Lecture / Ecriture
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Les jardiniers de Véronique Bizot

Véronique Bizot
  Les jardiniers
  Mon couronnement
  Un avenir
  Âme qui vive
  Les sangliers

Véronique Bizot est une écrivaine française née en 1958.

Les jardiniers - Véronique Bizot

Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle
Note :

   Recueil de six nouvelles d’une vingtaine de pages qui se lisent agréablement.
   Et même un peu plus qu’agréablement pour deux d’entre elles, tout d’abord la première, l’éponyme, et ensuite "L’hôtel" que j’ai vraiment beaucoup aimées.
   
   Ce sont des sortes de monologues de vieillards, plus ou moins radoteurs (plus pour le premier et moins pour la seconde) et s’en souciant fort peu.
   Des déclarations telles que "(…) mais le mariage ne m’intéressait absolument plus.(…) J’ai été mariée trois semaines dans ma vie, trois semaines tout à la fois magnifiques et à peine supportables, après quoi j’ai demandé le divorce et je me suis lancée dans l’archéologie… " suivie de peu par "je ne ferme pour ma part jamais la porte de ma chambre à clé. " adressées à un monsieur, m’enthousiasment. Tout comme j’admire la découverte du meilleur confident possible pour un vieillard autosuffisant atteint de logorrhée et porteur d’au moins deux ou trois bibliothèques…
   
   Par contre, je n’ai guère été convaincue par "La tour" dont l’étrangeté exotique m’a parue plutôt gratuite, facile et n’ouvrant pas sur grand-chose. "La campagne" et "Lamirault", m’ont semblés porteurs d’un monde particulier non dénué d’intérêt, mais elles souffraient par contre de l’absence d’une histoire un peu significative. De bons décors, de bons personnages … et puis rien, ou pas grand-chose. Mise en appétit et déception.
   
   Quant à " La femme de Georges", elle manquait vraiment trop d’originalité. Ca m’a fait penser aux nouvellistes américains des années 50 ou 60. Donc, du déjà fait.
   
   Pour "Les jardiniers " et "L’hôtel", bravo ! Mais en ce qui me concerne, je crois que cela ne suffira pas pour que je revienne… du moins pour le moment.
    ↓

critique par Sibylline




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Semis à surveiller...
Note :

   Dans ce recueil de 6 nouvelles d’une quinzaine de pages chacune, Véronique Bizot, qui a reçu le Prix Renaissance de la nouvelle 2006 pour son précédent recueil «Les Sangliers», s’amuse à mettre en scène l'absurde. Un absurde qui entoure la mort qui vient juste de survenir ou qui s’apprête à frapper.
   
   Ce qui surprend dans chacune de ces nouvelles, c’est la capacité de l’auteur à nous entrainer dans une logorrhée envoûtante. Chaque idée en entraine une autre et, peu à peu, sans s’en rendre compte, le lecteur se trouve pris dans les rets d’un récit qui donne l’impression fallacieuse d’une écriture automatique alors qu’au contraire, l’auteur est déterminée à nous emmener dans un recoin sombre, à nous mettre face au ridicule des comportements humains, de nos bizarreries, de nos démons. Le rideau tombe.
   
   Car, quoi de plus frappant pour illustrer nos petits travers que d’user de l’apparente normalité? Il n’est pas besoin de mettre en scène longuement. Une situation courante de la vie suffit à provoquer un déluge d’inventivité et d’à propos. C’est la force principale de ce recueil par ailleurs bucolique, comme le titre nous le donne à penser.
   
   Ces courtes histoires se déroulent toutes en campagne, loin de l’agitation des villes. Elles ont souvent pour point commun la solitude et l’isolement qui enferment les êtres fragiles dont il est ici question dans leurs démons intérieurs. La mort d’un proche, un revers de fortune les font alors tomber à la lisière d’une douce folie.
   
   Derrière une apparente simplicité d’écriture, chaque texte est en fait très construit, maîtrisé.
   
   Certes, ces textes ne marqueront sans doute pas l’histoire littéraire mais ils permettent de découvrir un auteur qui a talent et potentiel. A suivre, donc…
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critique par Cetalir




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Les fleurs du mal
Note :

   Dans la nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage, on trouve une femme que l'on suppose vieille marchant avec une canne et vouant une haine palpable à une armée de jardiniers. Pourquoi et comment en est-on arrivé là? Que fait cette femme adepte du béton des grandes villes grouillantes de monde, qui aime la nature à petite dose et sauvage, seule dans ce jardin? Arrive un jeune homme timide, bien élevé au sourire "flottant", avec aux pieds une paire de chaussures, cauchemar visuel! Un texte qui part dans tous les sens, d'une communion dans un restaurant à une longue dissertation sur les "croquenots".
   
