Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Le Fantôme de Baker Street de Fabrice Bourland

Fabrice Bourland
  Le Fantôme de Baker Street
  Les Portes du Sommeil
  La dernière enquête du Chevalier Dupin
  Le diable du Crystal Palace

Le Fantôme de Baker Street - Fabrice Bourland

Tandem improbable
Note :

   Promise depuis longtemps, voici enfin la présentation d’un des petits derniers de la collection 10/18, "Le Fantôme de Baker Street" de Fabrice Bourland. Ce pauvre livre a non seulement été honteusement négligé sur ce site, mais il a en plus franchement souffert de ses deux-trois jours de lecture : transporté partout, dans le fond du sac à main, puis du sac à dos, enseveli sous des cours puis sous des produits cosmétiques (eh oui ces derniers temps il m’arrivait de me balader avec des shampoings dans mon sac, ne me demandez pas pourquoi), vaguement éraflé après une longue bataille avec un agenda qui voulait avoir le dessus, le premier roman de Fabrice Bourland garde aussi la trace de mon dernier voyage, un billet pour Milan daté du 29 janvier.
   
   Autant le dire tout de suite : si ce livre a été autant maltraité, c’est parce que lui et moi avons été inséparables depuis l’instant où j’ai parcouru ses premières lignes. Car Fabrice Bourland a vraiment mis tous les atouts de son côté en écrivant ce premier roman très agréable.
   
   Imaginez d’abord un tandem improbable, deux jeunes enquêteurs aussi différents que possible, l’intellectuel s’alliant au sportif, les souvenirs de lecture au goût de l’action. Le titre évoquant Baker Street pourrait leur donner des airs de Sherlock Holmes et de Docteur Watson. Mais là où Arthur Conan Doyle avait franchement limité le périmètre d’action du docteur, le binôme est ici équilibré.
   
   Prenez ensuite le cadre et le sujet de l’enquête : Londres, 1932. Bref, de là à fermer les yeux pour s’imaginer à l’époque tout juste post-victorienne : il n’y a qu’un pas à franchir.
   Alors vous imaginez bien que lorsque la veuve d’Arthur Conan Doyle vient informer les deux enquêteurs de l’existence d’un fantôme au 221 Baker Street, adresse fictive de Sherlock Holmes, votre chroniqueuse est déjà partante pour le voyage !
   
   Contrairement aux 10/18 Grands Détectives que j’ai déjà lus, ce roman est un peu à part : l’histoire se déroulant à l’époque où les séances de spiritisme sont en vogue, ce policier n’a de policier que le nom. Il s’agit plutôt d’un sympathique roman d’aventure où le fantastique et les fantômes sont on ne peut plus réels.
   
   D’abord sceptiques, les enquêteurs participent à une séance photo où Sherlock Holmes apparaît à leurs côtés, puis à des séances de spiritisme au cours desquelles le célèbre enquêteur semble vivement préoccupé lorsqu’il apprend que des assassinats ont lieu dans tout Londres. A Whitechapel, où sévissait autrefois Jack l’Eventreur. Mais aussi dans les quartiers ouest huppés où des personnes sont retrouvées vidées de leur sang.
   
   Rapidement, les enquêteurs cherchent à appréhender le tueur de Whitechapel. Contrairement à leurs attentes, c’est un monstre au visage nébuleux qui sévit, sa silhouette s’apparentant étrangement à celle que l’on prête d’ordinaire à l’Eventreur. Les monstres victoriens seraient-ils de sortie ? Entre Dracula, l’Eventreur, Hyde, Dorian Gray et d’autres individus tout aussi inquiétants, l’amateur de littérature et d’histoires victoriennes aura le temps de retrouver de vieilles connaissances.
   
   On peut peut-être regretter le peu de temps passé auprès des légendes victoriennes, dont le rôle est un peu superficiel. L’histoire est assez simple, peut-être un peu trop. Mais le résultat est si sympathique que l’on retient surtout les personnages plutôt attachants, le spiritisme et les rondes de nuit dans des quartiers mythiques, de l’East End au cimetière de Highgate en passant par Picadilly.
   
   Enfin pour les curieux, je vous invite à faire un tour sur les sites de l’International Survival Society (qui publie des clichés pris lors de séance de spiritisme) et de l’American Photography Museum (pour un cliché de Doyle… après sa mort). Après avoir lu ce roman j’étais assez curieuse et souhaitais en savoir plus sur ces associations qui plus de cinquante ans plus tôt ont pensé communiquer avec les esprits.
   
   Et pour le Fantôme de Baker Street, j’ajouterai simplement : A recommander aux adeptes de l’époque victorienne et aux amoureux d’histoires de fantômes.
   ↓

critique par Lou




* * *



«Si je ne le tue pas, c'est lui qui me tuera»
Note :

    Andrew Singleton et James Trelawney sont associés contre le crime. Jeunes et talentueux chacun dans leur domaine (Andrew est un grand lecteur très cultivé, James un sportif fonceur), ils ont ouvert un cabinet de détectives à Londres en 1932.
   
    Suite à la petite annonce vantant leurs mérites se présente une première cliente : Lady Conan Doyle, la veuve du célèbre écrivain. Elle est persuadée que la mort de son mari n'est pas tout à fait naturelle, qu'un fantôme hante le 221 Baker Street et que Londres va être le théâtre d'un gigantesque bain de sang. Malgré les réticences d'Andrew, les deux jeunes gens se lancent dans une enquête qui va vite prendre un tour macabre et pour le moins inattendu...
   
