Lecture / Ecriture
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La mort à Venise de Thomas Mann   

Thomas Mann
  La mort à Venise
  La Montagne magique
  Les Buddenbrook
  La loi

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La mort à Venise - Thomas Mann

Venise et la mort
Note :

   Très beau court roman (ou grande nouvelle ?) de T. Mann. Amateur de dialogues, d'actions s'abstenir. Contempteurs de l'âme humaine, de ses ressorts et de l'introspection disséquée, bonjour!
   
   Ecriture très fluide, pas pédante pour un sou. Exposition des sentiments, des sentiments que procurent les sentiments, et des ressentiments. Remarquable.
   
   Un écrivain sur le versant descendant de sa vie, Aschenbach, parti se poser à Venise pour trouver calme et repos, tombe sous le charme (au sens féerique du terme) de Tedzio, un jeune adolescent polonais en villégiature avec sa famille. Ils sont dans le même hôtel, fréquentent les mêmes endroits : la salle à manger, la plage... et Aschenbach se rend progressivement compte de la fascination, l'envoûtement qui le lient à la présence de ce jeune adolescent. Plus un jeu de mort qu'un jeu de l'amour dans la mesure où la Lagune de Venise est contaminée par un mal mystérieux que les autorités s'emploient à cacher et qui décime peu à peu?
   
   De très beaux passages traitant la fascination qu'un vieillard peut ressentir pour la beauté, (plus de la fascination que de l'amour), le sentiment à la fois de futilité et de plénitude qu'on peut ressentir en villégiature dans un lieu magique comme Venise...
   
   De par l'époque peut être, le contexte, l'écriture ? J'ai songé à 24H de la vie d'une femme de Stefan Zweig.
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critique par Tistou




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Comment s'attaquer à un monstre de la littérature (3)...
Note :

    Voici un nouvel épisode (à rebondissement, n'en doutons pas) de notre série "Première bouchée à pleines dents dans un auteur" qui porte aujourd'hui sur Thomas Mann.
   
   Lectrice innocente, désireuse de m'ouvrir aux horizons séduisants de la littérature, j'ai décidé, un jour, de lire Thomas Mann. Je me rends donc chez un fournisseur de romans, je vais au rayon littérature germanique, je trouve mon bon Thomas et les oeuvres produites par son cerveau actif. D'habitude, je ne rechigne pas à lire des pavés mais là, je ne sais pas pourquoi, j'ai délaissé "La montagne magique" et "Le Docteur Faustus", pour jeter mon dévolu sur "La Mort à Venise" (1912). J'ai le secret espoir que ce choix n'a pas été dicté par une insidieuse paresse intellectuelle mais plutôt par le fait que je partais à Venise quelques jours plus tard (oui, c'est vrai que c'est d'un commun de choisir un roman en fonction d'une destination de voyage !).
   
   J'en reviens au coeur de la question. A mon avis, "La Mort à Venise" est une bonne porte d'entrée dans l'oeuvre de Thomas Mann car c'est une nouvelle, donc le récit est court. Ce qui vous fait une belle jambe mais qui prend tout son sens quand on le compare par exemple à l'ascension de La montagne magique. J'ai adoré ce roman mais c'est vraiment une lecture de longue haleine à prévoir pour vos prochaines (grandes) vacances (et je ne parle pas des développements sur la musique du Docteur Faustus).
   
   "La Mort à Venise" raconte l'histoire d'Aschenbach, inspiré de Gustav Mahler et de Thomas Mann lui-même, écrivain connu et reconnu, qui ressent le soudain besoin de quitter l'Allemagne. Il s'embarque pour l'Italie et se rend à Venise, ou plus exactement au Lido, qui, au début du XXe s., était un lieu de séjour bien plus agréable que Venise elle-même. Aschenbach découvre un adolescent, Tadzio, venu en vacances avec sa famille, et dont il tombe éperdument amoureux. Leurs relations restent purement platoniques, et je crois même me souvenir qu'ils n'échangent que quelques mots. Cet amour à distance obsède complètement Aschenbach qui surveille et suit le jeune homme dans ces jeux sur la plage du Lido ou dans les dédales vénitiens. Cette attirance est fondée sur la beauté antique du jeune homme mais aussi sur ce qu'il représente: la jeunesse pleine de vie. Face à lui, Aschenbach ressent la vieillesse et essaie même de la combattre par des artifices. Comme un papillon attiré par la flamme, Aschenbach ne peut se détacher de Tadzio si bien qu'il refuse de quitter Venise alors qu'une épidémie de choléra gagne du terrain.
   
