Lecture / Ecriture
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68, mon amour de Daniel Picouly

Daniel Picouly
  68, mon amour

68, mon amour - Daniel Picouly

Fantasque et gai, savoureux…
Note :

   Même si ce roman a un vrai parfum d’histoire, l’imagination et la verve de Daniel Picouly en font une œuvre de pure fiction.
   
   Pendant cette singulière journée du 29 mai 1968, de sept heures à dix- huit heures, nous allons suivre les tribulations des nombreux personnages, célèbres ou anonymes, qui vivent allègrement sous la plume de ce conteur habile.
   
   Dans « 68, mon amour», comme dans ses précédents romans, l'auteur mêle la petite à la grande histoire, ses souvenirs personnels aux péripéties politiques qu'il réécrit à sa façon. Il y a beaucoup de déplacements dans cette journée, à commencer par le narrateur qui se rend à la fac puis à la manif dans le camion poubelle de son beau –frère. On croise aussi le Général de Gaulle dans sa DS, Madame Pompidou, dans sa berline avec chauffeur ; une Rolls qui excite les désirs meurtriers, le sous marin des Renseignements généraux… et même l’hélicoptère que va emprunter le général pour fuir dans un moment de doute et d’angoisse, laissant la France en émoi…
   
   Le roman s’ouvre sur une prière du Général, adressée à sa fille Anne disparue. Au même moment, le narrateur est sur le point de quitter le domicile familial de la cité d'Orly en banlieue où sa mère a fait des provisions de sucre et de farine «au cas où». Il est gaulliste et chagriné par le différend qui l’oppose à son père…
   
   Daniel Picouly laisse libre court à son imagination, il ne prend de gants avec personne. Il nous trace le portrait d’un général de Gaulle aux envies de gamin qui rêve d'une DS plus vaste à l'heure où il doit se faire plus petit, ou bien il le fait saliver à l’idée de manger un pot-au-feu. Dans le même ordre d’idée, Pompidou se souvient du goût des oursins qu'il mangeait avec sa femme alors qu'il était jeune professeur à Marseille.
   
   L'auteur invente des scènes d'une cocasserie irrésistible comme celle où un faux général et une fausse Yvonne dans une vraie DS entraînent une horde de journalistes loin de l'Élysée pendant que les «vrais» empruntent une autre issue. «Ces oreilles et ce nez impossibles …», pense Mme de Gaulle qui peine à imaginer un sosie pour son époux. On sent que Picouly s'installe avec tendresse dans les pensées de ses personnages.
   
   Ne comptez pas sur ce roman pour une rétrospective de mai 68, mais il contient bien plus : le ton enjoué, l’humour présents à chaque page permettent de prendre la dimension de ce que fut cette «révolution» pour toute une génération (dont je fais partie)… Un vrai bonheur !
   J’ai eu beaucoup de mal à choisir un passage (tant il y en a qui m’ont réjouie) mais je ne peux garder la description des invités à un repas bon chic, bon genre…
    « Je commence par Claude le sybarite dont la bouche gourmande dit « pognon » même quand elle ne dit rien, Charles est un croquignol avec des favoris de gentilhomme castillan, Mako lutte derrière ses lunettes en cul de bouteille avec un strabisme de comptable sartrien, Patrick rajuste sa fausse incisive avec le pouce , en donnant l’impression de dire : vous n’aurez pas ça ! Michèle est de Neuilly. Alain n’est pas de Neuilly. Il aime Michèle comme un secret au milieu de la figure. Il est trop élégant pour imaginer que dans certains quartiers un « non » c’est déjà un peu « oui ».Ladislas est déjà le sénateur qu’il sera. Chez lui, on conjugue l’héritage de tous temps à tous les temps. Johanna ressemble à un ascenseur arrêté à mi- étage. C’est une courte sur pattes dont les jambes cagneuses sont trop courtes pour toucher le sol. »( p. 217)

critique par Jaqlin




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