Lecture / Ecriture
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Le Monde infernal de Branwel Brontë de Daphné du Maurier

Daphné du Maurier
  Le Monde infernal de Branwel Brontë
  Le Général du Roi
  L'Auberge de la Jamaïque
  Rebecca
  L'Amour dans l'âme
  Le bouc émissaire
  La maison sur le rivage
  La chaîne d'amour
  Le vol du faucon
  Ma cousine Rachel

Ecrivain britannique, née en 1907 et décédée en 1989.

Tatiana de Rosnay lui a consacré un livre : Manderley for ever.

Le Monde infernal de Branwel Brontë - Daphné du Maurier

Le frère maudit mais préféré
Note :

    « Le secret des sœurs Brontë ? Leur frère Branwell. La clé de leur précocité inouïe, de leur imaginaire étrangement porté vers toutes les fièvres ? Branwell encore. Leur lien ? L'amour jaloux quelles ne cesseront de vouer à ce frère maudit mais préféré à elles, qui leur avait insufflé son génie et qui, parvenu à l'âge adulte et ayant depuis belle lurette brûlé toutes ses cartouches, n'eut plus que la force de se détruire (le beau et inoubliable Heathcliff des Hauts de Hurlevent, c'est lui). Branwell est le prince des Brontë. Déchu, car ses sœurs, elles, peuvent mettre en œuvre leur talent quand lui peine à créer. Il est le grand sacrifié des Brontë, la part d'ombre de cette famille. L'ouvrage de Daphné Du Maurier (1960) est à la fois une étude formidablement documentée et le plus troublant des romans vrais. » (4ème de couverture)
   
   Un résumé attirant n'est-ce pas ? Une admiratrice des Brontë et de Du Maurier telle que moi ne pouvait résister à cet opus.
   
   Je ne vous cache pas que c'est un livre assez dense, qui se lit doucement, sans précipitation. L'analyse de ce génie est fouillée, et à la hauteur de la complexité du personnage ; à tel point qu'il faut parfois poser le livre, et s'arrêter un instant pour réfléchir. J'ai plusieurs fois mis un terme à ma lecture pour "faire le point", et tenter de bien saisir ce caractère peu ordinaire.
   
   En effet, c'est un homme fascinant que nous présente là Daphné Du Maurier. Un "prince déchu", au talent prometteur mais qui brûla comme un feu de paille. Une sensibilité exacerbée, alliée a un fort sentiment d'infériorité l'ont poussé au désespoir le plus noir. Débordant de talent dans sa jeunesse, il n'a jamais su aller jusqu'au bout de ses oeuvres ; mais ce fils adulé, ce frère adoré ne pouvait pas échouer. Ses échecs répétés, son épilepsie, sa dépression, tout cela était inadmissibles pour sa famille, et représentait autant de déceptions - quelle tristesse ! Lui, l'enfant prodige, dans lequel on avait placé tant d'espérances, incapable de gagner sa vie ! Lui, "névrosé" ! Face à cette réprobation grandissante, à ses échecs blessant son ego, le jeune Branwell se réfugia dans l'alcool, le laudanum... et surtout, surtout, son monde imaginaire.
   
   Car Branwell avait un secret, connu seulement par ses soeurs, et surtout Charlotte - sa confidente, son alter ego. Avec elle, il inventa un véritable univers, microcosme complexe, obéissant à ses propres règles ; ils créèrent un monde et son Histoire, ses héros, son journal local, même. Enfants, puis adolescents, les deux Brontë ne cessèrent de jouer, de se plonger dans cet univers, se confondant avec leurs personnages (tout comme Anne et Emily s'immergèrent dans le leur, avec parfois des fusions entre les univers de ces deux binômes). Seulement, ce qui fit la force de Charlotte, et de ses soeurs, c'est leur capacité à grandir, et à s'extraire - plus ou moins - de ce monde envoûtant. Elles réussirent à faire la différence entre monde imaginaire et monde réel et nourrirent leurs œuvres de cet univers merveilleux.
   
   Branwell, lui, échoua. Dans ce livre, on assiste à sa lente plongée dans son monde infernal. C'était sa façon de fuir ses chagrins, sa peur de la mort, ses échecs. De fuir l'incompréhension et la honte. Une dégringolade qui détruisit petit à petit tout son talent, et marqua profondément ses soeurs.
   
   C'est donc à une étude fine et sensible que nous convie D.Du Maurier, qui nous permet d'avoir un éclairage intéressant sur les oeuvres des soeurs Brontë.
   
   A noter : cet ouvrage est agrémenté d'extraits de lettres, de témoignages, et surtout de nombreux textes et poèmes (en version anglaise & française), de Branwell bien sûr, mais également d'Emily - ce que j'ai beaucoup apprécié.
   
   Je recommande ce bel ouvrage à tous ceux qui apprécient la famille Brontë et souhaitent en savoir plus sur la genèse de leurs chefs-d'oeuvre... et qui n'ont pas peur de lire quelque chose d'un peu sombre, l'ami Branwell n'étant pas ce qu'on peut appeler un gai luron ;-)
   
   Pour preuve, un poème de Branwell, version révisée d'un texte écrit en 1837 :
    « Peaceful death and happy life
   
   Why dost thou sorrow for the happy dead
   For if their life be lost, their toils are o'er
   And woe and want shall trouble them no more,
   No ever slept they in an earthly bed
   So sound as now they sleep while deamless, laid
   In the dark chambers of thaht unknown shore
   Where Night and Silence seal each guarded door :
   So turn from such as these thy drooping head
   And mourn the dead alive - whose spirit flies -
   Whose life departs before his death has come...
   Who find no Heaven beyond Life's gloomy skies,
   Who see no Hope to brighten up that gloom ;
   Tis HE who feels the worm that never dies...
   The REAL death and darkness of the tomb.
   
   Northangerland.
   (pseudonyme de B.Brontë)
   
   Traduction de Jane Fillon :
   Paix dans la mort et joie dans la vie
   
   Heureux sont les morts, ne les plains pas,
   Car si leur vie est achevée, leur tâche l'est aussi,
   Et désirs et douleurs ne les tourmentent plus ;
   Jamais, sur leur couche terrestre, ils ne connurent
   Ce profond sommeil sans rêve qu'est le leur ;
   Dans les tombeaux creusés sur la rive inconnue
   Dont les Ténèbres et le Silence scellent les portes :
   Détourne d'eux ta tête penchée
   Et plains le mort vivant - dont l'âme s'est enfuie -
   Déserté par la vie, dédaigné par la mort,
   Lui pour qui le Ciel est vide au-delà des nuées,
   Lui que jamais n'illumine une lueur d'Espoir,
   LUI, la proie de ce vers qui le ronge...
   De la mort INEXORABLE, des ténèbres de la tombe.
   
   Northangerland.
   
   * "A withered leaf on autumn's blast, / A scattered wreck on ocean's tide" :
   Feuille d'automne emportée par le vent, / Epave ballottée par l'océan

critique par Morwenna




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