Lecture / Ecriture
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La délégation norvégienne de Hugo Boris

Hugo Boris
  La délégation norvégienne
  Police

Hugo Boris est un écrivain français né en 1979.

La délégation norvégienne - Hugo Boris

J'aime la chasse
Note :

    René Derain, garde-forestier de son état se rend dans un relais de chasse très au Nord de l'Europe où il rejoint six autres personnes. Ils ne se connaissent pas et sont réunis par leur amour de la chasse. Mais dès le début, Derain trouve que le décor est sinistre et que ses compagnons sont étranges...
   
   Voilà un roman, chers happy few, dont la lecture me laisse un sentiment mitigé. J'ai eu du mal à entrer dedans, vaguement ennuyée que j'étais par les descriptions de chasse (un hobby qui n'est pas vraiment ma tasse de thé) et par le fait que je ne voyais pas trop où l'intrigue allait nous mener. J'ai fini par me laisser porter par le froid hypnotique qui s'empare de ce chalet et de cette petite troupe (où tout le monde porte un nom célèbre), intriguée par la tournure que prenaient les événements et par l'utilisation de la littérature et j'ai été extrêmement déçue par la fin, qui ne résout rien, ne propose rien et donne le sentiment d'être passé complètement à côté d'une histoire possible. Je sais que je suis vague, chers happy few, mais comme ce roman est un peu bâti comme un roman policier, avec chute qui se veut surprenante (d'ailleurs le dernier chapitre n'est pas massicoté volontairement, pour deux raisons dont l'une est l'évidente préservation du suspense (je ne peux pas révéler l'autre pour ne pas spoiler, vous m'en voyez navrée, chers happy few)), je suis bien obligée d'éviter les révélations.
   
   Je trouve en fait que ce roman est bâti sur une seule idée et qu'il manque de chair et de souffle, même s'il est plutôt pas mal écrit.
   
   Une lecture pour amateurs de chasse et d'énigmes, chers happy few!
   
   PS: je n'ai pas compris le titre, ce qui est quand même très frustrant. Si ceux qui l'ont lu peuvent m'éclairer, je leur serai éternellement reconnaissante. Au moins.
   
   PSbis: le titre de ce billet est un subtil hommage à une chanson. Laquelle, chers happy few?
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critique par Fashion Victim




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Huis clos norvégien
Note :

   René Derain, garde-chasse, fait partie d'un groupe d'amateur de chasse qui a loué un chalet, au coeur d'une forêt, en Norvège. L'hiver n'est pas encore là, seulement le frémissement automnal. Les participants ne se connaissent pas, ils rejoignent les uns après les autres le chalet norvégien.
   
   René est monté là-haut en voiture, en compagnie de son chien. En fin de parcours, il s'arrête histoire de se dégourdir les jambes et prendre l'air: son chien, soudain, se met à l'arrêt en hérissant le poil en grondant puis la queue entre les pattes refuse d'entrer plus avant dans l'immensité sombre des sapins. Une peur tenaille la bête... René s'interroge et observe, inquiet, cette forêt inconnue, fascinante et mystérieuse. Diantre, pourquoi ne s'est-il pas fié à l'instinct de son chien? Sans doute parce que parvenu si près du point de rendez-vous, après un si long voyage, il aurait été idiot de s'en retourner; parce que l'appel d'une belle partie de chasse est plus fort que l'appréhension instinctive d'un animal; parce que, une fois arrivé au chalet, l'accueil est chaleureux, convivial et empreint de prometteuses balades chasseresses; parce que, souvent, à la croisée des chemins, un minuscule démon intérieur chuchote un choix que l'on n'aurait pas dû faire.
   C'est ainsi que commence un inquiétant séjour au cours duquel peu de choses sont normales: le gibier meurt étrangement, la neige et le froid s'abattent soudainement sur la forêt, les moyens de communication tombent en panne, les réserves de nourriture diminuent, la glace étreint le chalet dans une gangue de solitude propice à l'émergence d'une lente folie et la lecture d'un roman provoque un dérapage incontrôlé et incontrôlable dans le déséquilibre d'une harmonie en perdition.
   
   René Derain, au fil de la lecture du roman sorti de la bibliothèque du chalet, se voit happé par la suspicion, l'inquiétude, l'angoisse, la haine pour arriver sur le fil ténu du rasoir: parviendra-t-il à dépasser son errance pour garder l'équilibre fragile de sa raison? Le blanc glacé d'une neige irréelle l'enveloppera-t-elle d'un froid linceul ou lui montrera-t-elle la route à suivre pour se retrouver? Autant de questions que l'auteur laisse longtemps sans réponse, distillant les morsures de la peur, de l'angoisse et de la folie au gré des phrases, morsures dissimulées sous les images d'un monde végétal semblant endormi, encerclé par le froid tétanisant d'un hiver polaire en avance... comme si les mauvais génies de la forêt avaient décidé de laisser errer leurs fantômes de brumes glacée entre les sombres lignes vertes des arbres ensommeillés. L'écho lointain des croyances oubliées gémit doucement au coeur des craquements du bois qui éclate et du crissement étouffé de pas dans la neige. L'homme peu à peu se retrouve face à lui-même, face à ses contradictions et ses limites: la ligne rouge est mince, la frontière entre réalité et imaginaire un inquiétant tremblement du givre au soleil.
   
