Lecture / Ecriture
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Crampton Hodnet de Barbara Pym

Barbara Pym
  Des femmes remarquables
  Une demoiselle comme il faut
  Crampton Hodnet
  Adam et Cassandra
  Un brin de verdure
  La douce colombe est morte
  Comme une gazelle apprivoisée
  Jane et Prudence
  Quatuor d'automne


Barbara Mary Crampton Pym est une écrivaine britannique née en 1913et morte en 1980.

Crampton Hodnet - Barbara Pym

Missive
Note :

   Chère Barbara,
   
   Lorsque vous nous avez quittés en 1980, le monde était bien différent de celui dans lequel je vis aujourd’hui. Internet n’existait pas, les ordinateurs étaient encore de gros monstres presque inutiles, votre future chroniqueuse dévouée Mademoiselle Lou n’était pas encore née et les dîners livres-échanges n’avaient sans doute pas encore remplacé les réunions Tupperware et les goûters littéraires très formels de la bonne société.
   
   Vous ne pouviez donc pas vous imaginer que 27 ans après votre disparition (car j’ai assisté à ce phénomène pour la première fois l’an dernier), de petits groupes de lecteurs un tantinet bobos se réuniraient à Paris autour de nouilles sautées et de pizzas 4 fromages pour échanger des livres et parler bouquins. Et si vous l’aviez pu, auriez-vous un seul instant songé au rôle prépondérant joué par vos romans dans ces réunions de lecteurs enthousiastes ?
   
   Car chère Barbara, lorsqu’un lecteur est assez fou pour apporter à ces dîners l’un de vos romans, à l’instant où il sort (aussi discrètement que possible) ledit roman de sa besace, un frisson parcourt l’assemblée, quelques exclamations fusent, la tension s’installe, impalpable mais bien réelle. Malgré les plaisanteries (lancées avec un peu plus de nervosité que d’ordinaire), la compétition s’annonce désormais féroce. Tout est bon pour atteindre la victoire : coups d’œil aiguisés aux adversaires ; élaboration d’une stratégie d’urgence en fonction du nombre de lecteurs prêts à tout pour emporter l’objet convoité ; feinte et mise en circulation d’informations erronées (je ne vise pas du tout Isabelle qui lance négligemment pour les pauvres oies blanches non averties : «Barbara Pym c’est vraiment pas terrible, je ne comprends pas ce qu’on lui trouve !») ; en dernier recours, mais de façon plus discrète, menaces en amont («Attention cette fois-ci j’ai apporté une hache au cas où») ou négociations désespérées en aval («je t’échange tous les livres que j’ai eus contre ton Barbara Pym»).
   
   Et me direz-vous, Barbara, pourquoi un tel engouement ? Pour quelques vieilles filles, un bouquet de pasteurs et une moisson de 5 o’clock teas ? Pour la sérénité et le calme apaisant de vos histoires où rien ne se passe ? Tout cela vous paraît invraisemblable, j’en conviens volontiers.
   
   Alors si vous vous posez encore des questions, je dois vous parler de ma récente immersion dans votre délicieux Crampton Hodnet. Evidemment, cela fait bien longtemps que vous l’avez écrit et vous aurez peut-être oublié cette histoire où les couples se font et se défont à un rythme digne des meilleurs épisodes des Feux de l’Amour (ne me questionnez pas ici sur le sens à donner au mot «meilleurs»).
   
   A Oxford, dans les années trente, dans la plus pure tradition pymesque, vos personnages sont : une vieille femme désagréable qui se mêle de la vie des autres, Tante Maude, et sa demoiselle de compagnie, Miss Morrow, gentille et fade comme il se doit ; Mr Cleveland, universitaire pantouflard et égocentrique se découvrant soudain un certain potentiel de séduction auprès de ses étudiantes ; Barbara Bird, jeune étudiante brillante et romanesque éprise dudit professeur ; un vicaire séduisant croyant chercher le confort monotone d’un foyer de fidèles (si possible vieilles et dévotes, avec une bonne cuisinière) ; Mrs Cleveland, épouse pragmatique et arrangeante ; enfin, Anthea Cleveland, jeune fille en fleur dont le dernier prétendant en date est Simon, étudiant ambitieux et fils de diplomate s’imaginant déjà premier ministre.
   
