Lecture / Ecriture
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Taïpi de Herman Melville

Herman Melville
  Moby Dick ou le cachalot
  Bartleby
  Taïpi
  Omoo
  Mardi
  Moi et ma cheminée
  M comme: Moby Dick
  Redburn

Herman Melville (1819 - 1891) est un romancier, essayiste et poète américain.

Taïpi - Herman Melville

Un captivant récit de captivité
Note :

    "Aperçu de la vie en Polynésie durant un séjour de quatre mois dans une vallée des Marquises"
   
    Il faudra bien que j'en arrive un jour à la lecture de Moby Dick et, pour y parvenir, j'ai choisi d'attaquer Melville par le versant chronologique, en commençant donc par la trilogie polynésienne dont Taïpi est le premier volet. L'auteur n'a que vingt-sept ans au moment de la publication mais il a déjà vécu, suffisamment en tout cas pour nourrir ce récit de son expérience personnelle. Son héros, Tom, est marin sur un baleinier et profite d'une halte dans la baie de Taiohae, à Nuku-Hiva, pour déserter en compagnie d'un camarade de bord, Toby. Les deux hommes sont capturés par les Taïpis, une peuplade réputée cannibale, Toby réussit à s'enfuir et Tom est retenu comme otage plus ou moins consentant pendant quatre mois.
   
   Pour raconter cette histoire, Melville n'a eu qu'à puiser dans son récent passé de marin déserteur prisonnier des Taïpis en gonflant un peu la réalité sur le plan temporel puisque son séjour ne dura en réalité qu'un petit mois.
   
    La structure du livre est très simple, deux épisodes d'aventures (la désertion et la capture d'un côté, l'évasion de l'autre) encadrent un long développement ethnologique dans lequel le narrateur décrit, au fur et à mesure qu'il les découvre sans toujours les comprendre, les moeurs des Taïpis. C'est une littérature que je ne connais absolument pas, les voyages, l'ethnologie, Loti, Segalen pour ce qui est de cette région, je n'ai jamais pratiqué et je découvre avec enchantement. Les longs développements du narrateur sur les différents aspects de la vie polynésienne ne suscitent pas l'ennui que je redoutais. Melville, pour cela, a l'habileté d'utiliser un narrateur qui ne comprend pas toujours ce qui se passe sous ses yeux et auquel le lecteur peut facilement s'identifier. En outre, il y a la menace du cannibalisme qui pèse sur toute l'histoire, et qui commande d'être attentif au moindre signe de menace.
   
    Melville accompagne son histoire d'un volet politique dans lequel il prend fermement position contre le colonialisme militaire et religieux. Sa peinture du sauvage et de son mode de vie naturel non perverti par une culture étrangère s'inscrit dans une tradition littéraire qui va de Montaigne à Rousseau en passant par Shakespeare et Swift. Elle est d'autant plus précieuse qu'elle est ici donnée pour la dernière fois : les Français, les Anglais et les Américains sont en train de prendre possession de la Polynésie, l'Eden est en sursis.
   
    Curiosité. On est rassuré : l'arbre à pain pousse dans les îles Sandwich.
   
   Citation 1. "A moins qu'il n'y eût une fête spéciale, les hôtes de la case Maaheiao regagnaient leurs nattes assez tôt dans la soirée; mais non pas pour la nuit, car après avoir sommeillé quelque temps, ils se relevaient, rallumaient les chandelles, prenaient le troisième et dernier repas de la journée, où ne figurait que le popoï; et puis, après avoir inhalé une bouffée soporifique de tabac, se préparaient à la grande affaire de la nuit : dormir. On pourrait presque dire que c'est là, chez les Marquisiens, la principale occupation de la vie, car ils passent dans les bras de Morphée une partie considérable de leur temps. La vigueur naturelle de leur constitution n'apparaît nulle part avec plus de relief que dans la dose de sommeil qu'ils peuvent supporter. Pour beaucoup d'entre eux, en effet, la vie n'est guère autre chose qu'un somme voluptueux et souvent interrompu."
   
    Citation 2. "C'est un trait particulier de ces peuplades, lorsqu'elles s'occupent à quelque travail, de le faire considérablement valoir. Ces gens ont si peu l'occasion de se donner du mal que, lorsqu'ils s'appliquent à quelque chose, ils semblent estimer qu'un acte aussi méritoire ne saurait échapper à l'attention de personne dans les environs. Si, par exemple, ils ont à déplacer quelque pierre à une certaine distance, ce qui pourrait être fait par deux hommes robustes, il s'en assemble toute une horde; après force palabres, ils la soulèvent à eux tous, chacun bataillant de son côté pour y trouver prise, et la transportent en hurlant en haletant comme s'ils accomplissaient quelque exploit remarquable. Quand on les voit ainsi, on ne peut se retenir de penser à une légion de fourmis noires rassemblées pour traîner vers quelque trou la patte d'une mouche morte."

critique par P.Didion




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