   Voilà un roman très intéressant, chers happy few, car il mêle habilement fantastique et résolution d'une énigme policière, parce qu'il pose d'intéressantes questions sur la littérature et notamment la vie des héros de fiction, et parce qu'il met en scène des personnages que l'on connaît tous dans un Londres brumeux à souhait. Pour tout vous dire, les premières lignes m'ont laissée dubitative : les spirites de l'époque victorienne, voilà quelque chose, je dois bien l'avouer, chers happy few, qui m'indiffère et m'agace même parfois, tant on sait que les supercheries furent nombreuses. Mais voilà, tout le talent de Fabrice Bourland consiste à exhumer des faits réels autour de la vie de Conan Doyle (dont on sait qu'il fut un défenseur acharné du spiritisme vers la fin de sa vie et qu'il entretînt des relations pour le moins houleuses avec son héros, Sherlock Holmes, allant même jusqu'à le tuer puis contraint de le ressusciter sous la pression fervente du public) et à s'en servir pour construire une intrigue qui ne peut que réjouir les lecteurs assidus que nous sommes.
   
   On y croise Holmes et Watson (dont le couple Singleton-Trelawney se fait l'écho d'une manière un peu différente), Dracula, Hyde ou Gray, bref, les grandes figures du mal nées sous la plume de célèbres écrivains victoriens. La construction de l'intrigue m'a rappelé d'ailleurs celle de certains romans de cette époque : on y trouve insérés des extraits d'articles de journaux et des notes en bas de page et le style lui-même n'est pas sans rappeler celui de Conan Doyle. C'est donc à un véritable hommage littéraire que se livre Fabrice Bourland, tant dans l'intrigue que dans la construction et le style. Et même si l'histoire est un peu légère, on ne peut qu'être entraîné par l'intrigue qui se sert judicieusement d'éléments et d'événements réels (comme par exemple la renumérotation de Baker Street ou certaines photos spirites) qui, entremêlés à des éléments fictifs forment une fiction de qualité.
   
   Une belle découverte, à recommander aux amateurs de fantastique et de littérature victorienne chers happy few!
   ↓

critique par Fashion




* * *



Fadaises
Note :

   Lou et Fashion m’avaient mise en appétit, fan de Sherlock que je suis, si bien que j’avais depuis longtemps cet opus sous le coude, qui attendait qu’un besoin de récréation porte ma main vers lui. Besoin de récréation et main il y eut, mais cependant l’affaire tourna court.
   
   Tout d’abord je n’ai pas pu cesser d’être agacée par ces histoires de spiritisme. Il n’y a jamais eu le clin d’œil, l’humour ou l’exagération qui m’aurait permis de prendre toute cette histoire comme une agréable fantaisie. Je comptais m’amuser, il n’y avait rien de drôle. Je comptais sur la fantaisie du propos, de fantaisie, il n’y avait pas, l’auteur se contentant de reprendre sans recul ni contestation les sottises bien réelles des spirites de l’époque. Il aurait fallu exagérer ces sottises –oui, je sais, ce n’était pas si facile vu la taille qu’elles avaient déjà- ou y porter un regard ironique pour arriver au palier de l’humour.
   
   Sur ce fond de spiritisme, se greffe une histoire policière grotesque dans son intrigue -on a quand même "des dizaines de corps" mais pas de récit de meurtre, d’enquête ou de suspicions. Juste nos spirites convaincus de plus ou moins fraîche date qui suivent des ectoplasmes aux explications (même finales) aussi vaporeuses qu’eux-mêmes mais moins lumineuses.
   
   Si je ne suis pas amusée, si je ne m’intéresse pas beaucoup au mystère présenté parce qu’il manque d’épaisseur, si je ne plains pas les victimes auxquelles on ne s’intéresse jamais, si je ne sympathise pas avec les héros hyper stéréotypés (1 costaud, 1 intello) au psychisme simpliste, si on ne retrouve pas le Sherlock pour lequel j’étais venue, ni aucune de ses déductions, si je sais avant même d’avoir vraiment envie de me le demander qui sont les improbables assassins, si je dois pour couronner le tout me taper de longues "explications" spirites déversées avec le plus grand sérieux… je dis non. Je m’ennuie, j’attends que ça passe ou même qu’il se passe quelque chose d’un peu étonnant ou intelligent, mais rien ne paraît. Et qu’on ne me dise pas que j’ai manqué de recul, si j’en ai manqué, c’est que dans le livre non plus il n’y en a pas.
   
   L’auteur étale une connaissance du sujet qui ne dépasse pas de beaucoup la culture générale de la plupart d’entre nous. Rien n’est original. Dorian Gray et l’homme invisible réduits à des tueurs fous, c’est triste pour la littérature. S’ajoute à cela le sentiment qu’il y avait peut-être une bonne idée au centre (la vie dans le monde réel de personnages de romans), qu’elle aurait pu donner de grandes choses et qu’elle n’a pas été exploitée comme elle le méritait. Bref, c’est non. Je n’approuve pas. Même comme récréation, je pense que c’est un peu insuffisant, vous pouvez trouver mieux. Dans le genre fantaisie littéraire, Jasper Fforde est bien meilleur. Ici, trop de spiritisme pas assez d’humour ou d’enquête, c’est plus une fadaise qu’autre chose.

critique par Sibylline




* * *