Lecture / Ecriture
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Retour à Brideshead de Evelyn Waugh

Evelyn Waugh
  Le Cher Disparu
  Retour à Brideshead
  Scoop

Evelyn Waugh est un écrivain britannique né à Londres en 1903 et mort en 1966.

Retour à Brideshead - Evelyn Waugh

So British !
Note :

   Bon, après de longues tergiversations j’ai décidé de prendre mon courage à deux mains, de secouer la paresse qui me tient sous sa coupe depuis un certain temps et d’écrire enfin une note sur "Retour à Brideshead" d’Evelyn Waugh
   .
   Il y a un peu plus d’un an, j’ai inauguré ce blog en parlant d’un gros coup de cœur. Il s’agissait d’un autre livre de Waugh, mon tout premier, “Le cher Disparu”. Depuis je m’étais promis de poursuivre ma découverte mais il a fallu attendre le swap thé et littérature pour que je mette mes plans à exécution. Pour preuve de mon intention d’origine, parmi les livres à lire listés fin 2006 figure aujourd’hui Brideshead revisited.
   
   “Le cher Disparu” était un roman court, assez loufoque, tellement bourré d’humour noir qu’il en devenait terriblement insolite et tordant. Une immense surprise en somme, un livre qui m’avait prise de court et qui me laissait un peu perplexe. Difficile d’imaginer la même thématique réchauffée et servie deux fois par Waugh. Pourtant son ton décalé ne cadrait pas non plus avec les autres romans que je pouvais imaginer. Cette première entrée en matière avait de quoi m’intriguer. En résumé, passé “le Cher Disparu”, que pouvait-on attendre de Waugh ?
   
   “Retour à Brideshead” est écrit dans un tout autre registre.
   
   L’histoire : Angleterre. 2e guerre mondiale. Le narrateur, Charles Ryder, se rend dans un nouveau campement où les soldats continueront à s’entraîner avant de partir un jour pour le front. Lorsque le régiment arrive à destination, la surprise est grande pour Ryder : le voilà de retour à Brideshead, dans une propriété qu’il connaît bien pour l’avoir autrefois fréquentée. Brusquement les souvenirs affluent. Tout d’abord Sebastian, l’ami d’Oxford qui l’amène pour la première fois à Brideshead, la propriété familiale. Puis, des années plus tard, alors que Charles est devenu peintre, Julia, la plus jolie des sœurs qui deviendra bientôt sa maîtresse.
   
   Avec l’histoire de cette famille et des liens qui l’unissent à Charles, Waugh dresse le portrait d’une aristocratie anglaise sur le déclin, coincée entre deux guerres mondiales. D’abord entre la mère, Lady Marchmain, fervente catholique obsédée par ses deux frères morts en héros, et Lord Marchmain, qui n’a jamais voulu rentrer chez lui après être parti au combat. Puis le dévouement de Cordelia lors de la guerre d’Espagne. Enfin la réquisition de la maison et le départ de Charles, dont on ne sait trop à la fin ce qu’il adviendra de lui.
   
   Même s’il est parfois un peu long, “Retour à Brideshead” est un roman très touchant. Difficile pourtant de dire si l’on s’attache vraiment aux personnages. Charles est intelligent mais terriblement froid. On lui pardonnera ses infidélités conjugales en trouvant sa femme exaspérante mais on s’étonnera de ne pas le voir manifester le moindre intérêt pour ses deux enfants, qui d’ailleurs n’apparaissent jamais directement dans le roman. Le plus émouvant est peut-être Sebastian, qui incarne au début la joie de vivre et traîne partout avec lui un ours en peluche nommé Aloysius. En réalité personnage au mal être profond, Sebastian sombre dans l’alcoolisme pour se protéger de son étouffante famille. Puis il s’estompe progressivement, jusqu’à devenir un ivrogne délabré dont on apprend l’histoire par des on-dit. Certains de ces personnages sont troublants tant ils sont directs et mettent à nu leurs propres souffrances avec un apparent détachement.
   