   "La tour" est une histoire qui prend une drôle de tournure. Le narrateur nous parle de la rencontre entre son ami Saez, et le père de son épouse Marie, venu des lointaines montagnes du Caucasse Arménien. Le pauvre homme n'a évidemment pas l'habitude de nos immeubles modernes, ni d'un appartement au vingt-sixième étage! Rien ne se passera comme prévu et Marie en tournage Dieu seul sait où est injoignable. Quelle galère! Dommage pour cette histoire que la chute ne soit pas à la hauteur, si je peux me permettre cette observation!
   
   Dans "L'hôtel", un voyage de noces un peu mouvementé, enfin peut-on appeler cela un voyage de noces? Une chambre envahie par des rats, au dire de ce couple d'anglais fraichement marié, la femme est traumatisée, donc il lui faut un traitement had-hoc! Tout cela sous le regard amusé de la
   narratrice, archéologue spécialiste en ustensiles! Un métier d'avenir? Un texte à ne pas lire avant de se marier.
   
   "La campagne" : un trio, Liz, ses frères jumeaux Léo et Simon. Grandeur et décadence d'une famille du boulevard Haussman au fin fond de la campagne française. C'est adieu veaux, vaches, cochons,couvées, impaire et manque. De l'enfer du jeu à l'enfer vert!
   
   "La femme de Georges" est une des nouvelles les plus belles de ce livre. Une femme dans un fauteuil roulant, regarde vivre son voisin dont la villa est située en dessous de la sienne. Elle observe le cérémonial du matin, l'entretien de la piscine, cette piscine qui ne sert jamais! L'auteur nous fait découvrir un monde aisé pour ne pas dire riche et snob, amateur d'objets chers même laids. Le portrait du couple Klausen est tout en finesse mais avec une touche de moquerie.
   
   "Lamirault" c'est la chronique d'un enterrement! D'un enterrement de première classe, ils sont venus, il sont tous là les fils Lamiraul. La chanson la plus assortie à ce moment, "Ces gens-là" de Jaques Brel! Quel triste monde!
   
   Une charmante dame qui ne voulait pas de voisins immédiats, même dans l'au-delà achète en promotion quatre concessions dans le nouveau cimetière! Quinze euros pièce au lieu de vingt cinq! Deux hommes, une femme, le trio classique me direz-vous, je vous l'accorde. Mais cette femme a un père, qui passera très rapidement, mais qui laissera une trace, au moins sur le gazon. Ce n'est pas l'année du rat, mais l'armée des rats pour les vacanciers de cet hôtel, pas vraiment classe. Certains concepteurs de télé-réalité ont-il lu ce recueil? C'est une question qui mérité d'être posée! C'est dur la vie à la ferme, quand on a été élevé dans le 8ème arrondissement de Paris, le trèfle ce n'est pas du blé! De l'argent certains en ont, mais ils n'ont pas tous forcément un goût artistique à la hauteur de leurs fortunes. Un fils à l'enterrement de son père qui se demande s'il a bien éteint le gaz sous la casserole! Il ne manquerait plus que la bonbonne soit vide à son retour.
   
   Le moins que l'on puisse dire c'est que tout est surprenant dans ce livre et surtout politiquement incorrect, ce qui me plait bien. Un humour ravageur, souvent noir et des situations invraisemblables mais qui à la lecture semblent normales. Certains textes sont loin d'être dans la mouvance actuelle de "La vie à la campagne"! Un recueil dont une des qualités est d'être court, qui permet au lecteur de ne pas atteindre une certaines limite au delà de laquelle, personnellement je sature.
   
   
   Extraits :
   
   - Il n'y a aucune harmonie entre eux, ce sont des brutes, des brutes armées, fourches, bêches et pioches comme au Moyen Âge.
   
   - Le moins de nature possible et le plus de jardins possibles, voilà ce que réclament les gens par ici.
   
   - C'était un cercueil de petite taille, comme son occupant, un modèle d'export, conçu pour l'avion, intérieur doublé de zinc et équipé d'un filtre épurateur, faute de quoi, nous avait-on affirmé, le tout exploserait en vol.
   
   - J'ignore si vous avez entendu ce cri que la femme a poussé, une Anglaise, un cri aigu, perçant, comme seules les Anglaises savent en produire.
   
   - J'étais très laide, à l'époque, j'ai toujours été laide mais à vingt ans, ma laideur était à son maximum.
   
   - Il suffit de passer un quart d'heure en notre compagnie pour s'aviser que nous n'entendons rien à l'agriculture. À vingt et un ans (vingt pour Liz et Leo), nous découvrons avec ahurissement ce que la nature impose de lutte permanente.
   
   - Mon ingratitude à l'égard de Susi Klausen n'a d'égal que la grossièreté dont je fais preuve pour l'envoyer balader chaque fois qu'elle téléphone, c'est-à-dire au moins deux fois par semaine...
   
   - Pas moins de trois prêtres, dont l'évêque du diocèse, pour expédier l'âme de Lamirault.
   
   - A Jacques, je n'ai pas demandé des nouvelles de Marie, elles sont toujours aussi mauvaises, voilà au moins quelque chose qui ne varie pas et dont on n'a pas à se soucier.
   

critique par Eireann Yvon




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