   Comment vous dire ? Ces jours-ci, en lisant votre savoureux roman, une tasse de thé à portée de main, la pluie venant par intermittence frapper à mon carreau, j’ai eu le sentiment que l’Angleterre était à portée de main, là, dans les bulles tremblotantes flottant à la surface de mon Yunnan tout juste servi.
   
   L’introduction présente ce livre comme l’un de vos premiers, une œuvre moins aboutie ponctuée de petites maladresses. C’est aussi le roman que vous jugiez vous-même le plus drôle. Et c’est tout à fait ce qui séduit à la lecture de Crampton Hodnet.
   
   Il ne se passe pas grand-chose en fin de compte : les demandes en mariage n’aboutissent pas, les vieilles filles restent célibataires ; les maris prêts à faire des démonstrations de virilité rentrent la tête basse au foyer (devrais-je utiliser une autre expression plus appropriée ?), quémandant timidement une nouvelle tasse de thé ; un commérage est remplacé par un autre et si quelques changements éphémères viennent troubler l’apparence de cette vie immobile, ce n’est que pour retourner rapidement dans l’ombre et souligner plus crûment encore l’immuabilité de ces petites vies d’Oxford-Nord.
   
   Ce tableau malicieux de vos contemporains sur lesquels vous portez un regard tendrement cynique est ici empreint d’humour et d’espièglerie. La fatuité est tournée en dérision, les travers de chacun ressortent comme par magie sous une plume taquine. Et voilà comment vous piégez vos lecteurs, en les faisant rire de leurs propres travers et en mettant le doigt sur des paradoxes qui font notre quotidien. Avec ironie, et sans vraiment se l’avouer, ne se reconnaît-on pas un peu dans ces aventuriers du dimanche, ces personnages qui veulent refaire le monde et parlent de vivre intensément leurs passions autour d’un Darjeeling ?
   
   Quoi qu’il en soit, à l’avenir, j’aurai certainement une prédilection pour ce roman de vous que je viens de découvrir, et qui n’est que le deuxième d’une longue liste de bonheurs hautement britanniques à venir.
   
   Espérons que la plupart des romans de la maturité pymesque auront gardé leur vivacité et leur fraîcheur. Si ma première tentative s’est soldée par une simple lecture apaisante pour jeune lectrice surbookée, c’est à Crampton Hodnet que je me suis le plus amusée !
   
   Fort respectueusement votre,
   Une nouvelle recrue !
    ↓

critique par Lou




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Délicieusement féroce
Note :

   "Miss Morrow n'aurait jamais osé poser à un homme cette question ; il y avait si longtemps qu'elle ne portait plus que le genre de vêtements dont nul n'aurait pu dire du bien sans mentir effrontément. Ses vêtements ne servaient plus qu'à recouvrir son corps de la façon la plus terne possible. Que pensez-vous, Mr. Latimer, de mon ensemble de laine gris avec sa veste déformée et sa jupe d'une longueur démodée? Et mon chapeau de feutre gris-beige, qu'on peut mettre avec tout et n'importe quoi, comment le trouvez-vous? Et ce chemisier que j'ai acheté il y a deux ans en solde chez Elliston, démarqué parce qu'il était et est toujours d'un vert que même la plus jolie fille ne pourrait se permettre de porter?"
   
   Chez Barbara Pym, on est presque sûre de trouver des vieilles filles, des pasteurs, des douairières engoncées dans leurs convenances, les sacro-saints five o'clock, la campagne anglaise, les bonnes manières et évidemment l'hypocrisie qui régit cette petite société fermée sur elle-même.
   