   C’est donc une famille vouée au chaos que l’on suit pas à pas, pour voir chacun de ses membres s’enfoncer progressivement dans le néant : maladie et décès des deux parents, alcoolisme et disparition de Sebastian, abnégation et dévouement total des deux sœurs aux hommes partis en guerre. Jusqu’à Brideshead, le fils aîné, pilier débile de la famille qui finit par s’éclipser lui aussi en bonne compagnie, comme l’avait fait son père des années plus tôt.
   
   Au final, en quittant ce portrait désarmant et cynique de l’aristocratie anglaise, on saluera Waugh pour sa finesse, la complexité de ses personnages et la richesse des dialogues. Les quelques longueurs sont vite pardonnées. Un beau roman à recommander vivement aux amateurs de classiques anglais.
    ↓

critique par Lou




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Un côté très vintage
Note :

   Titre original : Brideshead revisited
   
   Ça aura été une bizarre d’aventure entre ce roman et moi. J’ai adoré toute ma lecture, puis j’ai été un peu déçue par la finale (moi et le bon dieu…) et après y avoir rêvé toute la nuit, j’ai finalement décidé que vraiment, j’avais beaucoup, beaucoup aimé. En fait, bien que les deux histoires soient totalement différentes, j’y ai retrouvé beaucoup de ce qui m’avait plu dans "The secret history" (moins le meurtre). Il y a ce narrateur désabusé, extérieur, ce regard avec un recul de plusieurs années sur une vie brillante et idéalisée qui a été la sienne, cette relation à la richesse, à la grandeur.
   
   Ici nous sommes dans les années 20-30-40 et nous nous baladons entre Oxford et Brideshead, la demeure familiale de l’un des personnages principaux. Charles Ryder étudie dans un collège Hertford d’Oxford quand il tombe sur Sebastian Flyte (ou plutôt que Sebastian vomit par la fenêtre de sa chambre… mais bon… c’est dans le personnage), un jeune homme flamboyant et fabuleusement riche. Ils deviennent très proches et Charles va peu à peu connaître sa famille. Lady Marchmain, femme catholique très pieuse, Bridey, le frère aîné ainsi que Julia et Cordelia, les deux jeunes sœurs. Et il va aller à Brideshead. Et il va être fasciné par ce monde-là. Quand le roman s’ouvre, c’est la guerre et il se retrouve dans cette maison, délabrée car prise d’assaut par les soldats comme camp. Et c’est là que les réminiscences vont commencer.
   
   Il y a un côté très vintage à ce roman. Un côté nostalgique, un charme désuet qui est amplifié par le fait que le roman a été écrit pendant la seconde guerre mondiale et que l’auteur était un peu privé de tout. De plus, il était animé d’une certaine peur que toutes les belles demeures d’Angleterre disparaissent et soient laissées à elles-mêmes. Du coup, le Brideshead qui revit sous sa plume est idéalisé, magique. Et c’est ce qui fait que j’ai tant aimé.
   
   Mais il n’y a pas que ça dans ce roman. Il y a aussi le thème de la religion catholique qui est omniprésent, vu par les yeux de Charles, qui lui est agnostique et qui a du mal à comprendre ce qui anime cette famille, sur laquelle la foi a une si grande emprise. C’est le côté qui m’a un peu dérangée à la fin du roman… Mais je n’en dirai pas plus. Il y a une notion de péché, de culpabilité qui plane sur l’histoire et les personnages.
   
   J’avoue avoir une nette préférence pour la première partie du roman. La relation entre Charles et Sebastian n’est pas clairement nommée mais on devine facilement que ce ne sont pas que des amis. Ce dernier personnage est particulièrement fascinant, avec sa relation ambiguë avec le catholicisme et sa famille, à laquelle il ne s’identifie pas vraiment et qu’il voit parfois comme une ennemie, une compétitrice. C’est un peu crève-cœur de le voir s’enfoncer et j’ai trouvé l’évolution de la relation entre Charles et Sebastian fort triste mais réaliste aussi.
   
   Ceci dit, il ne faut pas trop s’informer sur l’auteur hein… je dis ça, je dis rien!
   
   Mais j’ai quand même fort envie de lire ses romans moins "catholiques"!

critique par Karine




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