Lecture / Ecriture
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La porte de Karim Berrouka

Karim Berrouka
  La porte

La porte - Karim Berrouka

Des inconvénients d'avoir une porte
Note :

    Deux loups-garous philosophes et cultivés, mais néanmoins sanguinaires (on ne se refait pas), habitent une maison en plein coeur du désert. Résultat, ils sont ennuyés tous les soirs par des gens qui leur demandent l'hospitalité pour la nuit et qui disparaissent au petit matin sans un mot ni un adieu, les mal élevés. Mais un soir c'est le Grand Inquisiteur lui-même qui apparaît, entouré de ses séides : il accuse nos deux compères de 24 meurtres et ouvre un procès sur le champ...
   
   Voilà un petit roman complètement déjanté chers happy few, qui m'a pour ma part fait beaucoup rire et qui démontre que pour vivre heureux, il faut vivre caché... Nos deux compères sont fort attachants : certes, ils mangent du missionnaire au petit déjeuner mais qui n'a pas ses petites manies ? Ils philosophent, rhétoriquent, jouent aux osselets, tentent de maîtriser les techniques du voyage astral, ont le poil lustré et brillant et beaucoup d'humour. Face à eux, d'autres personnages qui se présentent au cours de situations similaires et répétitives (certaines phrases rythment le récit en se répétant comme le "Mangeons-les s'ils reviennent", comme dans les contes) et qui sont tout aussi croquignolets, ma préférence allant aux barbares qui ont l'humour aussi lourd que leurs massues et qui font preuve de courtoisie en voulant remplacer la porte de nos amis lycanthropes qu'ils ont explosée par mégarde...
   
    J'ai beaucoup aimé la chute de ce "Petit conte sans philosophie" (c'est le sous-titre), au style excellent et à l'humour non-sensique parfois bien noir (l'interrogatoire des morts est fabuleux)! Ajoutons à cela un petit supplément intitulé "Les coulisses de la porte", qui présente l'auteur et l'illustrateur de la couverture (très belle) d'une manière décalée et réjouissante!
   
   Un petit joyau jubilatoire et férocement dégondé, comme le dit (pour une fois) si bien la quatrième de couverture, chers happy few!
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critique par Fashion




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Ahouuuuuuuuuuuuuuuuuu !
Note :

   Dear readers, estimés blogueurs et chers tous !
   
   Depuis ce week-end, trois livres sont venus s’ajouter à la pile lamentable des livres lus puis laissés pour compte… malgré la pression, le retard et la perspective de la lourde tâche qui lui incombe, votre fidèle lectrice, les joues rosies de plaisir, enthousiaste et piaffant d’impatience (eh oui !), s’apprête à vous délivrer les secrets des derniers livres ayant fait ses délices.
   
   Tout ça pour dire que, parmi les livres avec lesquels je suis repartie d’un pas guilleret (enfin…) vers le RER d’Achères, figurait «La Porte» de Karim Berrouka, plus que chaudement recommandé par La libraire qui m’a plus ou moins dit que ce livre était fait pour moi et que je me devais absolument de le lire. Eh oui ! Vous entrez tout tranquillement dans une librairie, le cœur sur la main, l’âme innocente et pleine de bonnes intentions (halte aux augmentations croissantes de ma PAL !), vous n’avez rien demandé à personne… et voilà qu’une libraire vous prend par surprise, vous cerne et vous tente dangereusement, sous prétexte qu’elle connaît votre blog et peut ainsi traquer vos moindres faiblesses ! Bon. Allez. J’avoue. Je suis ravie d’avoir été ainsi brillamment éclairée: sans cette alerte rouge, je serais peut-être passée à côté d’un texte que j’ai adoré.
   
   Mais venons-en au fait (si si, vous ne voyez pas le fil conducteur d’une logique pourtant implacable à mes yeux, mais ces balbutiements ont depuis la première ligne un but précis qui les conduit inexorablement au point que nous allons justement aborder, amis lecteurs) !
   
   "La Porte" est une novella au titre très pertinent mais a priori trompeur, puisqu’il ne vous prépare en rien à l’histoire déjantée qui vous attend : celle de deux loups-garous importunés chaque soir par l’arrivée impromptue d’étrangers venus s’abriter chez eux pour la nuit.
   
   Ne me demandez pas en quoi le logis de deux monstres assoiffés de sang constitue un refuge sûr. Quoi qu’il en soit, ladite maison étant la seule à offrir un rempart au vent et aux créatures nocturnes inquiétantes, elle devient bizarrement un lieu très prisé par les pèlerins égarés de toute sorte. Par pèlerins j’entends des femmes, un enfant armé jusqu’aux dents (en réalité adulte frappé de nanisme) et une horde de barbares (qui après avoir fracassé la porte et menacé les occupants, s’excusent lamentablement de la gêne occasionnée dès lors que leurs hôtes esquissent un premier mouvement de mauvaise humeur). Point d’ecclésiastique, j’entends. Ce qui vaut mieux pour nous lecteurs, car l’homme d’église constitue le met le plus prisé par nos deux compères.
   
   Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, tous deux s’accommodent de ces dérangements, jusqu’au jour où l’Eglise leur intente un procès sommaire, les accusant d’avoir perpétré une série de meurtres…
   
   Cette novella est un pur régal: un style recherché et truculent ; un texte sous forme de conte aux personnages hauts en couleur, cocasses, tous plus stupides les uns que les autres ; des loups-garous dépoussiérant une vieille légende, entre parties d’échecs, méditation, éructations et rêves gourmands (où de petits cléricaux sautent dans des marmites bouillantes). En toile de fond, malgré la drôlerie et l’invraisemblable, un simulacre d’Inquisition soulevant un certain nombre de questions plus morales, religieuses et politiques («répondez par oui ou par oui!»). En somme, un conte philosophique et un récit absurde fait de nombreux rebondissements, le tout servi par un plume vibrante (et même fracassante !). On s’amuse beaucoup, on dévore, on soupire (parfois) de soulagement. Et, une fois la dernière page tournée, on s’interroge. Bref, un excellent texte sollicitant constamment le lecteur : on en redemande !

critique par Lou




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