Lecture / Ecriture
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Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig

Stefan Zweig
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  Amok
  Wondrak
  Marie-Antoinette
  Vingt-quatre heures de la vie d'une femme
  Lettre d’une inconnue
  Le voyage dans le passé
  La Confusion des sentiments
  Brûlant secret
  Un soupçon légitime
  Conscience contre violence
  Le Monde d’hier
  Journaux
  Clarissa
  Un mariage à Lyon
  La peur
  Erasme
  Les très riches heures de l’humanité
  Destruction d'un cœur
  Nietzsche
  Le Chandelier enterré
  Balzac - Le roman de sa vie
  Romain Rolland / Stefan Zweig : Correspondance 1910-1919

Stefan Zweig est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien né en 1881 à Vienne en Autriche-Hongrie, il s'est suicidé avec son épouse en 1942, au Brésil.

Lettre d’une inconnue - Stefan Zweig

"Je n'ai que toi, toi qui ne m'as jamais connue et que j'ai toujours aimé"
Note :

   Un écrivain reçoit un jour une lettre. La lettre d’une femme inconnue aux portes de la mort. La lettre d’une femme qui l’a aimé à la folie sans qu’il le sache.
   
   Cette nouvelle de Stephan Zweig est une petite merveille. On retrouve toujours le style de ce grand écrivain. Cette écriture pure, facile et en même temps riche et dense. Et il est difficile de ne pas se laisser toucher par le récit de cet amour à sens unique.
   
   Cette femme dont on ne connaîtra pas le nom est tombée amoureuse à l’âge de 13 ans de son voisin. Pendant des années, elle a guetté ses faits et gestes, grappillé des miettes d’attention, incolore et inodore comme une adolescente peut l’être. Puis elle a perdu son honneur avec cet homme, trouvant le bonheur dans les quelques nuits offertes, alors même qu’il ne la reconnaissait pas. Trouvant son bonheur dans l’enfant conçu au cours d’une de ces nuits. Puis dans les regards échangés par l’écrivain et la courtisane qu’elle était devenue.
   
   Le drame de cette femme, c’est l’amour le plus fort face à l’indifférence, la passion face à l’inconstance.
   
   C’est un amour loin du romantisme, obsessionnel, pathologique, destructeur dans tous les cas. Un amour tenu secret toute une vie et révélé en une longue confession qui fait frissonner. Que l’on puisse aimer à ce point, avec cette pureté, cette sensualité, cette intensité effraye et fascine à la fois. On sent toute la tension qui habitait cette femme enfin libérée par les mots qu’elle écrit, toute la souffrance.
   
   C’est beau, c’est fort. C’est sans aucun doute incontournable.
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critique par Chiffonnette




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Une passion absolue
Note :

   Seuls bien peu d’écrivains, sans doute, sont capables de coucher sur le papier les plus secrètes, les plus destructrices des passions humaines avec autant de pudeur et de dignité que l’auteur de "Vingt-quatre heures de la vie d’une femme". Bien peu sont capables d’une telle lucidité sans jugement. Mais on ne peut pourtant pas se laisser d’être surpris par la maîtrise et l’extrême économie avec laquelle il nous fait pénétrer la passion ravageuse de l’héroïne de cette "Lettre d’une inconnue" pour un homme qui ne lui accorda jamais la moindre attention, ne se montra jamais capable de la reconnaître.
   
   De cette passion qu’elle confesse enfin, de son lit de mort, à l’homme aimé, nous suivrons pas à pas les premières lueurs: "Avant même que tu fusses entré dans ma vie, il y avait autour de toi comme un nimbe, comme une auréole de richesse, d’étrangeté et de mystère: tous, dans la petite maison de faubourg (ceux qui mènent une vie étroite sont toujours curieux de toutes les nouveautés qui passent devant leur porte), nous attendions impatiemment ton arrivée." (p. 25) Puis nous découvrirons les menus événements – minuscules à vrai dire - qui la confirmeront dans la monomanie dont elle ne s’est ensuite plus laissée distraire, jusqu’au dénouement tragique.
   
   C’est absolu. D’autant plus absolu que c’est sans illusion. C’est beau. C’est impossible, et pourtant cela sonne tellement vrai...
   
   Un des plus beaux textes de Stefan Zweig.
   
   
   Extrait:
   
   "Il n’en fallut pas plus, mon bien aimé. Mais depuis cette seconde, depuis que j’ai senti sur moi ce regard doux et tendre, je fus tout entière à toi. Je me suis rendu compte plus tard - bien rapidement certes – que ce regard qui embrasse, ce regard qui attire comme aimant, qui à la fois vous enveloppe et vous déshabille, ce regard du séducteur-né, tu le prodigues à toute femme qui passe près de toi, à toute vendeuse qui te sert dans un magasin, à toute servante qui t’ouvre la porte; je me suis rendu compte que chez toi ce regard n’a rien de conscient, qu’il n’y a en lui ni volonté, ni inclination, mais que ta tendresse pour les femmes, inconsciemment, lui donne un air doux et chaud, lorsqu’il se tourne vers elles. Mais moi, enfant de treize ans -, je ne soupçonnais pas tout cela: je fus comme plongée dans un fleuve de feu. Je crus que cette tendresse ne s’adressait qu’à moi, à moi seule; cette unique seconde suffit à éveiller la femme en l’adolescente que j’étais, et cette femme fut à toi pour toujours." (pp. 31-32)

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critique par Fée Carabine




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Passion délirante
Note :

   Ce roman est la lettre d’une femme adressée à l’homme pour lequel elle a éprouvé une passion amoureuse depuis son adolescence. Elle lui avoue (enfin) sa passion. Elle lui rafraichit une mémoire qui lui fait défaut !
   Elle évoque d’abord les débuts. Dès l’âge de 13 ans, elle épie ce voisin qu’elle admire. Passe des heures derrière le judas de sa porte à espérer un passage de l’être adoré. Se fait un évènement d’apercevoir l’intérieur de son appartement.
   Après deux ans loin de lui, elle raconte leur première rencontre amoureuse après l’avoir guetté longuement au bas de son appartement. Jusqu’à ce que cet homme séducteur invétéré, d’après son amoureuse transie, la remarque. Dès le premier rendez-vous, elle se donne à lui.
   
   Il ne s’agit pas ici de résumer entièrement ce court roman et de révéler ce qui va constituer la deuxième moitié du livre. Cet amour-passion monomaniaque est magnifiquement restituée. Tellement bien qu’à la fin elle m’agace. Comment peut-on aimer sans retour? Pourquoi ne rien dire et attendre que quelqu’un vous reconnaisse quand il ne vous reconnait pas? Pourquoi tout attendre de l’autre sans rien lui avouer?
   
   Beaucoup de questions sur un tel comportement amoureux. C’est peut-être le principal intérêt que j’ai trouvé à cette lettre d’une femme sans nom qui n’avoue tout ce qu’elle ressent qu’à partir du moment où il ne peut y avoir d’avenir commun.
   
   Au final, la simple et belle écriture de Zweig est au service d’un personnage féminin agaçant à mes yeux. Fleur bleue ne pas s’abstenir.

critique par OB1




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