Lecture / Ecriture
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Le jardinier des mers lointaines de Jacques Dubois

Jacques Dubois
  Le jardinier des mers lointaines

Le jardinier des mers lointaines - Jacques Dubois

L'anti-Loti
Note :

   Yves Le Roux naquit à Plouézec le 26 septembre 1894, il finit sa vie à Kérity, où il put enfin cultiver son jardin. Quelle distance a t-il dû parcourir pour relier Plouézec à Kérity (où je suis né), villages que moins de 5 kilomètres séparent? Quelqu'un est-il capable de le savoir?
   Il voulait être paysan, la misère en fit un pêcheur, il fut également un de ses non nantis, perdant ses plus belles années sur les mers les plus terribles du monde, pour la fortune de certains.
   Une enfance ordinaire, la vie à la campagne, le père en mer, l'école et la découverte qu'il ne faut pas parler breton, que c'est mal :
    « -parler breton, était-ce donc une faute si grave qu'un tel châtiment la sanctionnât? Alors ses parents, tous ceux du village, devaient être grandement coupables? »
   
   La mort, l'Ankou et l'éducation religieuse, l'une n'allant pas sans l'autre à cette époque, la mer cimetière liquide, tout mais pas marin, espérait Yves Le Roux. Mais le 17 février 1909, à quinze ans, en qualité de mousse il part pour sa première campagne de pêche en Islande, sur "La Bettina", seul point positif pour lui la présence de son père dans l'équipage, qui atténuera un peu les brimades et autres brutalités de ces hommes que leur travail et la consommation d'alcool amènent petit à petit à une condition de bêtes humaines. Les coups pleuvent, les brimades et les humiliations sont monnaie courante, certains mousses n'ayant aucune famille sur un bateau furent brutalisés d'une manière inimaginable.
   
   De mousse, il deviendra novice, puis matelot, il fera naufrage avec l"Aurore" le 21 février 1912. Alors, il ne reste qu'un impératif, "Survivre" sur une côte désolée d'Islande. Par miracle des paysans ont repéré le navire échoué et viennent à leur secours. Il leur faudra trois semaines de marche pour gagner Reyjavick et l'hôpital français.
   Les marins bretons connaîtront ainsi l'hospitalité islandaise malgré la barrière de la langue, islandais d'un côté, breton et un peu de français de l'autre.
   
   En 1913 la pêche fut bonne, hélas cette campagne fut assombrie par la mort de "Tonton", vieux Paimpolais, qui n'avait aucun lien de parenté avec lui, c'était son parent de coeur, mais la mer n'a que faire de ce genre de détails.
   La guerre aura raison de ce genre de pêche, les marins ne s'en plaindront pas, les armateurs si, mais leur fortune est faite.
   Il entrera dans la marine marchande, retournera à l'école et finira capitaine au long-cours
   Il s'installera, la retraite venue, à Kérity. Hélas son bonheur sera de courte durée. Son fils meurt à vingt sept ans, sa femme déjà malade se laissera mourir de chagrin. Veuf, il s'occupera enfin de son jardin, mais terrestre celui là.
   A plus de soixante-dix ans, il fera un pèlerinage sur les lieux de son naufrage.
   J'ai sûrement croisé cet homme quand j'étais enfant sans savoir quel personnage je côtoyais.
   
   Un chiffres pour finir : 3000 matelots ont été portés disparus et 170 navires ont sombré en mer d'Islande. Pour le seul port de Paimpol.
   Extraits :
    « - Et puis, entre Bretons les silences partagés ne sont-ils pas plus éloquents que les paroles.
   - Et parce qu'il pensait à cette perpétuelle loterie de la vie qu'il fallait bien accepter comme une épreuve inéluctable, le reste du chemin se fit en silence.
   - Marin! Plût au ciel que son fils échappât à la fatalité des hommes de ce pays.
   - Mam' avait reçu des papiers écrits en français. Autant dire en hébreu, pour elle, qui ne parlait que le breton.
   - Sa mère revient à l'heure où le soleil, disque pourpre, se couche sur Paimpol, du côté de Ploubazlanec.
   -"La pêche en Islande?.. Mais elle fait la fortune du pays". Ouais! Elle faisait surtout celle de ceux qui en vivaient de loin, bien sûr.
   - Cette mer que l'on appelait ici, le "cimetière des marins bretons".
   - A quoi cela lui servirait de s'adresser à quelqu'un de Plouézec en lui disant" J'aimerais que vous me donnassiez".
   - Et sur le "mur des péris en mer" dans le cimetière de Poubazlanec, on ajouterait une plaque portant son nom.
   - La Bretagne n'est plus qu'un souvenir.
   - Le mousse pleure en silence, sans larmes ; il les a toutes épuisées...
   - Il l'appelait "Tonton", le vieux Paimpolais, non que l'homme soit réellement son oncle par le sang, mais parce qu'en pays breton l'usage voulait que l'on octroyât ce titre à l'ancien dont on faisait son parent de coeur et son confident.
   - Yves pense à "Tonton", imagine le corps de son ami que l'océan roule en ses profondeurs.
   - Le commerce, ça ne valait guère mieux que l'Islande, à la différence toutefois d'une solde plus élevée.
   - Il cultive son jardin et exhibe avec fierté ses pommes de terre, les plus hâtives et les plus belles du village. Sans se vanter... »

critique par Eireann Yvon




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