   Hugo Boris orchestre avec une grande maîtrise du suspense et de la montée en puissance de l'angoisse, un récit étonnant où l'absence du tangible laisse libre cours à un imaginaire propre à chaque lecteur... surtout lorsque la petite musique des passages du roman dégoté dans la bibliothèque égrène ses notes surréalistes et inquiétantes. Où nous mène-t-il ce diable d'auteur? Au coeur d'un enfer d'une glaciale blancheur? Au seuil d'une folie fille d'une réalité qui échappe et d'un imaginaire paranoïaque incontrôlable?
   
   "La délégation norvégienne" est un roman qu'on lit sans décrocher une seule seconde tant l'intrigue tient en haleine et tant est grande l'envie de savoir comment s'achève ce huis clos forestier. L'atmosphère pesante et glaciale, l'argument littéraire (un groupe de chasseurs passionnés réunis dans un chalet perdu au coeur d'une forêt scandinave) m'a beaucoup rappelé une ancienne lecture "Scène de chasse en blanc" de Mats Wägeus.
   
   J'ai lu beaucoup de billets positifs au sujet de "La délégation norvégienne" et mon attente a été comblée: un vrai régal dévoré en quelques heures!!!!
   Il y a un petit plus qui est une très belle trouvaille: les derniers chapitres sont collés... le libre-arbitre est celui que se donne le lecteur, découper ou non ces ultimes pages, débouchant sur un cruel dilemme, laisser une question sans réponse ou choisir la possibilité d'une réponse! Détail important amenant à une espèce d'interactivité entre l'auteur (et sa toute puissance) et le lecteur (doté également d'un pouvoir certain).
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critique par Chatperlipopette




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Le dernier cahier de ce livre n’est pas massicoté
Note :

   “Le dernier cahier de ce livre n’est pas massicoté. Il ne s’agit pas d’un défaut de fabrication.” Voilà ce qui figure juste en tête, et sur la quatrième de couverture. Et cet avertissement n’est pas commun. Et cet avertissement n’est pas là pour rien! Une originalité du bouquin!
   
   On est de suite dans le bain. Dans le bain de la forêt norvégienne en hiver où René Derain, garde-chasse de son état, se rend pour une partie de chasse.
   “Les arbres serrés sont plus sombre encore, maintenant qu’il les regarde de près. Il ne voit des gigantesques résineux que la partie basse. C’est une forêt serrée où le soleil ne doit pas donner beaucoup.
   Il n’y a pas un souffle de vent. Même son chien s’est tu.
   Il y a dans l’air une odeur de racine, de terre, de résine.
   La forêt se perd dans l’ombre.
   Derain ressent le besoin de s’agenouiller, de sentir dans sa main la matière granuleuse de la route. Il y a eu des hommes pour étaler ce goudron.
   Il lève les yeux : il voit son chien qui s’avance vers les sapins. Il ne se redresse pas, reste agenouillé à sa hauteur. Il le voit qui stoppe soudain, arrêté par un mur invisible. L’animal ne va pas plus loin, bloqué devant la première rangée d’arbres. Derain a l’impression que le chien et la forêt se font face, qu’une conversation silencieuse a commencé.»

   
   Soit la forêt norvégienne l’hiver, au fin fond. Soit d’autres chasseurs de fortune arrivés là comme Derain, pour une partie de chasse qui promet d’être mémorable, et qui s’avère très vite en dehors du commun. Pour tout dire qui dérape très vite dans le fantastique, le décroché. Derain s’enfonce, et nous avec, jour après jour, heure après heure, dans une folie, une terreur, une certitude du drame. La trouvaille géniale, c’est la fin. Celle pour laquelle «il ne s’agit pas d’un défaut de fabrication»!
   
   C’est écrit très réalistiquement. Où l’hypotypose n’est pas un vain mot! On sent réellement la résine des sapins, on ressent physiquement le froid de ces hommes et femmes perdus, isolés, dans la neige et la nuit de cette forêt. C’est très beau.
   
   Drôle de délégation! Qui se retrouve dans ce chalet, sans hôte, qui doit se débrouiller avec les moyens du bord. Ou faudrait-il dire sans les moyens du bord! Cinq hommes, deux femmes … il y a du dix petits nègres là-dedans. De «l’œil de Caine», de Bauwen, … en plus tragique, en plus concentré. Une comédie humaine à la sauce nordique. Un curieux roman proche du polar!

critique par Tistou




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