Lecture / Ecriture
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Meurtre chez tante Léonie de Estelle Montbrun

Estelle Montbrun
  Meurtre chez tante Léonie

Meurtre chez tante Léonie - Estelle Montbrun

Ah, Marcel !..
Note :

   Pour ce qui est du style, il est au-dessus de tout reproche. Il faut dire que ce roman fut rédigé par une authentique littéraire. Estelle Montbrun (nom de plume) est même allée jusqu'à me faire découvrir deux ou trois mots que je ne connaissais pas, comme « onomastique » (non, ce n'est pas pour faire tenir les vitres).
   
   Pour ce qui est du plaisir culturel, n'étant pas spécialiste de Proust, j'ai appris certaines choses et qui plus est, je l'ai fait avec plaisir.
   
   Pour ce qui est du roman lui-même, mon goût allant aux romans policiers «classiques»: énigme à découvrir, fil conducteur, indices, études du milieu et de caractères etc. j'ai été comblée.
   Je me suis régalée avec ce polar auquel je mets sans hésiter 5 étoiles dans son genre.
   
   L'énigme est intéressante, les personnages bien croqués et la découverte des dessous plein de mesquineries et d'âpreté du monde universitaire comme de celui de l'édition m'a enchantée. Ce monde où l'on fréquente «quelques personnes choisies en fonction de leur degré d'utilité pour aider à grimper l'échelle sociale»...
   
   Le commissaire Foucheroux (celui qui «ressemble à Al Gore») est assez sympathique, tout comme son adjointe. C'est avec intérêt qu'on les voit progresser sur la piste de l'assassin. Les faux indices se mêlent aux révélations tronquées, lors de l'enquête et des interrogatoires. On se délecte. On devine juste un peu avant le détective, exactement comme il se doit. On se trouve très intelligent et c'est parfait.
   
   
   PS : onomastique= qui a rapport aux noms propres.
    ↓

critique par Sibylline




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Petites guerres où beaucoup mentent…
Note :

   Comme le suggère le quatrième de couverture, il s’agit d’un roman policier «entre Agatha Christie et David Lodge.» La scène se situe en effet presque en cercle fermé dans cet Illiers-Combray décrit par Proust à travers la maison de sa tante Léonie où se rassemblent force universitaires, thésards et proustophiles.
   
   Adeline Bertrand-Verdon trône au-dessus de ce petit monde et entend mener sa carrière de «spécialiste» de Proust de toutes les manières possibles: ce qui lui importe, c’est la position qu’elle compte occuper, poste universitaire par cooptation ou «déchiffreuse» en chef de manuscrits.
   
   Seulement c’est justement elle qui est assassinée chez tante Léonie. Le commissaire Foucheroux doit assister par hasard, pour aider sa jeune sœur dans ses études, à la réunion de la Proust-Association et se renseigner sur l’œuvre du petit Marcel. C’est dans le train qu’il rencontre Gisèle Dambert, secrétaire érudite et effacée de Mme Bertrand-Verdon…
   
   C’est en fait «tout un petit monde» que ces proustiens distingués qui auraient tous un mobile pour assassiner ladite Adeline: le professeur Verdaillan ne veut pas de son nom apposé au sien pour publier «l’édition du siècle»de «à la Recherche du temps perdu», pas plus que Patrick Rainford, universitaire américain ne veut d’elle dans son cénacle de recherches en manuscrits, l’éditeur Philippe Desforges hésite à voir figurer le nom de Bertrand-Verdon sur une édition de Proust vu le peu de cas et l’insuccès critique du premier opus de Mme Bertrand-Verdon. Gisèle quant à elle, possède un trésor que beaucoup lui envient.
   
   Les personnages sont intéressants, ont une profondeur, un passé souvent douloureux (Gisèle, le commissaire et même Adeline) et puis , la scène se déroule dans un petit village de «province» comme ils disent, où les provinciaux justement essaient de tirer profit de la manne parisienne et touristique, de façon souvent assez drôle – un boulanger vendant de vieilles biscottes qu’il intitulent «Biscottes de l’avant-texte», il y a la visite assez amusante avec citations à l’appui de la maison de tante Léonie et quelques jeux de mots à peine esquissés de l’auteur, un humour distancié juste ce qu’il faut pour goûter au style de cette écrivaine qui semble se divertir autant que son lecteur, avec en très lointain arrière-plan un Proust qui n’en demandait pas tant. Et L’on s’interroge sur cette propension touristique à visiter les lieux d’écrivains plutôt que de lire leurs œuvres.
   
   Petits écueils à mon sens: cliché facile des deux représentants de l’ordre, le commissaire Foucheleroux, puis son adjointe l’inspecteur Leila Djemani, personnes «qui- ne- sont- pas- du- même- monde- que- tout –oppose- et- qui -n’apprécient- les- mêmes- choses –lui-classique—elle-plus-rock’n-roll...» mais qui se complètent quand même. Mais intéressante arrivée de Leila dans le petit village franchouillard qui voit débarquer une femme inspecteur qui plus est d’origine contrôlée (par la police souvent). Facile aussi de prendre la province pour des ploucs racistes ou des arrivistes. Mais bon, c’est de bonne guerre.
   
   Se lit plus rapidement que «à la Recherche du temps perdu» (voyez, je fais bien attention de ne pas écourter le titre, snobisme tu nous guettes!) mais de façon plus distrayante. Ce qui n’enlève rien ni à l’une ou ni l’autre œuvre.
   ↓

critique par Mouton Noir




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Ne boudons pas notre plaisir
Note :

   Proust adorait la parodie, le pastiche, les imitations de Céleste, bref se moquer, s’amuser, il ne dédaignerait certes pas ce roman là.
   
   La maison de Tante Léonie, où le petit Marcel passait ses vacances, est devenue pèlerinage et centre d’études, à la veille d’un colloque très littéraire, la présidente de la très docte Proust Association est retrouvée assassinée par Emilienne la femme de ménage, (tiens donc elle ne s’appelle pas Françoise!)
   Mais qui a tué Adeline Bertrand-Verdon femme "qui se croyait sortie de la cuisse de Jupiter" à la fois adulée et détestée?
   
   
   Avouez que ça la fiche mal à la veille d’une journée qui réunit tout ce que le gratin littéraire international compte d’hommes importants, universitaires, critiques, le Professeur Verdaillan, son homologue américain le Professeur Rainsford.
   Le commissaire Foucheroux et son adjointe Leila Djemani se retrouvent avec une affaire sensible sur les bras à résoudre avant qu’affluent les amateurs de Vivonne, de madeleines et d’aubépines.
   
   Un roman habile où il est question de manuscrits cachés, d’édition des œuvres pouvant semer la confusion dans le petit monde de l’édition, ciel des textes inconnus!!! Gisèle Lambert la secrétaire de l’association, naïve et ayant gardé une âme d’enfant est "au bord de l’effondrement". Elle est immédiatement sur la liste des suspects mais bien entendu cela serait trop simple et le commissaire va devoir s’immerger dans les souvenirs d’un écrivain qui n’est ni né, ni mort ici, et redonner à cette maison "le calme, la dignité et le sacré dont elle n’aurait jamais dû avoir à se départir"
   
   
   Estelle Montbrun s’amuse beaucoup et nous aussi, elle joue la connivence avec les lecteurs de Proust, sème les indices, fait des portraits des protagonistes dans le veine de ceux de Marcel, nous gave de citations. Tout est prétexte à entrer dans l’univers proustien, à goûter à la fameuse madeleine, ce n’est pas sérieux mais terriblement réjouissant et c’est à regret que l’on quitte Illiers-Combray.

critique par Dominique




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