Lecture / Ecriture
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L'annulaire de Yôko Ogawa

Yôko Ogawa
  La piscine
  La grossesse
  La formule préférée du professeur
  Les abeilles
  Les paupières
  Tristes revanches
  La Bénédiction inattendue
  Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie + un thé qui ne refroidit pas
  La marche de Mina
  L'annulaire
  Une parfaite chambre de malade
  La mer
  Cristallisation secrète
  Amours en marge
  Les tendres plaintes
  La Petite Pièce Hexagonale
  Le musée du silence
  L'hôtel Iris
  Parfum de glace
  Manuscrit zéro
  Les lectures des otages
  Petits oiseaux
  La Jeune fille à l'ouvrage
  Instantanés d'Ambre

Yōko Ogawa (小川洋子°) est une écrivaine japonaise née en 1962.
Elle a obtenu:
Le Prix Akutagawa pour "La Grossesse" en 1991
Le Prix Tanizaki
Le Prix Izumi
Le Prix Yomiuri
Le Prix Kaien pour son premier court roman, "La désagrégation du papillon"


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

L'annulaire - Yôko Ogawa

Troublant
Note :

   Après un accident de travail qui lui a mutilé l'annulaire de la main gauche, l'héroïne de ce bref roman a quitté son village et son emploi dans une usine de limonade pour la grande ville, une nouvelle vie et un poste de secrétaire dans le très étrange "laboratoire de spécimens" de Mr Deshimaru.
   
   Installé dans une ancien pension pour jeunes filles, ce laboratoire s'est fait une spécialité d'assurer la pérennité de spécimens en tout genre, des champignons, une mélodie, les cendres d'un animal de compagnie, ainsi que l'explique Mr Deshimaru: "Tous les spécimens sont rangés et conservés par nos soins. C'est la règle. Bien sûr, nos clients peuvent venir leur rendre visite quand ils le désirent. Mais la plupart des gens ne reviennent jamais ici. C'est le cas aussi pour la jeune fille aux champignons. Parce que le sens de ces spécimens est d'enfermer, séparer et achever. Personne n'apporte d'objets pour s'en souvenir encore et encore avec nostalgie." (p. 23)
   
   Fascinée dès le premier abord par le regard de Mr Deshimaru, doucement obsédée par son annulaire mutilé, l'héroïne de ce conte inquiétant sombre petit à petit sous l'emprise des objets accumulés dans les tiroirs du laboratoire, tout autant que de la magnifique paire de chaussures que Mr Deshimaru lui a offerte et qui s'adapte si bien à ses pieds...
   
   Au fil de ce récit où flottent discrètement un parfum d'ambiguïté et une ombre d'érotisme, une irrésistible force d'attraction se fait de plus en plus prégnante, magnétique. Et avec une maîtrise parfaite, Yôko Ogawa y distille un trouble qui persiste encore longtemps une fois tournée la dernière page...
   
   Extrait:
   "- Je vais vous donner un conseil. Elles ont beau être très confortables, je ne crois pas que ce soit une bonne chose de les porter tout le temps.
   - Pourquoi?
   - Parce qu'elles vous vont trop bien. Ça fait presque peur à voir. Il n'y a pas assez de décalage. Ne voyez-vous pas qu'il n'y a pratiquement pas d'intervalle entre votre pied et la chaussure? C'est la preuve qu'elles sont en train de prendre possession de vos pieds.
   - Possession?
   - Oui, exactement. C'est très rare de tomber sur des chaussures pareilles. Qui s'emparent de vos pieds. Il m'est arrivé une seule fois, il y a quarante-deux ans, de cirer des chaussures du même type. C'est pour cela que je le sais." (pp. 62-63)

    ↓

critique par Fée Carabine




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Etranges souvenirs...
Note :

   Yoko Ogawa est un auteur que j'affectionne particulièrement. Je l'ai d'abord découverte avec trois textes, un lumineux - La Formule préférée du Professeur, les deux autres plus dérangeants, "Le Musée du Silence" et "L'Annulaire". Les ayant lus avant la naissance de blog, j'ai pensé que cette journée en hommage à Ogawa serait l'occasion de relire un de ces textes qui m'avaient marquée à l'époque. Mon choix s'est finalement porté sur "L'Annulaire", en partie parce que j'en avais un souvenir plus confus, mais aussi, avouons-le, parce que c'est un texte court et que je ne suis pas en avance dans mes chroniques japonaises!
   
   La narratrice, jeune femme d'environ 20 ans, trouve un travail chez M. Deshimaru, dans une impressionnante bâtisse où l'on fait des "spécimens". Les clients trouvent l'endroit sans publicité, lorsqu'ils ont vraiment besoin de faire enfermer un objet associé à un souvenir particulier. Les spécimens une fois préparés sont stockés sur place et les propriétaires peuvent venir les voir, mais cela n'arrive pratiquement jamais. Tout peut être conservé : objets les plus insolites mais aussi musique ou encore un jour, une cicatrice. Le procédé reste mystérieux car M. Deshimaru n'ouvre pas la porte de son laboratoire à la narratrice, qui ne saura donc pas ce qu'il est advenu de la jeune fille ayant fait cette demande si particulière.
   
   La jeune employée a elle même perdu une partie d'un doigt lors d'un précédent travail à l'usine et cette particularité semble fasciner son employeur, plus âgé, avec qui elle ne tarde pas à avoir une liaison. Entre eux, le rapport des forces est peu équilibré et l'ambiance est paradoxalement calme, apaisée mais aussi parfois malsaine, en raison de l'étrangeté des lieux et du personnage de M. Deshimaru.
   
   Je crois que j'apprécie particulièrement cette facette d'Ogawa car j'avais également beaucoup aimé "Le Musée du Silence", un peu dans la même veine. Un texte court qu'on peut volontiers recommander pour découvrir une partie de l'univers d'Ogawa ; rien qu'une partie cependant, car elle s'attache à des thèmes variés et ses textes ne sont pas tous aussi étranges.

critique par Lou




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