohême et en privilégiant son goût pour les arts et les plaisirs plutôt que l’observation stricte des codes mondains new-yorkais. A son contact, Newland Archer ouvre peu à peu les yeux sur l’hypocrisie du monde dans lequel il vit, sur son étroitesse d’esprit, son ennui abyssal et renoue peu à peu avec ses rêves de jeune homme… Mais la société si hostile à toute originalité laissera-t-elle s’épanouir ces nouvelles aspirations, et ce sentiment fragile, inattendu, qui naît entre Ellen et Newland?
   
   "Le temps de l’innocence" d’Edith Wharton organise, à pas de fourmi, au fil d’une construction très maîtrisée, le superbe naufrage de cet amour trop audacieux pour la société des années 1870, amour qui, une génération plus tard, serait sans doute devenu possible.
   Et interroge aussi la notion d’innocence; terme qui semble d’abord s’appliquer parfaitement à la jeune May, ignorante des tourments de l’amour et si parfaite fiancée… Mais cette innocence ne semble pas la quitter après son mariage; elle incarne à la perfection Diane chasseresse lors d’un tournoi féminin de tir. Et cette innocence d’abord convoitée par Newland se révèle bien insipide. Mais May est-elle si innocente? Cette innocence n’est-elle pas un masque, une façade sociale que rien ne doit venir fissurer et qui l’amène à détruire impitoyablement ce qui pourrait mettre en péril sa placidité affichée?
   
   Comme dans tout roman d’amour il faut attendre la moitié du livre pour que le couple s’embrasse, mais les éditions «J’ai lu» n’en ont cure pour leur couverture…

critique par Rose




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