   Ici, Miss Morrow est dame de compagnie de Miss Doggett, une de ces vieilles femmes acariâtres, regardant de haut tout ce qui se trouve en-dessous d'elles et écrasant sans vergogne leur entourage, persuadées de détenir la vérité en toute chose, assises sur leurs principes et leur position sociale. Nous sommes à Oxford et plusieurs personnages vont entrer en scène, Mr. Latimer le nouveau vicaire, bel homme qui pourrait tomber amoureux de Miss Morrow et comme il cherche un logement, le voilà hébergé sous le toit de Miss Doggett, flattée d'une telle compagnie.
   
   Par ailleurs, le neveu de Miss Doggett, professeur, se sentant incompris par sa femme, pourrait lui aussi tomber amoureux, d'une de ses étudiantes. Sa fille, de son côté, prépare un possible mariage avec un beau parti. Vous mélangez le tout, et c'est l'assurance que la petite communauté va vivre une saison mouvementée, bruissante de rumeurs et de retournements de situation.
   
   Je pense avoir lu tous les Barbara Pym dans les années 1980, lorsqu'ils ont été réédités par les Editions Christian Bourgois. J'ai eu envie d'en relire un maintenant, pour voir si mes souvenirs de lectures savoureuses et délicieusement féroces étaient exacts. Ils le sont! J'ai même été surprise d'y trouver encore plus d'humour que je ne le pensais, un humour subtil, qui égratigne sans avoir l'air d'y toucher, et à travers Miss Morrow, une lucidité qui réduit la bonne société paroissiale à ce qu'elle est, une coquille vide, préoccupée avant tout par les apparences. Mais rien de cynique dans sa manière de voir son entourage, simplement le souci d'être au plus près de la réalité et de ne pas être dupe de la comédie humaine, puisqu'elle-même ne s'épargne pas.
   
    Si vous voulez lire anglais suranné, n'hésitez pas, lancez-vous, vous passerez un bon moment. A noter que la plupart des titres de B. Pym ne se trouvent plus qu'en occasion. A quand une nouvelle réédition?
    ↓

critique par Aifelle




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Un bijou qui contient du poison
Note :

   Et voilà mon préféré parmi les romans de B Pym
   
   Nous avons vu Barbara Pym lorgner vers la religion, nous attendrir avec des femmes solitaires, ici elle se lâche totalement, c’est enlevé, méchant, drôle, subtil, un plaidoyer pour l’ hypocrisie, bref un excellent roman et un moment de lecture jouissif.
   
   Le démon de midi, voilà un thème de vaudeville, Francis Cleveland porte beau, quinqua très séduisant il est heureux de plaire à la jeunesse, et de la jeunesse que voulez vous il en a, là, à portée de main car c’est un universitaire apprécié de ses élèves et particulièrement de ses jolies étudiantes qui se pressent à ses cours.
   
   Ces jeunes filles ont l’âge de sa fille Anthéa qui elle est amoureuse de Simon Beddoes un jeune homme plein d’avenir et d’une si bonne famille !
   
   Mais le démon de la luxure ne s’est pas penché uniquement sur Francis Cleveland, non les paroissiennes font littéralement le siège de Stephen Latimer un pasteur trop jeune et trop beau pour son propre bien, alors pour être à l’abri, celui-ci décide de jeter son dévolu sur Miss Morrow la vieille fille de service et dame de compagnie de Mrs Dogget, ma préférée, la langue de vipère locale, celle qui dénonce pour le bien de tous et qui va venir se mêler des amours de Francis Cleveland.
   
   C’est vraiment mon roman préféré par l’humour ravageur qu’il contient.
   
   De kermesse en thé du dimanche on vit au rythme de Barbara Pym et on y prend un plaisir pervers.
   
   Le critique qui présente le livre termine ainsi sa présentation "Une fois le livre refermé, on n’a qu’une envie : se précipiter sur le premier ferry."

critique par Dominique




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