   La question des fondements de la création qui est au centre des préoccupations de Thomas Mann est aussi l'un des thèmes majeurs de "La Mort à Venise". L'inspiration et la création peuvent être fondées sur le mal et la perversion, idée que l'auteur développe longuement dans "Le Docteur Faustus".
   
   De ce roman, je garde plusieurs impressions persistantes:
   - L'amour que ressent Aschenbach pour Tadzio est raconté avec délicatesse et justesse et m'a paru très émouvant (probablement une conséquence de mon romantisme...).
   - J'ai été touchée par le personnage d'Aschenbach et par sa déchéance.
   - A la lecture, on ressent très rapidement et tout au long du récit l'atmosphère pesante et presque malsaine de la maladie.
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critique par Cécile




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Une fatalité souriante
Note :

   "La mort à Venise" est sans doute l'un des textes les plus célèbres de Thomas Mann, un peu grâce au film que Luchino Visconti en a tiré, en 1971, avec Dirk Bogarde dans le rôle de Gustav von Aschenbach - un film qui m'est resté en mémoire comme une oeuvre contemplative, lente, mélancolique et même, disons-le, assez morbide. Des impressions très différentes en fait de celles que je viens d'éprouver à la lecture de cette nouvelle.
   
   Certes, Gustav von Eschenbach, écrivain à la vie austère, bien rangée et toute entière engagée au service de son art, s'en vient à Venise poussé par une obscure fatalité qui ensuite l'y retiendra captif, foudroyé par la beauté presque surnaturelle d'un jeune adolescent. Mais sous la plume de Thomas Mann, cette fatalité se fait souriante, du moins dans les premiers temps, et les signes avant-coureurs du désastre, s'ils sont bien présents, restent plutôt discrets, quantités négligeables au regard de la vie que l'auteur allemand prête au monde intérieur de son héros, au lyrisme si séduisant de son écriture et à ce sentiment de bonheur et d'abandon que Gustav von Eschenbach retrouve ici, pour la première fois depuis longtemps: "S'agissait-il de chômer, de se livrer au repos, de se donner du bon temps, il sentait bientôt (et cela lui était arrivé surtout quand il était plus jeune) une inquiétude et un dégoût qui le ramenaient aux plus nobles efforts, à la sainte et austère servitude du travail quotidien. Seul ce lieu l'ensorcelait, débandait sa volonté, le rendait heureux." (p. 85)
   
   C'est la fatalité encore qui offre un fil conducteur aux deux autres nouvelles, plus brèves mais tout aussi séduisantes, qui complètent cette édition de "La mort à Venise". Fatalité placée sous le signe musical du "Tristan et Isolde" de Richard Wagner, dans "Tristan" où se noue sur le fond de l'atmosphère feutrée d'un sanatorium une relation trouble entre l'écrivain Detlev Spinell et Gabrielle Klöteryahn, la jeune et fragile épouse d'un riche négociant lübeckois. Fatalité enfin réduite à son expression la plus simple et la plus pure – celle de la chute – dans "Le chemin du cimetière".
   
   Extrait:
   
   "Il ne s'était pas attendu à la chère apparition; elle venait à l'improviste et il n'avait pas eu le temps d'affermir sa physionomie, de lui donner calme et dignité. La joie, la surprise, l'admiration s'y peignirent sans doute ouvertement quand son regard croisa celui dont l'absence l'avait inquiété, et à cette seconde même Tadzio lui sourit, lui sourit à lui, d'un sourire expressif, familier, charmeur et plein d'abandon, dans lequel ses lèvres lentement s'entrouvrirent. C'était le sourire de Narcisse penché sur le miroir de la source, ce sourire profond, enchanté, prolongé, avec lequel il tend les bras au reflet de sa propre beauté, sourire nuancé d'un très léger mouvement d'humeur, à cause de la vanité de ses efforts pour baiser les séduisantes lèvres de son image, sourire plein de coquetterie, de curiosité, de légère souffrance, fasciné et fascinateur." (p. 98)

critique par Fée Carabine




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