Lecture / Ecriture
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Secrets de famille de Louisa May Alcott

Louisa May Alcott
  Derrière le masque
  Secrets de famille

Secrets de famille - Louisa May Alcott

De neige et d’acier
Note :

    Depuis bientôt deux heures, un petit livre à la couverture orangée me regarde avec dédain depuis mon bureau. Car cela fait deux heures que j’ai tourné sa dernière page avec un pincement au cœur, et voilà que je cherche depuis toutes sortes de prétextes fallacieux pour ne pas rédiger une note.
   
   Et ce petit livre a bien raison de me bouder. Car j’aurai bien du mal à lui rendre justice avec cette nouvelle chronique. Essayons tout de même !
   
   Ordonnance (prescrite contre la monotonie) – “Secrets de Famille” :
   Une boîte de Louisa May Alcott. Prendre trois pilules par jour. Remarque : Louisa May Alcott est un auteur à l’écriture tranquille et agréable, dont les personnages torturés sauront saisir à point les états d’esprits les plus mous et redonner peps, malice et œil pétillant au sujet.
   
   Un flacon de passion. Trois gouttes, deux fois par jour. Ne pas dépasser la dose prescrite. Les robes de mariée rangées pour toujours, les fiancés oubliés, les familles déchirées sont un allié sûr contre la monotonie. Possibles effets non désirés : l’embrasement inopiné d’un cœur sec peut conduire certains sujets à s’épancher dans des torrents de larmes. Les chroniqueuses souhaitant conserver leur dignité dans le métro ne pourront réprimer un léger tremblement des lèvres qui les trahira.
   
   Un tube de noirceur. A appliquer avec parcimonie tout au long de la journée. Folie, cruauté, trahison, soupçons, espionnage, regards foudroyants et accusateurs, éclats de rire inquiétants. Convient parfaitement aux âmes romanesques.
   
   Verdict:
   Ce livre plaira sans aucun doute à ceux qui aiment Jane Austen, les sœurs Brontë, Wharton et tous ces auteurs qui s’attachent à décrire la cruauté de la vie en société, les faiblesses, les lâchetés et le cynisme des hommes – ou parfois plus particulièrement, des femmes ambitieuses. Robert Steele, «le mauvais génie» de l’histoire, rappellera à certains Lord Carlton (Ambre), Heathcliff ou mieux encore, l’excellent Darcy.
   
   Un roman trop court à mes yeux, une histoire bien menée, des personnages pleins de relief malgré une histoire qui pourrait être caricaturale ou trop exagérée. Même si elle incarne la vérité et la bonté, la narratrice n’a rien d’une vieille barbe moralisatrice et reste sympathique – un bel écueil qui a été heureusement évité, car les personnages vertueux ont parfois une fâcheuse tendance à être insupportables.
   
   Mais ce livre ne serait rien sans Steele, personnage a priori antipathique qui a tout de suite «su trouver grâce à mes yeux» – pour imiter le style de la narratrice ! Séduite, voire même conquise par ce personnage froid et cynique rongé par un feu intérieur, je ne me préoccupais plus que de lui arrivée au dénouement de l’histoire, presque indifférente au sort d’une famille à laquelle je m’étais pourtant attachée. «Quelle sentimentale tu fais !» me dit le petit livre assis à mes côtés. Il a bien raison ! Eh bien, il est temps de me draper dans tout mon orgueil et vous quitter la tête haute : «même pas pleuré !» («il s’en est fallu de peu», susurre le curieux ouvrage. Tu l’auras voulu impertinent ! Retour immédiat dans ma bibliothèque !)
   
   Au final : lisez-le !!

critique par Lou




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