Lecture / Ecriture
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Dieu et nous seuls pouvons de Michel Folco

Michel Folco
  Dieu et nous seuls pouvons
  Même le mal se fait bien

Dieu et nous seuls pouvons - Michel Folco

Exécuteurs des hautes oeuvres
Note :

   Chers z’amis lecteurs,
   Aux tordus (un peu) et aux sains d’esprit (pas trop), encore plus à tous ceux qui mélangent le tout dans un souci d’équité, la présente note met à l’honneur un livre récupéré au dernier dîner livres-échanges (jeudi dernier) : "Dieu et nous seuls pouvons", de Michel Folco.
   
   Si après avoir pris note de la couverture, vous pensez encore que ce roman a quelque chose à voir avec la religion et une Lou qui se serait brutalement découvert des prédispositions particulières de ce côté, je réponds tout de suite : que nenni ! Si j’ai jeté mon dévolu sur ce livre dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, c’est bien pour son sujet atypique et l’histoire saugrenue : la vie d’une famille de bourreaux, de la fin du XVIIe (moment où l’illustre Premier a embrassé la carrière) au début du XXe, à l’aube de la première guerre mondiale.
   
   Une sorte de biographie burlesque, en somme ? Pas tant que ça. Une horrible épopée, alors ? Non plus, car loin de s’enliser dans le macabre, ce roman est empli d’humour et, pour ceux qui craindraient un véritable bain de sang, sachez que la première exécution n’a lieu qu’au bout d’une centaine de pages. Amis lecteurs, n’hésitez plus : ce livre est fait pour vous !
   
   S’inspirant du livre "Le métier de bourreau" de Jacques Delarue, Folco dépeint avec précision le portrait de Justinien Trouvé devenu Pibrac, jeune homme ayant troqué une place aux galères contre un échafaud et quelques ustensiles tranchants. Ce n’est pas tant sa carrière de « bourrel » que l’on suit que sa jeunesse et les sentiers qui l’ont inexorablement conduit à son nouvel état de «bras armé de la justice». Cette première partie du roman s’achève sur une première exécution «réussie» et son installation officielle en tant qu’exécuteur de Bellerocaille, à la fois nanti et paria dès lors qu’il choisit d’embrasser l’(in)digne fonction.
   
   La deuxième partie s’intéresse aux derniers héritiers de Justinien, alors qu’un décret de la fin du XIXe les a privés de leur gagne-pain en supprimant la fonction d’exécuteur départemental. On rencontre ainsi Hyppolite, dernier exécuteur de la lignée, personnage charismatique tantôt émouvant, tantôt inquiétant qui n’a de cesse de former ses enfants au cas où la charge retirée serait de nouveau à pourvoir. Tandis que son fils Henri, son épouse Adèle et leurs deux enfants prennent la route pour émigrer en Amérique, un terrible événement se produit : attaqués par un bande de brigands, trois d’entres eux décèdent. Il ne reste désormais plus que Saturnin, d’abord élevé par son oncle Léon, puis par son grand-père Hyppolite. Deux visions de la fonction s’affrontent alors dans la famille, entre l’ancien bourrel qui vise à redonner une légitimité à sa profession et le fils qui tente par tous les moyens de s’insérer dans la société en reniant autant que possible ses liens de parenté avec les Pibrac.
   
   Avec cette étonnante famille, Michel Folco signe un roman historique passionnant, fourmillant de détails sur un métier peu connu, entre une histoire truculente et des personnages pour le moins détonants.
   
    En retraçant le parcours des Pibrac, l’auteur met en scène un obscur personnage souvent oublié, soulevant toute une série de questions d’ordre historique, politique et moral. Pourtant, si l’on peut difficilement traverser les siècles aux côtés de ces bourreaux sans s’interroger sur la façon dont ils abordent leur métier ou sur leur place dans la société, ce roman est avant tout une véritable épopée, faite de rebondissements et d’aventures de toutes sortes. En particulier, Justinien Ier reste un mystère pour moi : son nez ayant été arraché à la naissance, il porte en permanence des nez de bois pour cacher ses traits défigurés. Or, aucune réponse n’est apportée à la question soulevée par conséquent : puisque l’enfant a été retrouvé abandonné, que pouvait bien avoir de particulier ce nez pour qu’on l’arrache ? Aurait-il trahi trop facilement un père ou une mère fautifs ?
   
   Quoi qu’il en soit, charmant lecteur, entre les outils d’exécution soigneusement conservés et bichonnés par leur propriétaire, la collection de traités et essais relevant des hautes et basses œuvres, les cochons Victor et Hugo (particulièrement savoureux), une brassée de meurtres et une pincée de mystère, la famille au final diablement attachante des Pibrac ne laisse pas indifférent… il ne te reste plus qu’à te précipiter sur cet excellent roman !
   
   
   PS : Il existe aussi un film, "le Bâtard de Dieu".

critique par Lou




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