Lecture / Ecriture
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Sésame, ouvre ma porte... de Fatéma Mernissi

Fatéma Mernissi
  Le harem et l'occident
  Sésame, ouvre ma porte...

Fatima Mernissi, est une sociologue, écrivaine et féministe marocaine, née en 1940 et décédée en 2015.

Sésame, ouvre ma porte... - Fatéma Mernissi

Rêves de femmes (une enfance au harem)
Note :

   Première phrase :
   "Je suis née en 1940 dans un harem à Fès"
   
   L'auteure aborde ici sa propre enfance dans un harem de Fès, au Maroc. Rien à voir avec le haremlik des sultans ottomans, ni avec les odalisques fantasmées des peintres orientalistes, il s'agit là de la vie communautaire d'une famille élargie, au cœur des années 40. Les hommes y sont plutôt monogames, à l'exception du grand-père qui vit en milieu rural.
   
   La petite Fatima est une enfant curieuse et même frondeuse, qui pose beaucoup de questions. Pourquoi doit-on vivre dans un harem ? Elle raconte la vie quotidienne, les bisbilles comme les élans du cœur, les déprimes inhérentes à ce style de vie mais aussi la solidarité féminine. Pour sa mère féministe, le harem est une prison pour les femmes car nulle ne peut en sortir sans autorisation. En conséquence, pas de shopping, pas de promenades non plus et très peu d'intimité et de vie conjugale.
   L'organisation de la maisonnée est strictement codifiée et hiérarchisée. Chaque femme a un rang, selon son âge, celui de son mari, si elle est encore mariée, divorcée ou veuve. La vie de ce harem-là est profondément inégalitaire et restrictif. Le ciel ne s'y contemple que sous la forme d'un petit rectangle bleu, entre les hauts murs de la maison.
   Heureusement, il y a les terrasses. On y raconte des histoires, on y chante, on y danse, on y joue des pièces de théâtre. On y débat beaucoup aussi.
   Et aussi, les "vacances" chez grand-mère Yasmina à la campagne, qui vit dans une sorte de harem à "ciel ouvert", c'est-à-dire sans murs. Là, les femmes vont se baigner, chevauchent des heures durant à travers les collines, sans voiles... mais elles doivent partager le même homme. Ca se passe pourtant sans beaucoup de heurts. Au contraire, il existe une véritable solidarité entre co-épouses.
   Parmi elles, de véritables combattantes telles que Tamou, qui ont eu maille à partir avec les Français ou les Espagnols. ...
   
   Elle brosse plusieurs portraits tout à fait attachants de femmes à la personnalité très forte. En dehors de grand-mère Yasmina, il y a tante Habiba, divorcée, pauvre mais d'une redoutable clairvoyance. Dans la famille Mernissi, elle vit la vie des femmes qui n'ont plus d'homme, sans autre privilège que d'être protégée par le clan, logée, nourrie. Le prix de ce refuge : rester neutre, garder ses propres opinions pour soi. Rester en marge. Ne pas faire de vagues.
   Chama, la cousine douée, comédienne dans l'âme et revendicatrice de plus de droits pour les femmes au même titre que la propre mère de Fatima Mernissi. Son idole : la princesse chanteuse Asmahan, innovatrice dans son domaine mais aussi par l'exemple qu'elle donne aux femmes de vivre leur vie, avec moins d'entraves. C'était l'épouvantail des milieux traditionnels.
   L'autre grand-mère Lalla Mani, hiératique et toute-puissante, tient les rênes de la maisonnée, selon des préceptes religieux stricts et traditionnels.
   Enfin, Mina, l'esclave déracinée, dont le courage impressionne.
   
   Fatima Mernissi nous raconte donc la vie de ces femmes au fil des tous les jours : l'école, les escapades à la campagne, la création des pièces de théâtre dans l'enceinte même du harem mais aussi la préparation des recettes de beauté, car toutes les Marocaines, qu'elles soient "modernes" ou traditionalistes, tiennent à conserver tout ce savoir-faire qui n'a jamais appartenu qu'à elles seules et ce, de la fabrication à l'application. Sans oublier la magie qui apporte l'amour... mais visiblement, c'est moins efficace que le henné sur les cheveux.
   Au final, un livre très intéressant, bien loin de ce que nous pouvons nous imaginer d'un vrai harem, sans fioritures ni grands drames. Juste des vies de femmes étouffées dans un carcan de traditions déjà obsolètes.

critique par Evanthia




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