Lecture / Ecriture
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La correspondante anglaise de Anne Bragance

Anne Bragance
  La correspondante anglaise
  L'heure magique de la fiancée du pickpocket
  D’un pas tranquille

Anne Bragance est une écrivaine française née à Casablanca en 1945.

La correspondante anglaise - Anne Bragance

So british…
Note :

   Bon nombre de collégiens peuvent dire qu’ils ont une correspondante anglaise.
   Mais Joseph n’est plus collégien – l’a t-il jamais été ? Et sa correspondante n’est pas n’importe quelle petite anglaise puisqu’elle n’est autre qu’Elisabeth II.
    « Joseph.
   Sam, cet enfoiré de Sam, n'approuve pas mon activité épistolaire toute dirigée vers Buckingham Palace depuis bientôt un demi-siècle. (...) Il ignore que je n'espère aucune réponse de la Gracieuse, lui écrire me suffit
   Cette manie épistolaire, cette allégeance à ma jumelle majestueuse ont le don d'exaspérer Sam car, non content d'être un anglophobe acharné, il conteste les vertus de la queen et son sens de l'humour que j'admire tout particulièrement. Là-dessus, je n'ai aucun doute. Si la queen des Anglais était dépourvue d'humour, comment pourrait-elle porter ces chapeaux abracadabrants qu'elle arbore avec constance au cours des cérémonies officielles, ces bibis dont la planète entière se gausse mais qu'elle a réussi à rendre fameux, si fameux qu'ils resteront dans la mémoire des siècles ? »

   
   Quelle histoire me direz –vous ! Joseph est né le même jour que la reine d’Angleterre et, fort de ce concours bien singulier- vous en conviendrez- depuis cinquante ans, il inonde sa jumelle de courriers truffés de conseils politico-familiaux (voire familiers).
   En outre, Joseph ne vit pas seul à Champagné-les-Marais, en Poitou ; il partage tout – ou presque- avec son vieux copain Sam. Il essaie de mettre sur pied un plan inattaquable pour l’entraîner jusqu’à Buckingham Palace. Seul détail un peu délicat : plus anglophobe que Sam, impossible ! Et puis, en plus, inimaginable de le convaincre d’abandonner les roses de son jardin…
   
    « Pourtant, moi qui la regarde autrement, j'ai senti que quelque chose clochait, que ma jumelle filait du mauvais coton. Pour avoir cette mine de papier mâché et ce visage bouffi, elle traverse assurément une mauvaise passe, tel a été le premier mouvement de ma pensée. Constat subsidiaire et non moins alarmant : la très Gracieuse commence à s'empâter, elle m'a paru quelque peu boudinée dans son tailleur canari. Elle doit être en souci et chercher consolation dans la nourriture, me suis-je dit, elle me fait une crise de boulimie, la pauvre chère.
   Je me faisais tellement de mouron que je n'ai pas pu fermer l'oeil de la nuit …
   Vers les trois heures du matin, comme le sommeil fuyait toujours, je me suis résolu à lui écrire. J'allais prendre mon courage à deux mains et lui dire ma réprobation, lui représenter le tort qu'elle se faisait en se négligeant de la sorte. Mais attention, me disais-je, il faudra y mettre du tact car le sujet est délicat. »

   
   Et voilà qu’en plus, tous les villageois de leur génération disparaissent les uns après les autres, n’épargnant que nos deux compères qui ont une explication non scientifique mais oh ! combien intéressante.
   
   Anne Bragance nous livre là un roman cocasse, très enlevé, qui célèbre les joies de l’amitié, le bonheur du rêve, l’attachement respectueux de la différence sans négliger la petite intrigue policière. Délicieux !
   
   PS : sérieux, s’abstenir !
    ↓

critique par Jaqlin




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Un livre attachant
Note :

   C’est avec un peu d’a priori que je m’étais saisi de ce roman, un jour de chaleur écrasante, dans le Sud, en pleines vacances d’été. Sans doute un roman féminin, écrit rapidement, sitôt lu, sitôt oublié, m’étais-je dit.
   
   Finalement ce fut une sympathique surprise. Pas au plan de l’écriture, très simple, linéaire, immédiatement appréhensible, ce qui, sans doute, participe au charme de l’ouvrage. Mais, Anne Bragance a su trouver un thème original et le mener au bout, sans faillir et en sachant retenir l’attention du lecteur légèrement réticent que je fus, du moins au début.
   
   C’est à un dialogue entre deux amis de cinquante ans que nous invite l’auteur. Deux septuagénaires paumés au fin fond de la Normandie et qui se suivent depuis le berceau. Ils ont même fait la Légion ensemble et se connaissent par cœur.
   
   Un dialogue drôle, enlevé et avec une énorme tendresse pour l’autre, celle qui permet d’effacer les petits défauts et de rendre un quotidien partagé supportable. Une tendresse qui sait pardonner les coups de gueule et les petites fâcheries qui ne durent jamais trop longtemps.
   
   Deux originaux en tous cas. Joseph entretient une correspondance unilatérale puisqu’elle n’a jamais connu la moindre réponse, avec la Reine d’Angleterre, Elizabeth, qu’il admire et porte au pinacle. C’est elle qui donne un sens à sa vie et qui la rythme. C’est à elle qu’il confie ses soucis après que ses quatre enfants lui aient arraché l’héritage, une fois veuf, père au trop grand cœur non payé de retour. C’est aussi pour Elizabeth qu’il s’essaye à apprendre l’Anglais en baragouinant tout seul, de façon phonétique et répétant les phrases idiotes et inutiles que la méthode par cassettes lui impose à longueur de temps. Partir en Angleterre pour quelques jours est le projet de sa vie. Mais pour cela il faudra convaincre son ami, faire des choix, trouver l’argent et surmonter bien des obstacles.
   
   Et puis, il y a son compère Samuel, plus rustre, plus introverti et dont la seule passion est le jardinage. Son rêve est de créer une rose en l’honneur d’un amour de jeunesse, un peu sorcière et qui fera parler d’elle d’une manière inattendue après que quarante huit décès de septuagénaires auront endeuillé le canton inexplicablement.
   
   C’est à ce quotidien bousculé par la présence de la Presse, attirée par ces morts en série, que nous assistons. Un quotidien remis en question par une enquête policière qui vient troubler de vieilles habitudes et remettre en cause des certitudes.
   
   Nous observons, mi-goguenards, mi-attendris, ces petites moqueries entre amis et qui renforcent une amitié inébranlable, capable de venir à bout de tout et de pardonner tout. Même la correspondance anglaise, inutile et ridicule mais qui va finalement déboucher sur une belle rencontre avec les bizarres habitants de l’île d’en face.
   
   Bref, on passe un bon moment grâce à ce livre attachant, plein de trouvailles, enlevé et amusant. Ce n’est certes pas de la grande littérature mais on ne l’oublie pas sitôt la dernière page refermée. Comme quoi, les a priori sont nos pires ennemis…

critique par Cetalir




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